10 livres à lire avant de mourir

Le livre reste la manière la plus efficace de délivrer une pensée structurée. C’est pourquoi on est davantage marqué par des livres que par des articles. Et certains livres ont été de grandes claques intellectuelles pour moi. Vraiment. Des lectures qui changent littéralement la vie. Je sais…c’est cliché…mais c’est vrai.

D’ailleurs le vrai titre de cet article ce n’est pas : 10 livres à lire avant de mourir. Je n’ai pas la prétention d’avoir suffisamment lu pour vous dire de manière absolue ce que vous devriez lire. Le vrai titre c’est : les 10 livres qui ont eu le plus chamboulé ma vision du monde, de manière durable. Mais c’était un titre un peu long !

Je vous propose donc 10 livres qui ont bouleversé mon monde intellectuel : soit en me faisant découvrir des concepts que j’ignorais totalement, soit en me permettant de poser des mots sur des intuitions que j’avais sans savoir les formuler correctement. Vous savez, ce genre de livres où vous apprenez peu mais qui vous révèle beaucoup.

#1 | Steve Jobs — Walter Isaacson

Compliqué d’expliquer pourquoi ce livre m’a mis une telle claque. Déjà, c’est la première biographique que je lisais. Et c’est un genre littéraire étonnamment inspirant. Il y a quelque chose de magique à voir la vie d’un homme se dérouler sous ses yeux. D’autant plus que le récit est a posteriori. Et que les meilleures stratégies sont celles que l’on raconte après. Premièrement, c’est un cours d’histoire accéléré de l’histoire de toute l’industrie informatique. Steve Jobs fait partie des gens qui l’ont vécue et portée de l’intérieur.

Ensuite, c’est le livre qui m’a fait comprendre les produits Apple, alors que je les détestais. Parce que d’un coup j’ai compris que je n’étais pas seul à me demander comment l’informatique pouvait être aussi moche et impersonnelle. La vision initiale d’Apple c’était de rendre disponible l’informatique (réservée aux entreprises géantes) aux particuliers. Et de le faire d’une manière esthéthique. Or, j’ai toujours été choqué de voir que l’industrie informatique était la seule où vous pouvez entendre des choses comme “c’est moche, mais ça marche”. Si l’industrie automobile fonctionnait de la même manière, les jantes n’existeraient pas. À quoi bon ? Tant que le pneu roule.

Lire ce genre d’histoire est également une grande bouffée d’inspiration et de motivation. Steve Jobs est un personnage extrêmement soucieux de faire des choses qui comptent, des choses qui laissent une petite entaille sur l’Univers. De sortir de la vanité et de l’habillage que l’on donne à des choses vaines. C’est comme ça qu’il se retrouve à recruter PDG de Pepsi en lui disant : “tu veux vendre de l’eau sucrée toute ta vie ou venir changer le monde avec moi ?”.

Effectivement dit comme ça… on sent toute la nudité de l’occupation. J’ai une amie qui a aussi ce don. En arrivant chez L’Oréal et en voyant des gens se prendre extrêmement au sérieux elle m’a dit “ça m’amuse beaucoup de voir des gens qui ont l’impression de sauver le monde alors qu’ils vendent de la laque à Carrefour et à Auchan”. Pareil, dit comme ça en effet…

Enfin, la marque la plus durable que ce livre a laissé chez moi est la pratique de la radicalité. Il ne s’agit pas d’imiter Steve Jobs (ça ferait de vous quelqu’un d’odieux) mais de s’inspirer de la partie positive de sa radicalité. On croit souvent protéger les gens en disant sa pensée de manière tiède alors qu’en vrai c’est souvent un manque de courage de notre part. La plupart des gens dont on dit qu’ils sont gentils sont en fait des gens qui manquent de courage. Et ça porte tort à tout le monde. Plutôt que de dire à un ami qui a un projet et qui vous en parle régulièrement “ah oui ça a l’air pas mal, t’as avancé depuis la dernière fois”, je préfère maintenant dire franchement “c’est super ton truc mais ça fait 5 fois que tu m’en parles, t’es pas encore sérieux, je refuse d’en parler une nouvelle fois tant que tu te bouges pas”.

Lire ce livre a un côté libérateur car vous comprenez d’un coup que le monde ne va pas s’écrouler parce que vous dites la vérité. Les gens ne vont pas moins vous aimer parce que vous dites la vérité, au contraire. Et même si les gens vous aiment moins ?

#2 | Economix — Michael Goodwin

L’économie est politique. L’économie c’est la manière dont on choisit de répartir les fruits du travail et les richesses d’une société. Chaque fois qu’un escroc essaie de vous faire croire que l’économie est mathématique, rappelez-vous que l’économie est toujours un choix de société. Un choix très subjectif. Et il n’y a rien de mieux pour s’en rendre compte que de suivre l’évolution de l’économie au fil des âges. Notamment pour comprendre que le système économique actuel est extrêmement récent (et donc probablement pas éternel), qu’il repose sur des hypothèses humaines que l’on peut contester et qui a connu un tournant avec l’invention des technologies de communication moderne.

En effet, dans un monde où communiquer entre Paris et New-York prend une semaine, il est quasiment impossible de fonder de vrais empires économiques et les entreprises avaient des seuils, des tailles maximales avant de rencontrer ce mur de la communication. Ce qui réduisait considérablement leur puissance. Aujourd’hui, certaines entreprises sont si grosses qu’elles sont plus puissantes que des états.

Et si en plus on peut apprendre en BD et en rigolant…on obtient un ouvrage incontournable. Certains lecteurs disent que ce livre devrait être obligatoirement enseigné à l’école. Je suis d’accord.

#3 | La semaine de 4 heures — Timothy Ferris

Je pense qu’on est beaucoup à avoir pris une claque avec ce livre. Ce qui est marrant c’est que je l’ai trouvé plutôt moyen en tant que livre. Mais c’est comme la Bible : ce n’est pas le livre dans sa qualité littéraire qui a eu un impact gigantesque.

La première moitié m’a fasciné, la seconde m’a ennuyé. Mais les principes que j’ai découvert dans ce livre me suivront à tout jamais. Notamment le fait d’arrêter de vouloir toujours tout faire à 100% et de plutôt se concentrer sur les 80% qui ne demandent que 15–20% du temps. J’ai vu ce livre changer des vies. Et probablement que je n’aurais jamais eu de blog si ce n’était grâce à ce livre. Ni même les mêmes objectifs de vie.

Principe à appliquer de toute urgence : faire la diète médiatique. Regarder l’actualité ne sert à rien, a un impact négatif sur votre moral et déforme totalement votre perception de la réalité.

(Le concept est développé ci-dessous)

Autre principe applicable immédiatement : couper toutes les notifications de son smartphone. Les notifications sont une todo list imposée par l’extérieur. Probablement la meilleure manière de se disperser et de se donner l’illusion qu’on manque de temps. Or, très souvent on ne manque pas de temps : on manque d’attention.

Dernier principe facile : devenir un expert est beaucoup plus simple qu’on ne le pense. Il propose donc une méthode qui vaut ce qu’elle vaut mais qui est ultra-rapide quand elle est bien mise en oeuvre. Il part du principe qu’un expert ce n’est pas quelqu’un qui connaît tout sur un sujet, c’est quelqu’un qui connaît plus que l’immense majorité des gens. Donc en lisant les 3 meilleurs livres d’un domaine, puis en proposant à une école ou une université de faire une intervention sur le sujet (de préférence en filmant) et enfin en proposant à un magazine spécialisé d’écrire un article pour eux (ou de les aider à écrire un article), sans hésiter à jouer de l’argument“j’ai donné une conférence dans telle université”.

#4 | Influence & manipulation — Robert Cialdini

Préparez-vous à découvrir un nouveau monde. Quand on pense à la manipulation on est très loin de la réalité. C’est à la fois inattendu et trivial. Beaucoup de gens conseillent le livre qui s’appelle “Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens”. C’est selon moi une erreur.

Le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens est fascinant mais c’est une manière étrange de commencer le sujet. En gros, Influence & manipulation détaille les 6 pilliers de la manipulation, les 6 réflexes humains que l’on peut détourner à son profit. Et le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens en prend un seul (la soif de cohérence) pour le fouiller à fond. C’est donc une lecture fascinante mais extrêmement incomplète en comparaison.

Accessoirement, tout un monde s’ouvre à vous également en termes de sciences sociales. Ce livre a été mon point de départ pour ensuite m’intéresser au champ entier des sciences sociales.

Sans rentrer dans un résumé voici les six grands ressorts de la manipulation :

  • La rareté. C’est ce ressort qui est à l’oeuvre quand on vous fait croire qu’il n’y a presque plus de places dans un avion ou que quelque chose de cher a forcément de la valeur.
  • L’autorité. C’est ce ressort qui est responsable de la célèbre expérience de Milgram. Cette tendance à obéir aveuglément à quiconque représente une autorité. C’est malheureusement un des ressorts les plus fréquemment rencontrés lors des génocides.
  • La cohérence. Le mécanisme étudié à fond dans Le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens. C’est très puissant. Un exemple : si on vous demande “ça va ?” avant de vous demander quelque chose, on augmente les chances que vous acceptiez. Idem, si vous acceptez une petite requête (signer une pétition par exemple), vous êtes plus susceptibles ensuite d’accepter une requête bien plus grande (par exemple verser de l’argent pour cette cause).
  • La réciprocité. Si vous avez l’impression qu’on vous fait un cadeau, vous aurez envie de vous faire un cadeau de même niveau. Tout l’enjeu du manipulateur est de trouver un cadeau qui ne lui coûte rien. C’est pour jouer sur ce ressort que les entreprises vous offre des goodies à leur effigies.
  • La preuve sociale. Ce que la plupart d’entre nous appelle “l’effet mouton”. Je n’aime pas cette appellation car elle est souvent dite d’un ton qui sous-entend que ça n’arrive qu’aux autres. Cette tendance à faire comme les autres est très puissante. C’est à cause d’elle que nous hésitons à porter secours à quelqu’un en public (rue, train, métro, etc.) si les autres autour de nous ne font rien. Et c’est grâce à elle que dès que quelqu’un porte secours, d’autres personnes arrivent immédiatement en renforts. C’est également ce ressort qui fait que vous hésitez à rentrer dans un restaurant s’il est vide. Alors que pourtant…le fait qu’il y ait souvent de la queue à McDonald’s ne prouve en aucun cas que c’est de la nourriture de qualité ;-).
  • La sympathie. Regardez n’importe quelle émission où on interroge le voisinage d’un escroc et vous aurez toujours la même réaction : “pourtant c’était un voisin sympa !”. Évidemment. Si les escrocs étaient antipathiques on aurait une manière simple de les repérer. Au contraire, jouer sur votre sympathie est une manière puissante de vous manipuler. On a envie d’accéder aux requêtes des gens qui nous paraissent sympathiques.

#5 | 3096 jours — Natascha Kampusch

Je lis très peu de romans depuis que j’ai commencé à lire des livres business/sciences humaines. Mais un jour j’ai entendu une chronique de ce livre et j’ai été instantanément fasciné.

C’est l’histoire vraie d’une jeune fille qui se fait kidnapper à 8 ans et reste enfermée dans une cave pendant plusieurs années. Pour vous expliquer à quel point c’est une claque il faudrait vous dévoiler l’intrigue (vous spoiler), ce que je me refuse catégoriquement à faire. Je me contente donc de l’autre partie de la claque qui est : l’universalité du mal et du pardon. Le récit est saisissant à ce niveau. Vous plongez dans l’horreur humaine et la beauté humaine à la fois.

Peu de gens savent parler du mal. En général on diabolise tellement que l’oppresseur devient le Diable. Or, le Diable n’est pas humain…donc on peut s’en détacher. Ce qui est un réflexe stupide. Comme quand on essaie de se dire que les terroristes sont simplement des détraqués sanguinaires qui agissent aléatoirement. C’est malheureusement plus compliqué et déprimant que ça : le mal est banal. Et surtout : le mal est humain, dans sa définition la plus profonde. C’est ironique qu’on parle de comportements “inhumains” pour décrire des choses que seuls les humains font. D’ailleurs, les gens qui manquent de subtilité l’ont accusée d’avoir développé un syndrome de Stockholm. Car elle voit en permanence l’humain dans le monstre.

Bref : c’est un récit sublime dans son horreur humaine. C’est également une leçon incroyable de volonté, de résistance mentale et de capacité à ne pas sombrer dans la folie.

#6 | How to Talk to Anyone: 92 Little Tricks for Big Success in Relationships — Leil Lowndes

Bon… elle a clairement inventé le putaclic avant le putaclic. Le titre laisse présager le pire. Et pourtant…c’est une vraie claque.

L’ouvrage est en fait une suite d’astuces toutes bêtes qui permettent de fluidifier les conversations. Par exemple, au lieu de dire “je suis X” elle conseille de dire “J’aide Y à faire Z”. Et c’est en général beaucoup plus clair. Si je vous dis que je suis consultant vous n’aurez plus rien à dire. Si je vous dis que j’aide des recruteurs à se servir de la puissance de LinkedIn dans leurs pratiques, ça vous laisse déjà matière à rebondir.

Autre conseil que j’applique quasiment au quotidien (le numéro 79) : prendre l’habitude de ne jamais laisser quelqu’un frustré parce qu’un “incident” lui a coupé la parole au milieu d’une histoire. Par exemple un bébé qui se met à pleurer, ou le serveur du restaurant qui arrive pour prendre les commandes. Soyez systématiquement la personne qui attend que l’incident passe et que les discussions en rapport s’épuisent (par exemple les gens auront eu le temps de débattre des bébés) puis volez au secours de la personne qui a été interrompue et qui n’ose pas reprendre (ou a oublié): “tu disais quoi alors ? T’en étais à …”.

De manière générale, toutes les techniques de ce livre sont des manières de témoigner de l’empathie aux gens qui vous entourent.

Bonus : il a une suite du même niveau, au point qu’on peut les voir comme un seul ouvrage. HOW TO INSTANTLY CONNECT WITH ANYONE — 96 All-New Little Tricks for Big Success in Relationships. Encore une fois, il faut faire abstraction du titre très racoleur. Et les versions françaises ont des titres encore plus racoleurs !

#7 | Freakonomics — S. Levitt et S. Dubner

Ce qui est incroyable avec ce livre (et la suite : superfreakonmics) c’est qu’il montre comment ce qui est intuitif est souvent faux. Il montre aussi comment on peut partir d’une question excentrique pour comprendre d’un coup des pans entiers de l’économie.

Par exemple, se demander pourquoi les prix de la prositution féminine se sont effondré en 50 ans aux USA, revient à étudier à la fois l’économie, les moeurs et l’évolution du sexisme. Se demander pourquoi les dealers habitent chez leurs parents revient à remettre en question les préjugés que l’on peut avoir sur l’économie clandestine. Etc.

Ce n’est pas tant le contenu qui est marquant mais cette gymnastique mentale de toujours se méfier des explications simplistes. Exemple très connu (qui n’est pas dans le livre) : on dit toujours que la plupart des accidents arrivent à moins de 2 km du domicile. Qu’est-ce qu’on peut se poser comme question en voyant ce chiffre ?

L’hypothèse la plus simple serait de se dire que c’est parce qu’on relâche son attention quand on arrive près de chez soi. Mais on peut aussi réfléchir à une autre explication. Si ça se trouve c’est simplement parce qu’on est statistiquement beaucoup plus souvent à 2km de chez soi que n’importe où ailleurs.

#8 | Faut-il manger les animaux ? — Jonathan Safran Foer

Attention la claque ici est énorme. La première fois que j’ai été confronté à ces idées, j’ai eu l’impression de me réveiller d’un long rêve.

La première fois qu’on m’a expliqué ce qu’était le spécisme j’ai été obligé de me rendre à deux évidences. Premièrement que le spécisme s’inscrivait dans un grand mouvement humain comme le racisme, le sexisme, l’homophobie etc. Et ensuite que j’étais (et suis encore) profondément spéciste.

Je vous passe la démonstration mais en gros, l’antispécisme affirme qu’il n’existe absolument aucun argument qui explique pourquoi on mangerait un cochon et pas un bébé humain (ou un humain dans un coma irréversible). Au final tous les arguments reviennent toujours au même : je ne mange pas un bébé car c’est un humain et je mange le cochon car il n’est pas humain.

Puisque les deux arguments principaux sont : je mange l’animal car il est moins intelligent. Or, un bébé humain de moins de 3 ans est moins intelligent qu’un cochon adulte. Ce à quoi on répond “oui mais le bébé humain il PEUT et il VA devenir intelligent ensuite”. Et c’est là qu’intervient le coma irréversible. Pourquoi ne mange-t-on pas des gens dans le coma ?

Et ainsi de suite. L’idée c’est de prendre conscience que la seule raison c’est “je ne le mange pas car il est de mon espèce, l’espèce humaine” et on en arrive au spécisme. Tous les raisonnements d’oppression et de violence reposent sur ce type de structure. Si vous décortiquez la logique historique de la traite négrière c’est la même structure (j’entends déjà avec lassitude des gens crier que ce n’est pas comparable…et je m’entends déjà répondre que ce n’est pas du tout ce que j’ai dit) : je commence par chercher des critères objectifs à mon oppression. D’abord je dis que les noirs ont un cerveau plus petit et donc ne sont pas aussi intelligents que les non-noirs. Puis quand c’est objectivement démonté, j’en reviens à la raison première : je mets en esclavage des noirs parce qu’ils sont noirs. C’est une raison autosuffisante. C’est d’ailleurs pour ça que ce genre d’idéologie est extrêmement dure à démonter. Vu qu’elle se suffit à elle-même, elle n’a plus besoin d’arguments rationnels et ne peut plus se contredire par la logique.

Ce qui est intéressant avec ce livre c’est que contrairement à celui qui m’a mis ma première claque, ce n’est pas un traité purement philosophique. C’est le récit d’un homme qui prend conscience des choses et s’interroge. La lecture est agréable que vous soyez ou non d’accord avec la conclusion. Et je sais que beaucoup d’entre vous seront en opposition totale avec le raisonnement développé.

Faut-il manger les animaux est une question que l’on devrait tous se poser sérieusement une fois dans sa vie, peu importe la conclusion que l’on choisit.

[Bonus] Lisez juste après Interdire le tabac, l’urgence ! de Martine Perez et faîtes les parallèles entre les deux thèmes. C’est saisissant.

#9 | La part de l’autre — Eric-Emmanuel Schmitt

Un autre récit qui montre la banalité du mal. L’idée c’est d’imaginer deux histoires alternatives : la première avec Hitler et que vous connaissez déjà. La seconde avec Adolf qui est un Adolf Hitler qui n’est pas refusé aux beaux-arts et qui ne devient jamais dictateur.

C’est un peu niais et simpliste mais ça tient debout. Et c’est fascinant de voir comment un événement anodin peut prendre des conséquences incroyables par effet boule de neige. Il soulève aussi une question angoissante : “est-ce que moi-même j’aurais pu devenir Hitler si j’avais vécu le mauvais enchaînement de circonstances ?”.

#10 | Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban — J.K. Rowling

Je sais, je sais ! Ne criez pas ! Je suis probablement influencé par mon fanatisme pour Harry Potter. Mais j’ai quand même quelques arguments. Pour vous expliquer je vais avoir besoin d’un spoil. Pas de quoi dévoiler toute l’intrigue mais plutôt comme le ferait une mauvaise bande-annonce. Donc si vous n’avez jamais lu ce livre et que vous voulez garder intacte votre lecture, c’est le moment de passer au suivant. Défilez jusqu’à voir la prochaine image (Astérix et Obélix).

Le spoil est suffisamment léger pour ne pas tout gâcher mais quand même…

Si vous lisez encore cette phrase je considère que vous avez eu le temps de l’éviter. C’est bon ? On est partis…

Encore là ?

Plus d’excuses ?

Go !

Je n’ai jamais vu une vision du voyage dans le temps aussi élégante. Dans la plupart du temps le paradoxe du voyageur est soit éludé, soit réglé d’une manière déprimante. Je m’explique : si je remonte le temps pour tuer Hitler (je sais c’est cliché) et que je reviens ensuite, j’ai un problème. En effet, si j’ai tué Hitler, alors il est mort dans mon présent et je n’ai aucune raison d’avoir construit la machine en premier lieu.

Dans les oeuvres, la première manière de traiter le problème c’est de l’ignorer. Surtout au cinéma. La seconde manière de le traiter c’est la théorie des univers. Si je remonte le temps pour tuer Hitler et que je reviens à mon époque, rien n’a changé. Je ne peux absolument pas changer mon présent. En revanche, désormais il existe un présent alternatif dans lequel Hitler a été tué par moi. C’est l’option Dragon Ball Z. Ce n’est pas absurde mais ça m’a toujours déprimé. Au final le paradoxe est résolu…mais dans d’autres univers. Le voyage dans le temps devient totalement inutile pour la personne qui voyage.

Dans Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban c’est sublime. La vision a probablement une faille mais je l’aime tellement que je n’ai jamais eu envie d’aller approfondir. Mais en même ça fait quinze ans désormais…si vous avez une idée de la faille, racontez-le en commentaires. En gros dans la vision de JK Rowling, le voyage dans le temps existe forcément dans mon présent. Donc si quelqu’un revient dans mon présent, il est DEJA revenu. Donc les conséquences de ses actes sont déjà prises en compte. Il n’y aura JAMAIS de présent où il n’était pas là. Par exemple, dans le livre à un moment un bruit étrange fait diversion et aide les héros à arriver à leur objectif. Et bien en fait c’est eux-mêmes qui ont fait ce bruit avec une pierre quand ils sont revenus dans le futur car ils SAVAIENT que ce bruit allait se produire.

Je ne sais pas si c’est très clair expliqué comme ça…surtout si vous n’avez pas lu l’histoire. Grosso modo c’est un équilibre subtil entre une vision du monde pré-écrite avec un destin et une vision qui laisse la place à un libre arbitre.

Le deuxième point qui m’intéresse dans ce livre c’est le thème de la culpabilité et de la faiblesse du concept de témoignage oculaire en justice. La faiblesse de la rumeur qui devient vérité car suffisamment de gens l’érigent en tant que telle. Ceux qui ont lu sauront de quoi je parle.

Bonus : Obélix et Compagnie

J’ai hésité à le mettre à la place de Freakonomics. Ce n’est donc pas une blague. Le problème de cet ouvrage c’est qu’il faut déjà avoir beaucoup lu pour le comprendre. Ou a minima il faut connaître le secteur du marketing et avoir des bases en économie. Si vous le lisez tel quel vous le lirez comme un enfant, sans comprendre la critique magistrale sous-jacente.

L’intérêt de cet ouvrage ce n’est pas l’intrigue donc je vais faire plus que du spoil : je vais vous le résumer. Si vous voulez le lire c’est le moment de sauter les lignes suivantes.

Obélix et Compagnie raconte une des nombreuses tentatives de l’Empire Romain pour détruire le village gaulois qui lui résiste. Quelqu’un propose d’arrêter de les combattre par la force et de les corrompre.

Comment ? En introduisant une économie capitaliste chez eux. On va donc trouver un objet (le menhir) que l’on va acheter. L’idée est proposée par un jeune sénateur qui a fait une école qui s’appelle NEA (on reconnaît l’anagramme de l’ENA).

Le sénateur va donc acheter un menhir à Obélix. Grisé par sa première vente, il retourne immédiatement au village pour passer tout son temps à travailler. Le problème c’est que s’il passe son temps à fabriquer des menhirs il n’a plus le temps de chasser le sanglier. Car l’économie du village gaulois n’est ni capitaliste, ni même rationalisée : chacun chasse pour se nourrir. Il n’y a pas de division du travail à ce nieau. Il embauche donc quelqu’un pour le faire à sa place.

Mais le sénateur romain veut plus de menhirs qu’Obélix peut en produire seul. Il va donc embaucher son chasseur pour faire des menhirs. Problème : qui va chasser pour eux ? Logiquement, il embauche en même temps deux autres chasseurs pour le nourrir lui et son ex-chasseur.

Mais le sénateur romain veut plus de menhirs qu’Obélix et son employé ne peuvent en produire. Il va donc embaucher les deux chasseurs. Problème : qui va chasser pour eux ? Il embauche donc quatre nouveaux chasseurs pour nourrir tout le monde.

Vous avez compris l’idée. Et ainsi de suite… Jusqu’à faire un déjeuner d’affaires avec le sénateur. Ils se mettent alors à parler dans une langue ridicule et simpliste (référence aux anglicismes) et le sénateur lui conseille de changer de tenue pour marquer son statut.

Un marchand itinérant arrive ensuite dans le village. Une sorte de supermarché sur roues qui vient approvisionner régulièrement le village. Obélix arrive et achète TOUT. D’un coup tout le village constate sa puissance économique. Et c’est l’escalade : tout le monde se met à vouloir fabriquer des menhirs. Très vite : une moitié du village produit des menhirs pendant que l’autre moitié chasse pour les nourrir. C’est le désir de consommation qui fait basculer tout le monde dans l’acceptation d’un travail qu’ils ne désiraient pas.

Mais les romains ont un problème : ils sont en train de dépenser tout leur argent en menhirs. Jules César tance le sénateur jusqu’à ce que ce dernier lui propose une campagne marketing pour vendre ce produit qui ne sert à rien.

On assiste donc à une intense campagne de publicité qui fonctionne et enrichit Jules César. Le sénateur parle alors d’introduire de l’obsolescence dans les produits, c’est à dire de faire des menhirs qui s’usent. Sinon on ne pourra bientôt plus en vendre. Mais…comme dans le village gaulois…l’appât du gain attire la concurrence.

Au début, Jules César essaie de régler le problème par la réglementation du marché et une sorte de protectionnisme à l’envers puisqu’il interdit aux romains de faire des menhirs. L’ironie est piquante pour quiconque connaît les vraies thèses protectionnistes. Normalement, on protège son économie locale en favorisant les produits locaux au détriments des produits étrangers. Non l’inverse.

Mais les producteurs romains se mettent en grève. Avec un slogan mordant : “Non au menhir gaulois, du travail pour nos esclaves”. Jules César cède et bientôt se voit envahir non seulement de menhirs romains mais aussi de menhirs produits par les pays voisins. Et…ce qui devait arriver arriva. Les prix s’effondrent sous l’effet de la guerre des prix et l’empire est ruiné. C’est une crise économique. Et comme toutes les crises il y a un laps de temps entre ce qui arrive à l’empire et la propagation de la crise. Mais les gaulois finissent par être touchés eux aussi.

La monnaie romaine s’effondre alors et les gaulois retournent au chômage. Fin.

Bonus de bonus

The Luck Factor

…analyse scientifiquement la chance en essayant de comprendre d’où elle vient. Il découvre notamment qu’on peut devenir chanceux, ce qui est assez renversant. Une des anecdotes qui illustre bien le concept c’est l’expérience où on fait venir des gens et on leur demande combien il y a de pages dans un journal. Certaines personnes trouvent alors en quelques minutes et d’autres en quelques secondes. Pourquoi ? Parce qu’en page 2 il était écrit “ne vous fatiguez pas à compter, il y a 42 pages”. (Je ne me rappelle plus des nombres exacts mais ce n’est pas important pour l’histoire).

Et, comme par hasard, la majorité des gens qui ont trouvé en quelques secondes se décrivaient avant l’expérience comme étant des gens chanceux. Tandis que la majorité des gens qui ont mis plusieurs minutes se décrivaient avant l’expérience comme des gens malchanceux.

Ce n’est qu’une illustration parmi d’autres. Au final l’auteur identifie 4 caractéristiques que partagent tous les gens qui ont de la chance :

  1. Ils maximisent leur opportunités. En testant en permanence de nouvelles choses, en ne dramatisant jamais les choses et en développant leur réseau.
  2. Ils ne vont pas à l’encontre de leur intuition. En apprenant à écouter leur vraie voix intérieure et non les peurs/volontés des autres.
  3. Ils sont convaincus d’avoir de la chance. Du coup ils voient mieux les opportunités (comme dans l’exemple du journal), se découragent moins vite face à l’adversité et interagissent avec les autres avec moins de méfiance.
  4. Ils savent minimiser l’impact de leurs mésaventures. Ils voient le positif dans tout, sont convaincus que la mauvaise fortune est passagère, ne se complaisent jamais dans la malchance et prennent des mesures préventives contre les mésaventures. Par exemple, vous n’imaginez pas le nombre de gens qui me disent qu’ils n’ont pas de chance car leur téléphone tombe tout le temps…et qu’ils le laissent en permanence sur des rebords de table ou de chaise.

Je sais que vous mentez

…analyse scientifiquement la détection de mensonge. Et pour ce faire il analyse les émotions. C’est une lecture fascinante qui permet de comprendre que les émotions sont universelles et qu’on peut apprendre à les reconnaître même quand elles s’expriment par micro-expression.

Mieux encore, il vous démontre que nous sommes de très mauvais détecteurs de mensonges. Nous sommes de mauvais menteurs, mais des détecteurs de mensonges encore moins bons. Et…contrairement à ce que tout le monde croit, ce qui nous rend médiocre ce n’est pas notre crédulité mais bien notre paranoïa. Il appelle ça l’erreur d’Othello : quelqu’un vous dit la vérité et vous êtes persuadé qu’il ment.

Voler comme un artiste

…vous décomplexera définitivement sur la création artistique. C’est une sorte de développement de la célèbre citation : “les grands artistes copient, les génies volent”. En plus il est très court : on le lit en 30 minutes.

Une des idées fortes : faîtes semblant jusqu’à réussir (le fameux “make it until you make it”). Ou encore : ce n’est pas parce que vous volez A et B que vous n’êtes pas une identité propre. Par exemple, vous avez bien une moitié de gènes de votre mère et une moitié de gènes de votre père. Pourtant vous n’êtes identique ni à votre mère, ni à votre père, ni même à vos frères et soeurs (qui sont pourtant des mélanges des mêmes gènes), car les possibilités de mélange sont en fait infinie. C’est le dosage qui va déterminer votre propre originalité.

Présentation Zen

…vous apprendra une fois pour toutes à faire des présentations Power Point qui n’endorment pas les gens.

Si ce livre était obligatoire je suis convaincu qu’on gagnerait instantanément plusieurs points de productivité.

Petit cours d’autodéfense intellectuelle

…vous apprendra à repérer les sophismes et autres armes du côté obscur pour les contrer. Un autre livre qui devrait être obligatoire à l’école. Comment se défendre contre les manipulations du langage, des chiffres, des médias et ses propres failles intellectuelles.

Conclusion

N’hésitez pas à partager vos propres lectures en commentaire et à faire votre propre top 10 ! Vous verrez c’est un exercice extrêmement formateur car il vous oblige à vous replonger dans ce que vous avez lu et faire le bilan de ce qui vous a vraiment marqué. En plus, il y a un phénomène étrange qui est que les livres vont vous parler de manière très différente en les relisant, car vous en avez lu d’autres entre temps.

Si vous avez la moindre question sur les livres présentés ici, vous pouvez toujours laissez un commentaire et j’essaierai de vous aider comme je peux ^^. Bonnes lectures.

PS : si vous avez aimé cet article jetez un oeil à 8 choses que vous pouvez faire pour changer le monde, ci-dessous.