10 articles à lire avant de mourir

[Si vous voulez juste la liste des articles sans lire tout, allez directement à la fin je vous ai mis la liste cliquable. Ou alors cliquez directement ici pour aller sur un Google Docs avec la liste. Pour les autres, allons-y.]
Quelque chose d’incroyable s’est produit en moins de 10 ans : on peut trouver sur le web des articles sur n’importe quel sujet, de n’importe quel point de vue. La distribution n’étant plus limitée par des institutions descendantes comme la télévision, les journaux ou la radio, vous avez désormais un choix illimité de contenu passionnant sur à peu près toutes les thématiques.
D’autant plus qu’un blog n’est pas soumis aux mêmes pressions qu’un média descendant : il peut donc transmettre les choses aussi brutalement et sincèrement qu’il le pense. Un article de blog peut prendre le temps de développer en 10 000 mots s’il le faut : personne ne l’oblige à respecter des contraintes de nombre de mots. De manière moins enthousiasmante, un article de blog peut même jusqu’à ignorer la loi en incitant à la haine, insultant, etc. Car il y a tellement d’articles que personne ne peut tous les filtrer. La liberté d’écrire est énorme.
Grosso modo nous voilà donc revenus à l’époque des radios pirates. N’importe qui sachant écrire peut émettre sur une longueur d’onde le message qu’il veut. C’est encore plus vrai avec l’invention de Medium (le site sur lequel vous êtes en ce moment même) puisque vous n’avez même plus besoin d’apprendre à configurer un blog : vous créez un compte et vous pouvez écrire. Medium gère le reste pour vous.
Sur les dix dernières années j’ai donc lu des articles qui ont eu un impact définitif sur ma façon de voir le monde. Comme la fois où je vous partageais les 10 livres qui m’ont le plus chamboulé, voici donc les 10 articles qui m’ont le plus chamboulé, d’une manière ou d’une autre. C’est d’ailleurs plutôt ça le vrai titre de cet article : je n’ai pas la prétention de vous proposer les meilleurs articles, dans l’absolu.
Avant de commencer, sachez que j’ai dû pondérer cette liste. Sinon on aurait eu 8 articles sur 10 venant du blog waitbutwhy tellement il plane au-dessus de toute concurrence. Du coup je ferai plutôt un article entièrement dédié au blog waitbutwhy, pour préserver la diversité de la liste.
[Tu veux t’abonner à ce que j’écris ? Clique ici et laisse ton email]
#1 | The Cook and the Chef: Musk’s Secret Sauce
S’il ne devait en rester qu’un ce serait cet article. Il vous faudra probablement 45 minutes pour le lire (et il vaut mieux le lire d’une traite) mais c’est 45 minutes de claque. En gros, l’auteur essaie d’analyser ce qui rend un génie génial. Et la déduction c’est quelque chose qui peut être dur à avaler : en fait les génies ne sont pas géniaux, ils sont juste normaux. C’est nous qui avons des bugs dans nos logiciels. La bonne nouvelle c’est que ce n’est pas irréversible.
Et l’analogie du Cuisinier contre le Chef est excellente. Le chef c’est celui qui invente des recettes. D’ailleurs il ne sait même pas qu’il invente des recettes, il fait juste de la cuisine librement. Le cuisinier c’est celui qui suit des recettes. Si quelque chose s’écarte de la recette il est perdu : il faudra demander à un chef de l’aider ou alors trouver une autre recette. Alors que le chef pourra toujours rebondir en allant apprendre par lui-même.
Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous spoiler mais en gros à la fin il fait une liste des 4 prises de conscience à avoir pour pouvoir se libérer.
#2 | Pourquoi vous êtes, sans le savoir, favorable au revenu de base
Encore une preuve, s’il en fallait une que l’économie est politique. Ici on présente une idée simple et perturbante : et si tout le monde méritait un revenu par le simple fait d’être un citoyen ? On est loin de l’utopie ici, le sujet est détaillé, pragmatique et vous laisse vous approprier une version de “gauche” comme une version de “droite”. À lire en déposant ses préjugés avant et en ouvrant son esprit.
Ce qui est marrant c’est que j’ai écrit ces lignes dans mon brouillon en octobre 2016 donc bien avant que l’idée soit popularisée pendant la campagne présidentielle. Depuis, beaucoup de gens ont été exposé à cette idée. C’est la preuve qu’une bataille des idées peut se convertir en mouvement concret.
#3 | La stratégie de la mouche: pourquoi le terrorisme est-il efficace ?
“Le terrorisme repose sur la peur. Si vous arrêtez d’avoir peur il n’y a plus de terrorisme.”
Le terrorisme n’est PAS un sujet qui m’intéresse. J’ai la chance d’avoir un rapport statistique à beaucoup de mes peurs. Par exemple, j’ai bien plus peur de prendre la voiture que de me faire tuer dans un attentat. Ce n’est pas pour faire le malin anticonformiste: c’est spontané.
Du coup le sujet du terrorisme m’a toujours ennuyé : savoir que 84 personnes sont mortes à Nice dans un attentat ne me fait pas plus d’effet que de savoir que 84 personnes sont mortes en France d’un cancer du poumon. Vous pouvez trouver ça inhumain mais, encore une fois, je ne le fais pas exprès.
En revanche, la réaction des gens autour de moi m’a bien obligé à m’y intéresser. Et si voulez comprendre, une fois pour toutes, comment fonctionne le terrorisme voici le seul article à lire. Il explique notamment pourquoi ce n’est pas une guerre. Sérieusement… arrêtez de répeter ce genre de conneries. La punchline est belle quand on est un homme politique ou un internaute sur son canapé et qu’on ne prend aucun risque. Ne serait-ce que par respect pour les soldats qui portent la guerre en notre nom, arrêtez de clamer que vous êtes en guerre en allant boire des verres sur une terrasse.
L’auteur explique donc que le terrorisme c’est l’inverse d’une guerre. Car dans une guerre on essaie de détruire les capacités militaires de l’ennemi, tout en MINIMISANT les pertes de civils. Pour une raison évidente : on ne veut surtout pas se mettre les populations à dos. Le terrorisme c’est l’inverse : on est incapable de couler un porte-avions donc on s’attaque uniquement à des civils.
Cette stratégie serait stupide et inutile si nous étions disciplinés et si la peur n’était pas une émotion destructrice. Car, le terrorisme est comme une mouche face à l’éléphant : il n’a aucune chance de blesser sérieusement l’éléphant, ni de faire de dégâts dans le magasin de porcelaine. Aussi cynique que cela puisse vous paraître, si vous aviez l’attentat du Bataclan tous les soirs, la France serait globalement intacte à la fin : 60 000 morts ce n’est pas ce qui va détruire la France. Le tabac fait chaque année davantage de morts que ça et la France n’a pas disparue. En revanche, à force de voler dans l’oreille de l’éléphant, ce dernier finit par perdre la tête et tout casser. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé à envahir l’Irak, déstabilisant ainsi la région et laissant la place à l’émergence de Daesh. Ainsi de suite…
C’est la stratégie du chaos. C’est pour cela que la dimension marketing est si importante pour le terrorisme. Si vous ne passez pas les attentats à la télévision en boucle, il a perdu. Mais si vous le faites : il gagne. La peur s’instille dans les esprits et la population commence à exiger l’impossible : que l’État la protège totalement des attentats. Ce qui oblige les états à jouer le théâtre de la sécurité. À faire des choses qui vous donne le sentiment visible qu’on s’en occupe. Pire encore, la médiatisation a joué un rôle prépondérant dans la capacité de Daesh à pouvoir recruter d’autres âmes égarées pour rejoindre ses rangs.
Si vous voulez une idée de l’importance du marketing et du théâtre sur le sujet il suffit d’éteindre votre télévision pendant quelques temps. Après les attentats du 13 novembre je n’ai pas pu m’empêcher d’être ébranlé car c’était dans ma rue. Je ne pouvais pas sortir de chez moi sans passer devant la foule de camion de télévision. Et…j’ai fait une rechute médiatique. La semaine qui a suivi je me suis senti extrêmement déprimé, à mon grand étonnement (puisque ce n’est pas dans mes habitudes). J’ai même envisagé de consulter un psychologue. Puis…d’un coup…j’ai éteint la télévision (enfin…mon ordinateur) et c’était fini, j’étais libéré. Ne sous-estimez pas l’impact de la télévision dans l’angoisse que vous ressentez sur le sujet.

Une chaîne d’information en continu génère davantage d’argent en nous abreuvant de peur. Le but de BFM TV et Cnews ce n’est pas de vous informer : c’est de vendre de la publicité. Et la publicité se vend beaucoup mieux en vendant de la peur. C’est très bien expliqué dans l’article bonus ci-dessous.
#4 | Le Roi Lion (1994), ou l’histoire de la vie expliquée aux enfants
Je pars du principe que tout le monde a eu le temps de voir le Roi Lion. Si ce n’est pas votre cas, même consigne que d’habitude pour le spoil : sautez ce chapitre et allez directement au numéro 5.
Cet article est absolument fascinant. Car il permet de démarrer une lecture adulte de cette oeuvre. C’est comme Obélix et Compagnie : vous ne pouvez pas lire sérieusement avant un certain âge. Après, vous serez d’accord ou pas. Je connais beaucoup de gens qui hurlent en lisant cet article. Mais ne passez pas à côté de l’intéressant : vous forger une autre lecture d’une oeuvre pour les enfants.
Par exemple, vous ne vous êtes jamais demandé en quoi les hyènes étaient méchantes ? Quand on y réfléchit les hyènes ne font rien à personne. Elles n’essaient même pas de tuer Mufasa alors qu’elles en ont la capacité (elles sont au moins 10 000 tapies dans l’ombre). Elles en parlent d’ailleurs comme de quelque chose d’absurde : “Il aurait fallu faire quoi ? Tuer Mufasa ???”.
On ne nous explique même pas un pêché originel qui les aurait maudites. Non, on admet juste qu’elles vivent hors de la Terre des Lions et donc hors de l’abondance. Elles sont parquées sur une terre aride et sans nourriture (qu’on peut interpréter comme étant le Mexique si on veut pousser jusqu’au bout) et elles y crèvent de faim.
D’ailleurs Scar (peut-on le voir autrement que comme une parodie de leader communiste ?) n’a pas grand chose à faire pour les pousser à la révolution. Il leur promet simplement de leur donner à manger. Depuis quand dit-on de quelqu’un qu’il est méchant car il cherche à manger ?
Et, après la révolution pseudo-communiste, on a un schéma classique d’un leader qui a menti pour ses propres intérêts : l’économie s’est magiquement effondrée, il n’y a plus rien à manger. Notez au passage que c’est le communisme vu par des américains : l’économie s’effondre magiquement par effet de la main invisible, sans aucune raison avancée. Même le climat s’effondre.
Pendant ce temps, Simba essaie de s’échapper du système et devient…un chômeur. Il croise des feignasses qui le poussent dans un Hakuna Matata qui fuit ses responsabilités. Avant d’être rappelé à la raison et de revenir occuper sa place légitime. D’ailleurs à l’instant même où il se débarrasse du dictateur communiste, la pluie arrête de tomber et l’économie (le gibier disponible) repart instantanément.
Bref…vous avez compris l’idée. Et puisque votre souvenir du Roi Lion sera définitivement ruiné, autant enchaîner avec cette vidéo qui résume le Roi Lion… mais honnêtement. Les versions honnêtes des chansons sont incroyables (à partir de 1:50)
#5 | From Muhammad to ISIIS: Iraq’s Full Story — Wait But Why
Encore un article de Wait But Why et encore le terrorisme en fond de toile puisqu’il s’agit d’étudier l’histoire de l’Irak en commençant par Mohammed (oui…la personne que vous appelez Mahomet s’appelle en fait Mohammed) en arrivant à Daesh.
Attention ! Sautez la première partie où il se balade en Irak, l’intérêt est très limité par rapport à la seconde partie. Et préparez-vous à prendre des claques en série. Je ne sais pas pour vous mais moi j’ai découvert Daesh du jour au lendemain. À un point qu’au début j’ai minimisé son importance : comment accorder du crédit à quelque chose dont personne ne parlait la veille et dont d’un coup tout le monde parlait (c’était évidemment avant les premiers attentats sur sol français) ? Où était passé Al Qaeda ? Et bien vous avez toutes les réponses dans cet article. Malheureusement…l’impact de la guerre en Irak dans l’émergence de Daesh devient clair comme du crystal quand on remet les choses en perspective.
C’est aussi avec cet article que j’ai compris que Daesh était quelque chose de sérieux et d’une autre ampleur avec une phrase toute simple : “Al Qaeda s’est désolidarisé d’eux car ils les trouvent trop violents.”
#6 | Bonnegueule.fr explique la stratégie de monétisation de son blog
J’ai hésité à mettre cet article pour deux raisons. Premièrement il n’intéresse pas tout le monde. Ensuite, il aurait été dix fois meilleur si Benoît et Geoffrey l’avaient eux-mêmes écrit. Là ce sont des paroles rapportées. Mais puisque le concept c’est de raconter mes claques reçues en voici une. Avant de lire cet article je ne connaissais qu’une seule monétisation média : la publicité. Ici la démonstration est faite de l’infériorité de ce modèle économique.
L’autre aspect fondamental est la prise de conscience du paradoxe de la gratuité du web. “Si c’est gratuit c’est que vous êtes le produit”. Ici la démonstration est faite qu’il existe une catégorie croissante d’utilisateurs qui sont prêts à payer si on leur propose quelque chose de plus intelligent que de la publicité. D’ailleurs cette double prise de conscience s’est étendue à d’autres médias. Youtube par exemple. De plus en plus de vidéastes refusent de monétiser leurs vidéos avec de la publicité et demandent à la place à leur communauté de les soutenir.
Et puis…mettre cet article dans ma liste est aussi une excuse pour mentionner Bonne Gueule, qui a eu un impact concret sur ma vie avec des articles (mais il n’y a pas UN article plus qu’un autre, c’est tout le blog). Avant je subissais le fait de m’habiller. Désormais c’est un plaisir.
Bon allez, en bonus, un article de Bonne Gueule, celui qui m’a mis ma première claque et qui a changé immédiatement ma manière de choisir mes vêtements :
#7 | How to Learn Any Language in Record Time and Never Forget It
Je vous préviens, vous allez déprimer. Vous allez vous demander pourquoi on vous a si mal enseigné les langues à l’école. En gros l’auteur revient sur des concepts fondamentaux dans l’apprentissage d’une langue.
Premièrement, il faut commencer par apprendre la prononciation. Sinon vous êtes condamné à avoir un accent. Il propose donc de ne rien faire tant qu’on a pas maîtrisé la prononciation.
Ensuite, il revient sur un principe simple : avec 300 mots vous pouvez couvrir environ 80% des situations. Il faut donc se concentrer sur l’apprentissage de ces 300 mots. Quand je pense qu’on m’a fait apprendre des listes interminables de mots de vocabulaire…
Enfin, il insiste sur quelque chose que l’on sait tous : la nécessité de pratiquer le plus vite possible. De ne surtout pas attendre pour commencer à essayer de parler avec quelqu’un.
Bon…mon résumé était moche…je vous invite à lire vous-même l’article !
#8 | No kid! Ou le non-désir d’enfant expliqué à la (presque) terre entière
Avoir des enfants. Le genre de concept que l’on prend pour une évidence au sein d’un édifice solide de pensée jusqu’au jour où quelqu’un vient tout exploser.
Plus j’avance et plus je me rends compte qu’on passe notre temps à l’école à juger et condamner nos prédécesseurs. Parce que des choses qui nous choquent aujourd’hui étaient communément acceptées. Et on se demande comment des sociétés entières peuvent se comporter ainsi. La réponse est dans le premier article de la liste : les catéchismes.
J’entends par catéchisme des ensembles de doctrines ou de pensée qu’on affirme dogmatiquement, qui ne reposent pas sur des arguments logiques, et qui sont pourtant acceptés par l’immense majorité des gens. “Il faut manger de la viande” est un exemple de catéchisme de notre époque. La plupart des gens qui vous diront ça n’auront aucun argument fondé sur la logique à opposer. Et du coup, ils crient vite au blasphème. Ils sont physiquement choqués (voire énervés) par ce que vous dites.
Ça ne veut pas dire que tous les gens qui disent qu’il faut manger de la viande le font sans pensée strucuturée. Ça veut dire que la plupart des gens, si on leur pose la question répondront sans réfléchir qu’il faut répéter de la viande et commenceront par répéter les versets qu’on leur a appris. Toujours les mêmes, dans le même ordre (ce qu’il prouve qu’ils ne sont pas en train de penser mais bien de récurgiter). Par exemple :
-On en a besoin pour les protéines.
-Ah bon ? Mais c’est quoi une protéine ? Par exemple par rapport à la viande y’a beaucoup de protéines dans le pain ou pas ?
- Euh…je ne sais pas ?
Idem avec “il faut voter”. Certaines personnes y ont réfléchi et pensent qu’il faut voter. Mais la plupart des gens le répètent juste doctement. Et là encore, ils répètent toujours les mêmes versets, dans le même ordre. Souvent :
-Des gens sont morts pour qu’on ait le droit de vote
- Ah bon ? Qui par exemple ? Et des gens sont aussi morts pour défendre la monarchie, non ?
Bref, vous avez compris l’idée. Souvent ce genre de discussion se conclut violemment d’ailleurs. Revenons au sujet : le mouvement childfree. Le jour où vous annoncez que vous ne voulez pas d’enfant s’amorce la mécanique de blasphème. L’article décrit bien les réactions les plus fréquentes. Celle qui me frappe particulièrement et qui revient vraiment en permanence c’est la position du déni de votre capacité à savoir ce que vous voulez.
Quand quelqu’un devient végétarien, il finit souvent par entendre que ce n’est qu’une passade. Idem quand quelqu’un annonce son homosexualité. Ou quand on annonce que l’on ne veut pas d’enfant. C’est une réaction qui est à la fois très infantilisante et très vicieuse. Infantilisante parce qu’on vous confisque la capacité à penser. Alors qu’on n’oserait pas remettre en question aussi violemment quelqu’un qui veut des enfants (pourtant on sait tous que certaines personnes devraient être interdits d’en faire).
Paradoxalement, c’est souvent l’inverse : pour s’échapper d’une pensée dominante il faut avoir mûrement réfléchi. Parce que si vous ne réfléchissez pas vous avez, par définition, tendance à embrasser la pensée majoritaire.
En outre, la réaction est vicieuse parce qu’elle vous renvoie à quelque chose que vous ne pouvez, par définition, pas réfuter. En effet, personne ne peut dire avec certitude ce qu’il pensera dans 20 ans. Le dire est une évidence. Alors pourquoi le dire uniquement dans un seul sens ? Quand quelqu’un annonce qu’il veut un enfant on lui dit rarement “attention, tu risques de le regretter dans 5 ans, il se passera quoi si tu changes d’avis ?”.
[Bonus] À l’origine c’était plutôt cet article sur le polyamour que je cherchais. Mais je ne le trouvais plus. Et…j’ai la flemme de réécrire tout le chapitre 8. Néanmoins, le même genre de logique s’applique ici. Le jour où vous remettez en cause le modèle du couple monogame exclusif, vous vous heurtez à des réactions de blasphèmes.
#9 | Le sexisme anti-hommes… et pourquoi il n’existe pas
Bon…j’en entends déjà crier. C’est une notion très compliquée à expliquer. Mais si vous comprenez pourquoi le racisme anti-blanc n’existe pas (ce qui ne veut pas dire qu’on ne subit pas de comportements racistes hostiles) alors c’est déjà plus facile. Bon…c’est un peu bête car si vous comprenez déjà cette notion vous comprenez mécaniquement pourquoi c’est pareil avec le sexisme.
Premièrement, si vous êtes de bonne volonté il y a de grande chances pour que 90% du sexisme vous soit invisible. Avant que le harcèlement de rue devienne un sujet dans les médias, je n’avais aucune idée de l’ampleur du sujet. Quand des amies ont commencé à m’expliquer que ça leur arrivait minimum une fois par semaine, je suis tombé des nues : car ça n’arrive jamais quand je suis avec elles. Si vous voulez discuter de sexisme, racisme, homophobie ou n’importe quelle oppression il faut bien garder en tête que la plus grosse partie vous sera totalement inaccessible car invisible.
Sans cette humilité ce n’est même pas la peine de débattre. Tout ce que vous allez réussir à dire c’est que l’autre en face est susceptible. Ce qui est la pire bêtise que vous pouvez formuler avec votre bouche. Please don’t do that.
Vous n’avez pas d’autre choix que de faire confiance à la personne. En fait, deux tiers des discussions que j’ai observé sur ce genre de sujet seraient ridicules si on les appliquaient sur un autre sujet. Par exemple si on parlait de l’accouchement comme on parle du racisme ou du sexisme ça donnerait ça :
-Tu sais, ça fait super mal en fait d’accoucher
-Non franchement, je pense pas. Je pense que moi à ta place en tout cas je supporterais la douleur.
-Mais comment tu peux dire ça ? C’est extrêmement douloureux…
-Non, je suis sûr que tu exagères le sujet.
Au bout d’un moment vous êtes obligé de reconnaître qu’en tant qu’homme vous ne saurez jamais ce qu’est la douleur de l’accouchement : vous êtes obligé d’accepter les prémisses de votre interlocutrice. Sinon ce n’est même pas la peine de dialoguer.
Si vous arrivez à atteindre ce niveau d’humilité on peut commencer à expliquer. Le sexisme ce n’est pas juste un comportement isolé, c’est un système entier : économique, mental et sociétal. C’est ce qui fait que depuis votre enfance vous êtes au contact de comportement hostiles. Si demain vous êtes un homme et qu’une femme vous touche dans le métro…vous vous direz qu’elle est folle. Quand vous rentrez chez vous, vous retournez dans un monde où vous êtes du bon côté de l’oppression. Alors que quand ça arrive à une femme ce n’est pas un événement isolé, c’est simplement sa vie.
Si demain vous subissiez une insulte parce que vous êtes un homme vous ne seriez toujours pas en train d’évoluer dans une société sexiste anti-hommes. Et l’impact sur vous ne serait pas le même car vous pourrez toujours vous dire que la femme en question est folle. Pour que le sexisme anti-hommes existe il faudrait qu’on remonte le temps pour plusieurs millénaires, qu’on construise une société à domination féminine, où le droit de vote masculin n’existe que depuis peu, qu’à la télévision vous subissiez en permanence une injonction à la beauté…et là…si une femme vous insultait parce que vous êtes un homme…seulement là…vous pourriez parler de sexisme anti-hommes.
Il faudrait également que vous baigniez dans le sexisme bienveillant : c’est-à-dire en permanence des blagues déplacées au bureau et ailleurs. Et c’est exactement pareil pour le racisme anti-blanc. D’ailleurs j’ai volé cet exemple à quelqu’un qui parlait précisément de ce sujet :
En fait, il y a grosso modo 3 grandes composantes du sexisme : le sexisme d’hostilité (on l’appelle aussi la misogynie), le sexisme bienveillant (la galanterie, les blagues) et le sexisme systémique (on l’appelle aussi le patriarcat). Ce qu’on veut dire par le sexisme anti-hommes n’existe pas, c’est qu’il n’aura jamais les 3 composantes. Il ne peut avoir que la première : l’hostilité.
#10 | Stop Saying Technology is Causing Social Isolation
Chaque génération prétend que la suivante est abrutie par la technologie. À chaque époque on a eu le grand truc qui allait faire de nous des asociaux.
On peut retracer très facilement cette grande litanie. Quand vous lisez ce qu’on disait de la génération X, vous avez un copié-collé de ce qu’on dit maintenant de la génération Y. Pire encore, quand vous lisez ce qu’on disait des baby-boomers, vous avez encore un copié-collé de ce qu’on dit de la génération Y. Ridicule.
La lecture de cet article m’a poussé à aller analyser plus en profondeur ce phénomène. C’est ainsi qu’est né l’article ci-dessous :
D’ailleurs, en faisant mes recherches pour l’écrire je suis tombé sur des trucs qui nous paraissent aujourd’hui surréalistes. Un texte qui dénonçait l’effet du vélo sur la nouvelle génération qui préfère aller faire du vélo plutôt que d’aller à l’église. Un autre qui dénonçe la génération caméscope qui filme tout avec un camésope portatif. Encore un autre autre qui dénonce les déanchements d’Elvis Presley comme étant corrupteurs de la jeunesse, etc.
Une chose est sûre : il y a quelque chose de savoureux à voir les gens qui ont fait mai 68 nous dire aujourd’hui que nous sommes une génération réfractaire à l’autorité et en quête de sens.
Conclusion
Encore une fois, je vous ai fait la liste des articles qui m’ont le plus marqué personnellement. Ceux qui ont eu le plus d’impact sur le cours de ma vie. Rien ne dit que ce sera le cas pour vous. Surtout que certains ont eu un impact dans des conditions très particulières et ce n’est pas tant le contenu que le contexte libérateur qui primait.
En revanche, quoi que vous pensiez de ces articles, je vous invite à faire le même travail sur vos propres lectures. C’est extrêmement enrichissant. Je me suis par exemple rendu compte que quasiment aucun article (2/10) ayant eu un sens sur ma vie ne vient d’un journal classique. Et que les deux qui viennent d’un journal classique viennent d’une rubrique particulière (blog pour l’un, prise de parole d’une lectrice pour l’autre). Alors que pourtant, jusqu’en 2012 je lisais ÉNORMÉMENT d’articles de journaux. Ça aide à se poser les bonnes questions sur ce qui compte vraiment, dix ans après.
Et comme promis…voici le sommaire récapitulatif !
Hey ! Attends :D

[Tu as aimé ce que tu viens de lire ? Clique ici et laisse ton email ]
[Tu as vraiment vraiment aimé ce que tu viens de lire ? Au point de vouloir m’aider à continuer ? Rejoins les tippeurs en cliquant ici.]
Sommaire
#1 | The Cook and the Chef: Musk’s Secret Sauce
#2 | Pourquoi vous êtes, sans le savoir, favorable au revenu de base
#3 | La stratégie de la mouche: pourquoi le terrorisme est-il efficace ?
#4 | Le Roi Lion (1994), ou l’histoire de la vie expliquée aux enfants
#5 | From Muhammad to ISIIS: Iraq’s Full Story — Wait But Why
#6 | Bonnegueule.fr explique la stratégie de monétisation de son blog
#7 | How to Learn Any Language in Record Time and Never Forget It
#8 | No kid! Ou le non-désir d’enfant expliqué à la (presque) terre entière
#8 bis |Ni libertin ni infidèle, le polyamour fait des ravages
#9 | Le sexisme anti-hommes… et pourquoi il n’existe pas
#10 | Stop Saying Technology is Causing Social Isolation
Autre articles mentionnés :
This Is How Your Fear and Outrage Are Being Sold for Profit
“Génération Y” est une insulte inventée par des consultants
Conseils : Mauvaises habitudes vestimentaires, ce que vous devez oublier
