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Crisis on Infinite Earths, ce pilier du comics moderne

Début juillet, Urban Comics publiait Crisis on Infinite Earths, la maxi-série en 12 chapitres de Marv Wolfman et George Perez, sous la forme d’une intégrale et de son “compagnon”, guide de l’univers DC Comics pré-Crisis. Véritable pilier du comics moderne, la réédition de cette oeuvre culte est l’occasion pour nous de revenir sur la place déterminante qu’elle a occupé dans l’histoire de la bande dessinée américaine.

Dans les épisodes précédents…

Nous sommes au début des années 80’s. DC se remet difficilement de la crise la plus douloureuse de son histoire qui le laisse bien loin derrière Marvel en terme de ventes. L’éditeur se rapproche de ses 50 ans d’existence et est bien conscient que son univers est bien trop complexe et qu’il souffre des problèmes de continuité et de coexistence de personnages entre les anciens de l’âge d’or, les actuels, ceux rachetés à Charlton Comics, Fawcett Comics et Quality Comics… Il faut faire quelque chose ! Depuis quelques années déjà, un duo d’auteurs fait des merveilles sur un titre jusqu’alors maudit, New Teen Titans (équipe composée alors des “anciens” Robin, Wonder Girl, Kid Flash, Changelin, et de nouveaux personnages : Cyborg, Starfire et Raven), apportant une réponse aux X-Men de Chris Claremont qui permet à DC de rivaliser à nouveau avec Marvel. Ce duo, composé de Marv Wolfman (scénariste) et George Pérez (dessin) est choisi pour transformer l’univers DC en profondeur.

L’univers DC en crise

Reprenant le terme de “crise” utilisé régulièrement à l’occasion du crossover annuel entre la Justice League de Terre-1 et la Justice Society of America de Terre-2 (voir Crisis compagnon), Marv Wolfman, son éditeur Len Wein et les huiles de DC commencèrent alors à dresser une liste des personnages des différents univers. Nombre d’entre eux allaient mourrir et leurs mondes respectifs également. Une épuration à grande échelle qui allait permettre de repartir sur des bases saines. Ils demandèrent alors à tous les éditeurs et auteurs d’inclure au moins 2 références au Monitor (personnage central) durant l’année qui précédait la publication afin de commencer à préparer le terrain pour ces gros changements à venir.

L’événement, publié entre avril 1985 et mars 1986, a un impact considérable sur toutes les séries régulières de la firme, devenant ainsi le premier “méga-crossover” de l’histoire du comics, prouvant ainsi à tout le monde qu’il est absolument possible de créer quelque chose de cohérent, en respectant le “fardeau” de la continuité. Ce qu’il est important de noter, c’est que c’est un changement radical à la fois pour tous les auteurs dans leur manière de travailler. S’ils veulent, par exemple, faire mourrir un personnage, il sera désormais nécessaire de s’assurer qu’il n’apparaisse plus dans les autres séries. Des “règles de continuité” vont ainsi être créés et le rédacteur en chef en sera le garant.

Les historiens du comics s’accordent pour dire que Crisis on Infinite Earths constitue le point de départ de l’âge moderne du medium. Chez DC, ce sera l’occasion dans les années suivantes de fixer “une fois pour toutes” les origines de certains personnages (à commencer par Batman : Année Un par Frank Miller, Superman : Man of Steel par John Byrne, ou encore le reboot de Wonder Woman par… George Pérez, lui-même).


Crisis on Infinite Earths, la review

Synopsis

L’Anti-Monitor mène ses troupes de soldats d’ombre de dimensions en dimensions afin de détruire les Univers parallèles et de s’alimenter de ses énergies perdues. Son double positif, le Monitor réunit une assemblée de héros de différentes Terres afin de stopper son avancée, mais même les plus puissants des surhommes ne peuvent rien face à la vague d’antimatière qui fond sur eux. Des mondes vont vivre… des mondes vont mourir… et l’Univers DC ne sera plus jamais le même !

La première chose qu’il faut savoir sur Crisis on Infinite Earths, c’est que c’est une oeuvre très exigeante. Elle demande, non seulement, une certaine connaissance de l’univers DC, mais également un effort de concentration beaucoup plus important que pour des lectures d’aujourd’hui. En effet, elle met en scène un nombre incroyable de personnages différents, mais chacun d’entre eux est caractérisé à la perfection avec des dialogues souvent touchants et des questionnements permanents sur l’existence et la fatalité (le dialogue entre Kamandi et Solovar, ou entre Batgirl et Supergirl en sont de bons exemples). On croise ainsi des héros oubliés ou très peu exploités à l’heure actuelle comme Kamandi, Dr Fate, Jonah Hex, Oncle Sam ou encore Firebrand, chacun ayant sa place et son rôle à jouer dans le développement de la saga cosmique (les Teen Titans occupent, par ailleurs, une place de choix… favoritisme ?). Le rythme est soutenu, ponctué de passages épiques, le récit est très dense, trop parfois, et il est souvent nécessaire de faire une petite pause pour bien assimiler ce qu’il vient de se passer (en très peu de cases). Mais quel bonheur de lire une oeuvre de cette qualité ! Une oeuvre où on ne nous prend pas pour un imbécile à expliquer chaque détail pour être sûr qu’on ait bien compris (du coup, on n’a plus vraiment l’habitude).

D’un point de vue artistique, c’est un régal ! George Pérez allie avec brio des découpages de page classiques avec un style plus déstructuré quand il le faut. Il nous propose une démonstration d’art séquentiel, avec des pages comprenant parfois une quinzaine de cases, ou des double pages au nombre titanesque de héros. Les cases fourmillent de détails, sans pour autant qu’elles soient confuses, rendant la lecture très agréable (par exemple, quand on est face à un Superman, on reconnait tout de suite qu’il s’agit de celui de Terre-2). Autre point non négligeable : quand ils disent que l’univers ne sera plus jamais le même… C’EST VRAI ! Ça peut paraître incroyable mais combien de fois, ces dernières années, vous a-t-on teasé “un truc de fou va se produire dans ce numéro” (pour mieux vendre) et puis en fait, hé bah non (comme par exemple dans le Batman tome 3 intitulé “le Deuil de la Famille”, qui est par ailleurs excellent mais quand on vous promet la mort de toute la Bat-family, il ne faut pas s’attendre à ce que les lecteurs crient de joie avec la fin qui a été proposée). Ici, pas de ça, de nombreux personnages meurent, d’autres sont créés, des mondes entiers sont réduits à néant. Bref, on y voit de vraies conséquences !

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L’édition d’Urban Comics est également agrémentée d’un chapitre inédit, publié en 1999 sous le nom : Legends of the DC Universe et se déroulant entre les chapitres 4 et 5, ainsi que d’un autre travail du duo lié à Crisis : History of the DC Universe. Ce dernier réinterprète l’Histoire pré-Crisis en ne gardant que des morceaux choisis, pour fonder les bases de l’Histoire post-Crisis (à partir des notes prises par Harbinger/Lyla). Quelques bonus viennent compléter le chef d’oeuvre : des préfaces et postfaces, la proposition de scénario initiale découpée chapitre par chapitre, des mémos internes de DC, ainsi que des recherches graphiques et des planches crayonnées de Pérez. Urban Comics a fait un réel effort de documentation des références et pointe vers de nombreux autres titres qui viennent compléter l’histoire. Ce qui est dommage, c’est que la majorité de ces titres ne sont plus disponibles ou difficiles à trouver… On aurait préféré qu’ils éditent eux-même les tie-ins (au moins les plus importants).

Faut-il acheter le Crisis compagnon ?

Synopsis

Au commencement était le Multivers : une multitude d’univers parallèles défendus ou tyrannisés par des centaines de surhommes. La Ligue de Justice a ainsi pu rencontrer au cours de voyages extra-dimensionnels les héros les plus réputés de ces différentes Terres : la Société de Justice, les Combattants de la Liberté, les Sept Soldats de la Victoire, le Syndicat du Crime ou la Famille Marvel.

C’est la grande question que vous êtes en droit de vous poser. Si Urban Comics a décidé d’accompagner la publication de Crisis on Infinite Earths de ce compagnon, c’est qu’il y avait une bonne raison : l’univers DC tel qu’il y est décrit ne ressemble pas vraiment à celui que l’on connait, plus moderne. Nous vous avons donc concocté une petite aide pour savoir si vous devriez l’acheter ou si vous n’en avez pas besoin (parce que ça double le budget quand même !) :

  • Êtes-vous familier avec le concept de “multivers” ?
  • Connaissez-vous la Société de Justice d’Amérique de Terre-2 ?
  • Connaissez-vous le Syndicat du Crime de Terre-3 ?
  • Connaissez-vous la spécificité de Terre-Prime ?
  • Savez-vous qui sont les Sept Soldats de la Victoire (ceux d’avant Crisis du coup) ?
  • Que savez-vous de Terre-X ?
  • Savez-vous quel groupe de super-héros vient de Terre-S ?
  • De quelle planète vient Darkseid ? Et de qui est-il l’opposé ?
  • Est-ce que l’Escadron des Étoiles vous dit quelque chose ?
  • Est-ce que vous êtes à la recherche d’une bonne anthologie sur le multivers DC ?

Bien entendu, si la lecture des oldies vous rebute, vous pouvez également chercher toutes ces informations sur Wikipédia. Mais vous vous priveriez de quelques petites pépites comme le Flash #179 (mai 1968), ou le 1er affrontement entre la Justice League et Darkseid, ou encore le 1er crossover entre la Justice League et l’Escadron des Étoiles.


Finalement, la vraie question pour vous sera de savoir si vous êtes prêt à lire cette oeuvre ou pas encore… Pour ma part, je me suis beaucoup documenté avant de commencer à lire les premières pages. Je ne voulais surtout pas que ma lecture soit gâchée parce que je ne comprenait pas qui était tel personnage, ou quel était ce concept. J’ai donc lu pas mal de DC Comics pré et post-Crisis et je terminerai en vous conseillant ces quelques titres qui pourront, bien que totalement facultatifs, vous éclairer sur certains points de l’histoire :