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Catalogne, la Russie a-t-elle (réellement) essayé de diviser l’Espagne…et l’Union européenne ?

Après le Brexit, l’élection américaine de novembre 2016, la présidentielle française, les élections en Allemagne, ou plus récemment le référendum d’auto-détermination catalan, la Russie aurait également essayé d’interférer dans le processus électoral italien. Le prétendu déroulé des opérations est relativement classique, avec une attaque informationnelle venant exploiter des failles politico-sociétales par le biais des médias que sont Russia Today et Sputnik, et des « armées » de bots[1] et de trolls lancés sur Twitter et Facebook. Ce narratif s’il est à bien des égards opérant, et étayé sur des éléments factuels, n’en est pas moins problématique. Certains des articles qui traitent cette épineuse question des fake news électorales et politiques[2] ont une approche que nous pourrions qualifier de modèle interprétatif réductionniste, voire osons le terme, conspirationniste.

Si la démarche inhérente à ces articles exploratoires, à savoir essayer de mettre au jour les rapports de forces politiques qui irriguent l’écosystème digital, notamment en période électorale, est évidemment intéressante et nécessaire, certains biais méthodologiques et explicatifs nous semblent être discutables. Notre démarche n’est pas aisée, et l’angle de cet article nous positionne de facto sur une ligne de crête particulièrement inconfortable.

L’enjeu n’est aucunement de relativiser certains agissements propres à ce que dans un précédent article nous avions qualifié de conflictualité informationnelle, mais plutôt de poser les linéaments d’une déconstruction du narratif global associé à la thématique des fake news[3].

Deux hypothèses complémentaires ont animé ce travail de recherche :

1 Le discours politique et médiatique sur les fake news ne serait-il pas symptomatique d’une forme de fièvre obsidionale dont les conséquences politiques sont plus réelles que la menace initiale ? Dans le cas français, le projet de loi sur les fake news constitue un potentiel tournant en termes de liberté d’expression sur internet, et a pour origine une volonté de contrecarrer les ingérences extérieures de puissances comme la Russie, dont les organes médiatiques ont été appréhendés par Emmanuel Macron notamment comme des « organes d’influence » répandant de la « propagande mensongère ».

Voir l’action de bots et de trolls russes derrière chacun des grands faits politiques touchant les démocraties libérales occidentales n’est-ce pas au contraire donner l’impression que nous aurions basculé dans un état de siège permanent, qui nécessiterait, à terme, un état d’exception ?

Le 7 mars dernier le quotidien Le Monde a publié le document rédigé par les députés de la LREM ayant vocation à servir de base à la proposition de loi contre la diffusion de fausses nouvelles[4]. Quelques jours auparavant dans les colonnes du Figaro, la ministre de la Culture, François Nyssen, expliquait que cette future loi est « nécessaire pour protéger notre démocratie contre les ingérences extérieures ». L’un des axes de ce document concerne notamment le fait qu’à l’avenir l’autorité judiciaire aurait à déterminer si un contenu éditorial peut être appréhendé comme relevant de la fausse information. Cette évolution est loin d’être anodine et viendrait octroyer à la justice un pouvoir ressortissant finalement du champ politique. Quid du relativisme ? Quid du perspectivisme ontologique ? Est-ce à dire que la frontière entre le vrai et le faux est si nette ?

2 L’omniprésence discursive de ce que l’on pourrait qualifier de topos de l’ingérence russe ne s’inscrit-elle pas dans une structure narrative revêtant des similitudes avec les théories du complot ? En d’autres termes, la stratégie de dénonciation de la dissémination de fake news prétendument émises par la Russie peut-elle constituer un ressort communicationnel d’influence en période sensible ?

Cet axe de réflexion s’avère plus sensible puisqu’il fait appel à la réflexion autour des théories du complot. Lors de précédents travaux universitaires nous nous étions notamment intéressé à la remise en cause des discours officiels et à la structuration de la circulation et de l’influence des discours alternatifs lors des attentats ayant touché la France en 2015 et en 2016 [5]. L’une des spécificités des discours alternatifs en période de crise réside notamment dans la volonté de rendre cohérente une situation chaotique et erratique en faisant référence à un discours mythologique et pseudo-rationnel à même de constituer une grille de lecture rassurante et explicative.

100.000 dollars d’achat médias sur Facebook et une « armée » de bots et de comptes d’influence sur les espaces sociaux (Twitter, Facebook, Reddit, 4Chan…) peuvent-ils, à eux seuls, rendre raison du chaos politique et analytique suscité par cette élection ? Nous sommes en droit d’en douter, et la théorie réductionniste voulant que la victoire de Trump soit la résultante de l’ingérence Russe a quatre effets problématiques :

1 Elle tend à dépolitiser le champ politique par une judiciarisation accrue de la vie politique.

2 Elle repolitise la scène internationale en réactualisant une grille de lecture digne de la guerre froide. Cette dialectique dépolitisation-repolitisation constitue un sillon pour l’heure insuffisamment creusé.

3 Elle réactualise d’une certaine manière la théorie sociologique des années 30 de la seringue hypodermique et de l’influence omnipotente des médias, et aujourd’hui des réseaux sociaux, sur la conscientisation des individus.

4 Elle empêche d’appréhender par une grille purement politique un sujet uniquement politique, en accordant la primauté à une causalité exogène.

Par dépolitisation nous entendons cette quête caractéristique de notre époque dite de post truth qu’est la ­true news, à savoir l’information labellisée soit par un consortium de journalistes soit de manière participative via une vigilance citoyenne sur les réseaux sociaux. Le politique passe aussi par la conflictualité informationnelle ou par l’agonisme, pour reprendre un concept théorisé par la philosophe Chantal Mouffe[7], et vouloir constamment fact checker les narratifs ayant cours tend subrepticement à donner à penser qu’existerait un discours vrai en parfaite adéquation avec le réel.

Or, comme l’écrivait Hannah Arendt dans son essai sur le mensonge en politique, sorti peu de temps après les Pentagon Papers, « la falsification délibérée porte sur une réalité contingente, c’est-à-dire une matière qui n’est pas porteuse d’une vérité intrinsèque et intangible, qui pourrait être autre qu’elle n’est », et la philosophe allemande exilée aux États-Unis d’ajouter qu’il résulte de ce fait « qu’aucune déclaration portant sur des faits ne peut être entièrement à l’abri du doute — aussi invulnérable à toute forme d’attaques que, par exemple, cette affirmation : deux et deux font quatre »[8].

Si la réalité est contingente, les discours portant sur cette dernière le sont forcément, d’autant que dans le cas de ces derniers il convient d’ajouter la variable interprétative qui nécessairement conduit à apposer un filtre sur le réel.

Et la Catalogne dans tout ça ?

Le référendum d’auto-détermination catalan de l’automne dernier a contribué à cristalliser ces différentes réflexions, et d’une certaine manière est venu constituer un avatar paroxystique des potentielles limites des discours relatifs aux fake news et à l’ingérence russe dans des processus électoraux.

A l’automne dernier, les ministres espagnols des affaires étrangères et de la défense ont communiqué sur le fait que des acteurs gouvernementaux et des officines privées russes ont mis en place une stratégie de déstabilisation de l’Europe avec la Catalogne comme point d’entrée.

Cheminant sur notre ligne de crête, à la fois particulièrement inconfortable mais pour autant la seule qui nous paraisse être à même d’analyser de la manière la plus axiologiquement neutre notre objet de recherche, nous n’entendons pas apporter des preuves venant contredire le discours officiel espagnol. Notre but est encore moins de blanchir la Russie d’accusations d’ingérence.

En nous appuyant sur le cas de la Catalogne nous souhaitons au contraire confronter nos hypothèses à un exemple signifiant et d’ampleur plus restreinte que l’élection américaine ou antérieurement le Brexit.

Méthodologie

D’une ampleur politique et médiatique bien moindre que le Brexit ou l’élection américaine de novembre 2016, le cas catalan constitue un objet d’étude plus resserré. Sur Twitter, les données analysées vont du 1er août 2017 au 1er décembre, soit un corpus de 4 022 000 tweets uniques. Les données ont été récupérées a posteriori fin décembre via l’utilisation d’un script basé sur le langage Python. Cette approche via du scraping offre une alternative aux limites classiques de l’API Twitter, et notamment concernant l’impossibilité de remonter les tweets au-delà de 10 jours. Les mots clés utilisés dans la requête se veulent volontairement généralistes : « Catalonia », « Catalunya », « Cataluña » et « Catalogne ».

Par ailleurs, les utilisateurs uniques engagés dans la discussion ont été extraits, et les données publiques de 703 452 utilisateurs ont été récupérées via un call du type lookup users dans l’API Twitter.

L’approche par le scraping est potentiellement moins précise, en termes de mentions relevées, qu’une connexion en stream à l’API Twitter. Nous ne prétendons donc pas disposer d’un corpus composé de l’ensemble de la conversation autour du référendum. Néanmoins ce dernier constitue un support particulièrement dense et nourri permettant d’étudier une potentielle influence étrangère dans ce scrutin européen.

Par ailleurs, nous tenons également à préciser que nous ne sommes pas des spécialistes de la vie politique espagnole, et encore moins catalane, et que nous nous en tiendrons de fait à une approche uniquement axée sur la thématique de la conflictualité informationnelle.

Les comptes les plus actifs sont-ils (forcément) les plus suspects ?

Ce graphique présente de manière décroissante les cinquante comptes les plus actifs entre le 1er août et le 1er décembre 2017 sur Twitter dans la discussion autour de la Catalogne. Par activité, nous entendons la publication de tweets organiques ainsi que les retweets effectués par un compte Twitter, sans que cette dernière ne soit pondérée par l’influence réelle du compte.

Le compte le plus actif est celui d’une prétendue militante de la cause indépendantiste Catalane. Le fait de parler de « prétendue militante » ne revient pas pour nous à émettre un jugement de valeur sur l’engagement politique de cette militante, mais plutôt à souligner le fait que ce compte n’est pas aisément attribuable à un individu.

L’activité éditoriale de ce compte est particulièrement importante avec près de 200 000 tweets publiés depuis le mois de septembre 2012. Le compte disposant de plus de 22 000 followers pour 1 001 abonnements.

L’analyse des vecteurs utilisés pour tweeter donne à penser que par-delà la forte activité éditoriale du compte, ce dernier est potentiellement tenu par un être humain, et non par un bot dont le mode de fonctionnement serait en partie dicté par un algorithme. Sur les 3 200 derniers tweets publiés par @Marta_catalonia, 2 430 ont ainsi été émis par le site internet de Twitter et 811 via un smartphone dont le système d’exploitation est sous Android.

L’analyse qualitative de ces 50 top users fait ressortir 5 types de profils :

1. Comptes de médias

Le deuxième compte le plus actif, le @EPCatalunya (Europa Press Cat) est un compte certifié d’une agence de presse privée madrilène. Nous retrouvons également des comptes comme @elnacionalcat ou @naciodigital qui sont des médias généralistes catalans témoignant d’une certaine sensibilité pour la cause indépendantiste.

2. Comptes de bots inoffensifs

Des bots inoffensifs[9] font également partie de ce classement comme @bitMomentum, un observatoire en temps réel de la vie politique espagnole, @HoraCatalana, bot donnant l’heure en Catalogne ou encore @globurl (I Love Catalonia) qui publie toutes les heures des tweets mettant en valeur la Catalogne.

3. Comptes de militants réels

Des comptes d’individus réels avec une forte activité sociale à l’image de @smujal, proche de la cause indépendantiste et qui relaie de manière organique les tweets et/ou articles de presse en phase avec son combat politique. @leotaxil ou encore @cota3143 constituent d’autres exemples de militants catalans particulièrement actifs, et qui semblent être pilotés de manière parfaitement organique.

Dans le camp adversaire nous retrouvons notamment un compte comme @Sanfermin00.

4. Comptes ayant été suspendus et/ou supprimés après la constitution du corpus

Des comptes comme @fractaltrend (bot relayant les actualités relatives à la Catalogne) ,@intermunicipal_ (bot relayant de manière automatique des actualités politiques relatives à la Catalogne, avec un léger positionnement pro-indépendantiste), @Mela_Lombardi (bot relayant les actualités relatives à la Catalogne, avec un léger positionnement anti-indépendantiste) ou encore @merche_iturbe ne sont plus disponibles aujourd’hui sur le réseau, soit parce qu’ils ont été suspendus par la plateforme soit au contraire suite à une suppression par leur utilisateur.

Le compte Twitter @meche_iturbe est particulièrement intéressant car il recouvre une série de caractéristiques d’un compte dit bot :

· Une forte activité CM sur la période avec 1 366 tweets publiés

· Une photographie ne correspondant pas à l’identité déclarée. En l’occurrence ici, une photo de l’actrice américaine Bella Thorne est utilisée pour la photo de profil Twitter

· Hormis ce compte Twitter, “Meche Iturbe” ne dispose d’aucune autre présence digitale. Ce qui est particulièrement révélateur de la création et de l’animation d’un fake account

5. Comptes de fans du FC Barcelone

Dans ce classement, nous relevons également des comptes uniquement positionnés sur la thématique sportive et publiant essentiellement du compte relatif au FC Barcelone à l’instar de @Nawaf_Catalonia ou @Catalonia_AZ. Si nous aurions pu faire le choix de filter a posteriori ces comptes eu égard à leur non pertinence par rapport à notre sujet, nous avons pris le parti de les laisser afin de démontrer la pluralité d’acteurs ayant été engagés dans la discussion globale autour de la Catalogne. Ces comptes font du bruit, et rendent de facto plus difficile les stratégies d’influence, du fait d’une volumétrie accrue.

Que faut-il conclure de cette approche liminaire ?

Sur les 50 comptes les plus actifs, et non pas forcément donc les plus influents, il est difficile d’affirmer que les comptes bots et ou fake sont particulièrement prédominants. A l’instar du @meche_iturbe, nous avons bien relevé des comptes dont les caractéristiques témoignent d’une volonté de falsification manifeste mais en l’état actuel des connaissances disponibles il est difficile de les relier à une officine, et encore moins à un pays.

Ce premier constat permet de rompre avec un a priori jusque-là très répandu, à savoir la présence de nuées de comptes Twitter capables d’émettre des dizaines de milliers de tweets en quelques semaines. Le compte le plus actif, à savoir le @Marta_catalonia, n’a ainsi émis « que » 6 986 sur la Catalogne sur la période et semble être parfaitement réel.

Les cas Julian Assange, Edward Snowden et Wikileaks

Bien que ne figurant pas dans le classement des 50 utilisateurs les plus actifs dans la conversation autour de la Catalogne, des acteurs comme Julian Assange ou Edward Snowden, ainsi que des organisations comme Wikileaks, ont été à de nombreuses reprises accusés d’interférer dans le référendum et d’être des vecteurs d’influence de la Russie. S’appuyant sur une réunion ayant eu lieu entre Julian Assange et un leader de la cause indépendantiste, Alfonso Dastis, ministre des affaires étrangères espagnoles, a accusé le fondateur de Wikileaks de chercher à « interférer et à manipuler » la situation en Catalogne, pour déstabiliser l’Espagne et l’Europe[10].

Ce chiffre est considérable, même si son compte dispose de 754 000 abonnés. Sur les 3 200 derniers tweets publiés par l’australien, 36% de son engagement total est donc lié à ses prises de positions sur la Catalogne.

Assange s’est donc fortement investi sur le sujet et son discours a semble-t-il recueilli un écho manifeste auprès des utilisateurs du réseau social.

L’analyse du graphique ci-dessous qui permet de visualiser l’activité de Julian Assange entre le 1er août et le 1er décembre est particulièrement intéressante car elle met au jour un activisme digital accru du leader de Wikileaks pendant les phases particulièrement sensibles de la crise catalane.

En prenant du recul, nous constatons que l’activisme digital d’Assange a considérablement diminué une fois la question catalane devenue moins centrale dans l’actualité politique internationale. Aucune conclusion hâtive ne saurait être tirée de la comparaison entre ces deux graphiques volumétriques. Pour un activiste comme Assange les enjeux politiques soulevés par la question catalane peuvent légitimement justifier et expliquer sa propension à commenter et à prendre parti sur le sujet, de manière bien souvent particulièrement critique à l’égard de Madrid.

Lorsque nous analysons l’influence d’Assange répartie dans le temps nous constatons que c’est au cours de l’épisode catalan que ce dernier réalise ses meilleures performances sur Twitter.

Sur la seule journée du 1er octobre 2017, date du référendum, il suscite 402 946 engagements.

Sur la journée du 1er octobre, il réalise notamment une publication suscitant 58 274 engagements et qui montre des membres des forces de l’ordre espagnoles vider manu militari un bureau de vote où se déroulait le référendum. La vidéo a été vue plus de 755 000 fois sur Twitter.

Comme l’indique le tableau ci-dessous, Assange a été particulièrement actif lors des différentes phases sensibles de la crise catalane :

· Le 1er octobre, jour du référendum en Catalogne, Assange publie 74 tweets[11].

· Le 20 septembre, 64 tweets sont publiés alors que des milliers de manifestants en faveur de l’indépendance ont défilé dans les rues de Barcelone pour protester contre l’arrestation d’une douzaine de membres du gouvernement de la région. Les interpellations de ces dirigeants, dont celle du bras droit d’Oriol Junqueras, étaient motivées par Madrid par la volonté d’enrayer le processus référendaire impulsé par la Généralité de Catalogne.

· Le 27 octobre, est une journée historique à double titre pour la Catalogne avec l’annonce par le parlement Catalan de l’indépendance, suivie quelques heures plus tard par l’utilisation de l’article 155 de la constitution espagnole par Madrid afin de mettre la Catalogne sous tutelle. Le gouvernement catalan est alors dissous.

Ok, Assange est actif mais il parle de quoi ?

L’analyse de la structuration éditoriale de ses tweets fait ressortir 4 axes éditoriaux :

1 Les forces de l’ordre espagnoles sont appréhendées comme des forces répressives qui constituent une menace effective pour l’autodétermination des catalans. Les mots employés « paramilatary », « militarized » ou encore « military » accentuent et dramatisent la situation conflictuelle en Catalogne. Subrepticement ils tendent à renvoyer l’idée qu’une guerre civile peut potentiellement éclater.

2 Le gouvernement espagnol est à de nombreuses reprises accusé de pratiquer la censure. Assange publie notamment une vidéo le 26 septembre dans laquelle ils donnent des conseils aux Catalans afin de contrecarrer la prétendue censure mise en place par Madrid. Il décrit notamment la situation comme le commencement de la première guerre de l’Internet.

3 Assange reprend et accentue le narratif selon lequel le gouvernement de Mariano Rajoy s’inscrirait dans la continuité de l’époque franquiste.

4 De manière plus périphérique, Assange émet des tweets critiques à l’égard de l’alt-right américaine qu’il critique en raison de son soutien à Madrid. Soutien motivé selon lui par une sympathie de ce courant d’extrême droite américaine à l’égard des « héritiers » du franquisme. Cette critique est intéressante, et viendrait notamment problématiser le continuum classique (trop classique) Poutine — Assange — Wikileaks — Alt Right — Trump.

Dès lors quid de sa place dans ce conflit ? Simple whistleblower ? Défenseur de la liberté d’expression ? Activiste ? Partisan ?

Pour pousser davantage l’analyse du positionnement éditorial de Julian Assange nous avons utilisé une approche de word vectors pour déterminer l’univers sémantique associé aux axes structurants du discours de Julian Assange sur l’Espagne. Cette approche repose en grande partie sur un script R écrit par Julia Silge[12].

Lorsque Assange utilise le mot « Espagne » ce dernier est ainsi fréquemment associé au concept de « sédition » (item revenant à 17 reprises dans notre corpus). Autre élément intéressant, le fondateur de Wikileaks met tout particulièrement l’accent sur l’expression de « prisonniers politiques », qui revient, quant à elle, 15 fois. A ce titre, nous relevons une publication en date du 16 octobre dans laquelle Assange accuse Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, d’avoir accordé un blanc-seing à la « répression brutale » de Mariano Rajoy.

En termes de narratif, cette publication recèle trois éléments intéressants :

1 Une attaque contre l’Espagne accusée de créer des « prisonniers politiques »

2 Une attaque visant les institutions européennes accusées de fermer les yeux et de signer un « chèque en blanc »

3 Une présentation relativement naïve et manichéenne des indépendantistes Catalans

Cette prise de position vise clairement à critiquer (déstabiliser ?) aussi bien l’Espagne que l’Union Européenne.

La menace franquiste, épisode 2

Mais un autre élément caractérise le narratif d’Assange : la question du fascisme et sa potentielle instrumentalisation à des fin de stratégie d’influence et/ou de déstabilisation.

David Patrikarakos, correspondant pour plusieurs grands médias internationaux, dans son dernier ouvrage War in 140 Characters montrait dès son introduction de quelle manière les narratifs sur les réseaux sociaux dans le cadre du conflit ukrainien tendaient à accorder une importance stratégique à la diabolisation de l’ennemi.

L’analyse que fait l’auteur est particulièrement intéressante en ce sens qu’il insiste sur un le fait que les pro-Russes et les forces gouvernementales proches du Kremlin engagées de manière directes ou indirectes dans le conflit ne rechercheraient aucunement une victoire militaire en Ukraine, mais plutôt à déstabiliser le pays en accentuant les divisions qui le tiraillent.

L’action de Julian Assange s’inscrit dans un schéma similaire au narratif ukrainien. La menace en Espagne n’est pas celle d’une résurgence du nazisme, comme cela a été à maintes reprises dénoncé en Ukraine avec le cas de Pravy Sektor, mais d’un renouveau franquiste. Fin septembre, Assange publie notamment une tweet dans lequel il relaye une vidéo présentant des « unionistes » faisant des saluts fascistes.

Pour Assange, la Catalogne constitue un bastion de résistance de la démocratie en Europe. Une démocratie en train de ployer sous les coups d’un gouvernement autoritaire, « franquiste », « corrompu »[13], « décrédibilisé » et ayant recours à la « censure ».

Par-delà un soutien à la cause catalane, et par-delà une hypothétique volonté de faire tomber le gouvernement Rajoy, Assange ne serait-il pas plutôt engagé dans un jeu de miroirs ambigu et complexe destiné à diffuser un narratif relativiste ? Si le cas de l’Australien est aussi fascinant, c’est qu’il dépasse très nettement sa personne et ses prises de position politiques. Assange ne serait-il pas d’une certaine manière un agent, au sens neutre du terme, d’une stratégie que nous pourrions qualifier de coup billard à trois bandes ?

1 Dans un temps 1, utilisation d’un acteur particulièrement influent et réputé pour sa défense des valeurs libertaires et de l’éthique de la transparence pour critiquer une politique répressive, autoritaire et anti-démocratique dans un pays européen. Il s’agit de déstabiliser un pays européen non pas en utilisant des valeurs et des idéologies exogènes, mais bel et bien de retourner les valeurs européennes contre l’UE.

2 Cette approche, suscite dans un temps 2 des réactions politiques et médiatiques dans le pays ciblé. Une image de citadelle assiégée, notamment par les botnets et les activistes au service d’une puissance étrangère, est alors renvoyée par le pouvoir central. La dénonciation d’acteurs étrangers accusés de souffler sur les braises d’un antagonisme national pour faire émerger une guerre civile en Europe bat son plein.

3 Dans un temps 3, cette guerre des nerfs peut être appréhendée comme une manière de retourner les armes de l’ennemi contre lui. En amont du référendum Madrid a notamment mis en place une politique de censure particulièrement poussée afin de contrecarrer la tenue de cette votation illégale[14]. Pour lutter contre les prétendues fake news émises par des comptes gravitant dans l’orbite du Kremlin des gouvernements démocratiques et libéraux, à l’instar de la France, pourraient être tentés de modifier l’appareil législatif pour restreindre la propagation d’informations sensibles, alternatives, critiques et/ou mensongères.

Dès lors, si l’activisme digital de Julian Assange est bien réel, faut-il pour autant appréhender le narratif mis en place par ce dernier comme s’inscrivant de facto dans une logique de déstabilisation théorisée, pensée et implémentée par la Russie ?

Le cas Assange met en exergue deux éléments cadres, qui ont vocation à structurer notre manière d’appréhender les réseaux sociaux au cours des prochaines années :

1 Un activiste digital œuvrant à mettre en place un récit alternatif [15] n’inscrit pas forcément son action dans un cadre géopolitique plus global. En d’autres termes, l’ingérence d’un acteur comme Assange dans un conflit politique national ne peut être de facto décrédibilisée, discréditée et délégitimée comme un acte de propagande politique au service d’intérêts étrangers. A ce titre, il est intéressant de noter que Renata Ávila, avocate de la World Wide Web Foundation et membre de la défense de Julian Assange, a critiqué dans un article publié le 3 octobre 2017 dans Público l’omniprésence médiatique et politique de la « théorie des hackers Russes »[16]. Dans cette interview, Ávila cible tout particulièrement El Pais qui a publié une série d’articles, en espagnol et en anglais, dans lesquels Moscou est de manière récurrente accusée d’utiliser la crise catalane pour affaiblir l’Union européenne.

En effet, dans un article paru le 25 septembre 2017, le quotidien estime que la stratégie digitale utilisée lors du Brexit ou lors des élections américaines a été déployée en Espagne. Un article issu de la version espagnole de RT et deux tweets, l’un de Wikileaks et l’autre d’Edward Snowden, sont utilisés pour venir mettre en image « les réseaux d’informations russes utilisant la Catalogne pour déstabiliser l’Europe ».

2 Un activiste digital œuvrant à mettre en place un récit alternatif s’inscrivant dans un cadre géopolitique plus global. En l’état de notre position et des informations disponibles, il est bien évidemment impossible pour nous de considérer que Julian Assange est un agent du Kremlin ; comme le font pour autant, de manière plus ou moins explicite, certains médias internationaux. Pour autant plusieurs points factuels et quantitatifs peuvent permettre d’étayer certains soubassements de cette hypothèse.

Parmi ceux-ci un élément nous semble crucial : Assange a réalisé 3 640 754 engagements sur ses publications relatives à la Catalogne. Ce chiffre témoigne d’une force de frappe réelle de l’activiste, mais pose toutefois une question relative à la dimension potentiellement artificielle de l’engagement suscité par ces publications.

Notre approche de scraping via Python ne nous permet pas de récupérer les listings de retweets associés à une publication, et l’API Twitter quant à elle n’autorise la récupération que des 100 premiers retweeters sur une publication. Il ne nous est donc en l’état pas possible d’investiguer davantage ce chiffre. Ce dernier constitue toutefois une clé de lecture particulièrement intéressante, qui permettrait de mettre au jour de potentielles formes de collusion. Seule une entité clairement organisée, disposant de temps, de moyens techniques et financiers conséquents, est en effet à même de créer un réseau de comptes fake et/ou de bots à même de susciter de tels niveaux d’engagement sur des publications aussi stratégiques.

Listing des tops tweets réalisés par Assange sur la Catalogne

Julian Assange n’est pas un acteur politique et un influenceur comme un autre. Comme le rappelle François-Bernard Huyghe dans son dernier ouvrage sur les fake news, nous avons affaire à une ex-icone progressiste désormais stigmatisé comme un agent de Trump[17]. Du rang de whistleblower au service de la transparence, Assange est passé à celui de renégat ou pire de séide au service de l’obscurantisme russe.

Quoi qu’il en soit s’intéresser à l’activisme de Julian Assange dans le cadre catalan ne s’apparente aucunement à une approche périphérique de la problématique. Bien au contraire, comme le montre François-Bernard Huyghe, aux États-Unis, « la majorité de la classe politique et des « médias « classiques » soupçonne le trio Poutine/Assange/Trump »[18].

Dans l’ère de la post-truth le soupçon équivaut de facto à l’exclusion et à la condamnation.

En termes de narratif, le cas Assange est également intéressant car ses prises de position constituent d’une certaine manière l’archétype et la forme pure du positionnement éditorial d’une série de comptes anti-Madrid engagés à l’automne 2017 et dont les caractéristiques peuvent plaider en faveur d’un comportement suspect.

Les 8 users digits, mythes ou mercenaires algorithmiques au service de Moscou ?

En termes de manipulation de l’opinion sur Twitter, notamment via des procédés qualifiés couramment de bots mais qu’il conviendrait bien souvent de rapprocher des traditionnelles tactiques d’astroturfing, nous relevons dans notre corpus la présence de 11 875 comptes utilisant dans leur screen name une suite de caractères composée de 8 chiffres.

Ces 11 875 utilisateurs ont produit 73 252 tweets uniques de notre corpus, soit 1,82% de notre échantillon.

Parmi les spécialistes du décryptage des stratégies d’influence digitale, à l’instar notamment de Ben Nimmo, il est communément admis que les 8 digits users engagés de manière particulièrement active dans un débat politique doivent être appréhendés avec prudence. Bien évidemment, ce pattern ne saurait permettre d’identifier clairement et directement un prétendu un troll ou un bot agissant pour des intérêts étrangers. Il faut en effet rappeler que cette suite de caractères est en réalité proposée par Twitter lorsqu’un utilisateur crée son compte et ne cherche pas à personnaliser son username.

Alors certes, à l’heure de l’hypersonnalisation favorisée par les réseaux sociaux, bien que l’anonymat reste une caractéristique clé d’un réseau social comme Twitter, il est toujours étonnant de voir un utilisateur se satisfaire d’une identité numérique réduite à une suite de caractères digitaux. Si les 8 digits users peuvent très bien appartenir à des utilisateurs lambda, nous pensons notamment à des utilisateurs n’étant pas forcément en adéquation avec le monde digital, mais désireux toutefois d’avoir un compte sur Twitter, le côté random de ces comptes devient problématique lorsque leur présence et leur activité digitale témoignent d’un activisme manifeste.

6 points peuvent permettre de qualifier cette présence digitale, sur un espace comme Twitter, comme potentiellement problématique :

1 Un nombre de tweets publiés ne répondant pas à une logique humaine et qui donnerait à penser qu’un script pilote l’activité éditoriale, ou a minima, la planification des publications.

2 Un nombre de followings donnant à penser que l’utilisateur en question est engagé dans une stratégie de mass follow.

3 Un ratio entre le nombre de followings et le nombre de followers manifestement trop déséquilibré.

4 Une absence de marqueurs identitaires : absence de photo de profil, de description, de localisation, ou bien présence d’une photo de profil sans lien avec l’individu, d’une description destinée à tromper et à faire illusion.

5 Présence d’une ligne éditoriale clairement identifiée, s’inscrivant, dans le cas de contexte spécifique marqué et polarisé, dans une conflictualité manifeste. Dans le cadre du Brexit, les chercheurs anglo-saxons ont notamment identifié des comptes, attribués à la Russie, ultra actifs et dont la ligne éditoriale ne dérogeait jamais à l’activisme pro-Brexit.

6 La date de création du compte. Dans notre corpus sur la Catalogne par exemple, nous relevons 6 296 comptes créés depuis le 1er juillet 2017.

Ce dernier point est intéressant, car il vient questionner l’opportunité pour un utilisateur de créer un compte. Le tableau ci-contre, présente les principaux moments au cours desquels des comptes de 8 digits users ont été créés. Fait intéressant, il ressort que le 1er octobre a été la journée au cours de laquelle le plus de comptes random ont été créés. La concomitance avec l’organisation du référendum, et la création de 250 comptes en 8 digits users, soulève bien évidemment un certain nombre de questions.

De même si la création de compte est relativement limitée tout au long de l’été, nous notons une nette accélération à partir de la mi-septembre.

Twitter demande notamment aux utilisateurs d’inscrire une adresse de mail valide, du type Yahoo, Orange, Gmail, et rejette les adresses mail jetables. Si la stratégie des alias, notamment avec Gmail peut permettre de contourner la règle du 1 compte = 1 mail, cette dernière ne constitue pas une véritable faille. L’introduction par Twitter de la confirmation des comptes par sms et/ou appels téléphoniques automatisées rend d’autant plus compliqué pour un individu seul, ne disposant pas d’une véritable logistique, le fait de se créer plusieurs comptes. Par ailleurs, l’authentification à l’API Twitter, nécessaire notamment pour scripter des comptes, nécessite un compte d’utilisateur ayant été validé par téléphone.

Si les différentes règles mises en place par Twitter peuvent être aisément contournées par certains acteurs elles s’avèrent restrictives, en termes de logistique et de coût financier, pour les trolls lambda agissant pour leur propre compte.

Par ailleurs, sur ces 6 296 comptes créés depuis le 1er juillet 2017 une autre donnée est intéressante : l’intérêt porté par les utilisateurs à personnaliser leurs comptes. Or, il s’avère que 4 222 comptes ont été créés sans aucune description.

Au global, ces 4 222 comptes ont émis un total de 2 407 155 tweets[19].

Le compte @ducktap54400020, créé le 11 juillet 2017, se singularise par son activité sur Twitter, puisque ce compte a émis 84 516 tweets entre la date de création de son compte et le 1er janvier 2018. Ce compte hollandais a une moyenne de 485 tweets par jour, ce qui témoigne d’une activité particulièrement importante, bien qu’essentiellement constituée de retweets[20].

Ses tweets sur la Catalogne sont révélateurs d’une approche particulièrement critique à l’égard du gouvernement espagnol et de l’Union Européenne. Relayant une publication dénonçant l’emprisonnement de jeunes manifestants catalans ayant critiqué les forces de l’ordre sur les réseaux sociaux, cet utilisateur qualifie de manière lapidaire cet évènement comme révélateur de ce qu’est intrinsèquement l’Union Européenne.

Dans un registre similaire, nous relevons également la présence d’un compte comme @ramon39848236 créé semble-t-il spécialement pour commenter le référendum catalan. Ce dernier a en effet publié 2 422 entre août et début novembre 2017, avant de se désintéresser de la question, et de ne plus jamais publier.

Par ailleurs, ce type d’approche que nous pourrions qualifier de militantisme opportunisme et éphémère semble être peu en adéquation avec le positionnement politique et idéologique d’un militant catalan pro-indépendantiste.

Les images qu’il partage sont d’ailleurs intéressantes. Par exemple, l’iconographie anti Mariano Rajoy ressemble fortement à une utilisée pour critiquer le président du Mexique Enrico Pena Nieto.

Difficile en effet de voir dans ces deux images une pure coïncidence, puisque les deux infographies ont la même charte graphique : une même police, une même emphase sur le mot « no », et un même masque dans la partie droite pour ajouter l’image d’un individu.

Autre élément intéressant, voire troublant, ce compte accuse également Ciudadanos et sa leader en Catalogne Inés Arrimadas de proximité avec le franquisme.

Nous retrouvons ici des logiques classiques de déstabilisation de l’adversaire en l’accusant de proximité avec une idéologie, en l’occurrence ici le franquisme.

L’analyse des axes structurants des mentions émises par ces comptes dont le screen name comporte cette série de 8 chiffres fait donc ressortir 4 points intéressants :

1 Des comptes enclins à préempter des hashtags comme #FreedomPoliticalPrisoners ou #LibertatPresosPolitics

2 Un intérêt critique manifeste pour Ciudadanos et ses deux leaders Albert Rivera et Inés Arrimadas. Les attaques à leur égard s’inscrivant dans des logiques de diabolisation de l’adversaire

3 Des sujets récurrents autour de la démocratie ou encore de la liberté de la presse

4 Le Partido Popular et Mariano Rajoy, s’ils ne sont pas des sujets centraux dans la discussion, n’en sont pas moins mentionnés de manière récurrente[21]

Les éléments absents de cette cartographie sémantique sont également intéressants, puisque par exemple nous ne relevons aucune mention relative à la Russie, à l’Ukraine ou encore à la Crimée. Cela ne veut pas dire qu’à la marge certains de ces utilisateurs n’ont pas étayé leur argumentaire sur des faits géopolitiques ne concernant pas directement la Catalogne, mais une chose est certaine aucun pattern structurant pro-russe ne ressort de l’analyse des 47 541 tweets produits par ces 11 875 utilisateurs.

Toutefois contrairement à une approche répandue dans l’analyse des opérations d’influence sur Twitter, il nous paraît malgré tout hasardeux de considérer qu’un 8 users digits équivaut forcément à un compte d’influence, notamment russe. Si ce pattern permet bien souvent de mettre au jour des utilisateurs au compte plus que suspect, ce n’est pas pour autant une loi d’airain.

Dans l’optique d’approfondir cette question, nous avons réalisé une analyse portant sur les 80 users digits les plus actifs pendant notre période d’analyse, et nous avons récupéré leurs 3 200 derniers tweets[22]. A travers cet échantillon de 80 personnes, nous cherchons à déterminer si les sujets relayés et/ou impulsés par ces utilisateurs diffèrent de la discussion globale autour de la Catalogne.

Sur les 253 237 tweets que nous avons pu récupérer pour ces 80 utilisateurs, 138 901 mentions sont constituées par des retweets, soit quasiment la moitié de notre corpus.

Comme l’indique la cartographie ci-dessous les hubs sémantiques ne font pas apparaître de sujets spécifiques à cet échantillon d’utilisateurs, pouvant témoigner d’une emphase mise par ces 8 users digits sur un discours original et spécifique destiné à déstabiliser l’Espagne.

Les deux forces en présence, car comme nous l’avons déjà observé les mentions de ces utilisateurs aux screen names aléatoires sont loin d’être monolithiques, actualisent les grilles de lecture antagonistes de chacun des deux camps sur le cas catalan.

Dès lors que conclure sur les 8 users digits ?

Ces utilisateurs ne constituent pas une communauté homogène dont les logiques de fonctionnement et les discours portés seraient similaires. Au contraire, ce groupe se caractérise par une véritable dimension hétéroclite. Des bots se confondent à des comptes de militants ou de simples utilisateurs qui ont choisi délibérément et sans mauvaise intention d’avoir une identité random sur Twitter.

Quant aux comptes suspects, à l’image de celui en capture d’écran ci-dessous, ils se caractérisent moins par une créativité éditoriale spécifique que par une activité de retweets systématiques d’utilisateurs partageant une vision du monde en phase avec la cause défendue.

Créé en décembre 2015, cet utilisateur a ainsi réalisé plus de 40 000 tweets, essentiellement des retweets, pour un nombre d’abonnés anecdotique.

Les tweets d’Assange par exemple sont partagés de manière récurrente par cet utilisateur, de même que ce dernier est particulièrement enclin à relayer du contenu dépeignant l’Espagne de Rajoy comme une résurgence du franquisme.

Ce compte relaye, médiatise et, potentiellement, contribue à la dimension artificielle de certaines performances réalisées par des acteurs comme Assange, mais de là à pouvoir émettre une hypothèse sur l’officine ou l’organisation derrière ce dernier la tâche est impossible.

Elle est impossible pour 3 raisons :

1 Twitter ne renvoie aucune donnée de géolocalisation. Les calls API type get timeline que nous pouvons réaliser via des packages R comme Rtweet par exemple, ne renvoient aucune donnée du type longitude/latitude

2 Les informations de localisation renseignées par les utilisateurs, et pouvant être récupérées via l’API, sont de l’ordre du déclaratif, donc évidemment totalement inexploitables

3 Certains spécialistes de l’influence, notamment américains[23], travaillent sur les patterns horaires de certains comptes suspects. Or, un script bien codé permet aisément soit de : casser ces patterns en insérant de l’aléatoire dans les lignes de codes ou alors, dans une optique de false fag de les reproduire afin d’imputer une attaque à un pays par exemple

Pour ce faire, nous avons utilisé une méthodologie spécifique nous permettant de creuser plus en avant nos investigations concernant ces comptes. Nous nous sommes basés sur les travaux du chercheur Ben Nimmo pour essayer de détecter des patterns narratifs dans l’activité éditoriale des 8 users digits.

Pour réaliser cette tâche, il est notamment possible d’extraire via l’API de Twitter les 3 200 derniers tweets d’un compte. Comme il s’avère assez ardu de traiter les 3 200 derniers tweets de nos 11 875 users digits[24], nous avons pris le parti de réaliser un échantillonnage aléatoire. Nous avons ainsi codé un script permettant de sélectionner aléatoirement 217 utilisateurs au sein de notre corpus d’users digits et nous avons rapatrié leurs 3200 derniers tweets.

Cela donne un corpus de 500 393 tweets, et donc une base particulièrement signifiante pour analyser le passif de ces utilisateurs impliqués dans la discussion autour de la Catalogne.

Nous avons réalisé une approche par dictionnaire pour essayer de déterminer d’hypothétiques patterns. Notre dictionnaire reprend les grandes lignes de celui proposé par Ben Nimo dans son article Medium du 30 mars dernier, dans lequel il proposait différentes pistes pour détecter un « troll Russe »[25].

Ces topics renvoient essentiellement au conflit ukrainien et à la guerre en Syrie.

Nous relevons dans notre corpus 960 occurrences de ces différents items.

Ce chiffre est intéressant d’autant que sa ventilation par comptes plaide en faveur d’une diffusion relativement bonne. En effet, ces occurrences proviennent de 70 utilisateurs différents au sein de notre échantillon de 214 utilisateurs. En somme, l’analyse ne serait pas faussée par une petite frange d’utilisateurs particulièrement actifs qui aurait publié abondamment sur les sujets recherchés dans notre focus par topics.

Or dans les faits, en dépit de cette méthodologie, difficile d’avoir des certitudes et de pouvoir affirmer, à l’instar des ministres du gouvernement Rajoy, que nous relevons les traces d’une influence russe manifeste.

Par exemple, sur notre focus par topics l’un des comptes les plus actifs est @GlobalN67579782, un bot certes, mais de média toutefois. Ce dernier relaie en effet de manière quasi automatique les articles publiés par un pure player digital.

Le comportement et la ligne éditoriale de @BrianBr33893155, compte le plus actif au sein de notre panel sont quant à eux davantage problématiques, voire littéralement suspect.

Les prises de positions de cet utilisateur sont particulièrement anti-américaines et pro-russes comme l’indique la cartographie sémantique ci-dessus. De manière récurrente ce dernier publie notamment des tweets avec un laconique « do you remember » dans lequel il met l’accent sur des bavures et/ou des comportements équivoques de l’armée américaine, notamment en Syrie. Un positionnement qui rappelle notamment le “This is #EU” de @ducktap54400020.

Dans la publication ci-dessous, il relaie notamment une vidéo qui montrerait que les militants de l’État Islamique auraient réussi à fuir Raqua sans que l’armée américaine n’intervienne.

Particulièrement critique à l’égard des White Helmets[26], il a notamment relayé une publication en japonais dans laquelle Bana Alabed est présentée comme une « actrice » instrumentalisée par cette ONG. La jeune fille s’était faite connaître en 2016, à l’âge de 7 ans, pour avoir raconté sur Twitter l’horreur de la guerre et tout particulièrement le siège d’Alep. Cette jeune blogueuse devenue une icône en Occident, est appréhendée par les médias russes comme un outil de propagande au service de l’opposition et de l’Occident[27] [28].

Sa défense du régime syrien accusé d’utiliser des armes chimiques s’appuie notamment sur le mensonge, aujourd’hui avéré, des autorités américaines lors de l’invasion en Irak.

Si le positionnement éditorial d’un utilisateur peut permettre de faire ressortir un faisceau d’éléments pouvant donner à penser qu’un compte en apparence lambda et anecdotique agit en réalité pour des intérêts politiques, voire géopolitiques, un autre facteur est souvent pris en compte par les chercheurs afin de d’étayer l’analyse : les heures de publication d’un compte.

Dans le cas de « Brian », l’analyse par topics est éclairante et pourrait permettre de tirer des conclusions du type : « Brian is a russian bot ! ».

Pourtant, l’analyse des heures de publication de ses tweets ne permet de dégager aucun pattern signifiant.

« Brian » publie tout au long de la journée avec des pics d’activité en soirée.

L’API de Twitter renvoie des heures en GMT, donc afin de déterminer si « Brian » est un compte opéré par un « agent » russe nous avons ajouté 3 heures à l’heure GMT afin d’obtenir l’heure de Moscou.

Au vu du graphique ci-dessous il est pourtant bien difficile de considérer que :

· « Brian » publie sur des heures de bureau

· « Brian » publie de manière automatique à des heures précises

Quant à l’analyse fondée sur l’approche horaire nous souhaiterions mettre l’accent sur 3 éléments :

1 Pour n’importe quel codeur il est très facile de simuler un comportement humain en codant un script de publication basé sur de l’aléatoire par exemple. L’API de Twitter dispose en effet d’une fonction de publication de tweets et il est assez facile de reproduire un comportement humain du type : 1) Publication du tweet à 09h26 2) Pause de 13 minutes 3) Publication de deux tweets à 09h39 et à 09h40 4) Pause de X minutes, où la variable X peut être définie de manière aléatoire par le script à partir d’un range horaire préalablement défini.

2 De manière beaucoup moins sophistiquée il est facile d’utiliser, comme la plupart des community managers, des outils de publication du type Buffer qui permettent de planifier en amont les dates et heures de publication de contenus pour les réseaux sociaux.

3 Les chercheurs et autres experts sur le sujet de l’influence russe étant particulièrement attentifs à la détection de ces patterns horaires l’hypothèse d’une opération du type false flag n’est pas à exclure. Par exemple, la Chine, l’Iran ou la Corée du Nord pourraient très bien mener une attaque informationnelle contre un pays de l’Occident en utilisant l’heure de Moscou.

Les 8 users digits, davantage des caisses de résonance que des comptes d’influence tactique

Dès lors que conclure sur ces 8 users digits : leur force de frappe réside dans leur capacité à accroître artificiellement la performance d’un utilisateur pivot et stratégique, mais ils ne sont pas à même de faire émerger un topic et encore moins un récit alternatif spécifique.

L’accélération dans la phase de création de ces comptes à l’orée du référendum Catalan avec un pic lors de la tenue du vote le 1er octobre constitue bien évidemment un phénomène qui ne va pas sans soulever une série de questions, mais là encore l’attribution est compliquée à réaliser. Les indépendantistes ou les unionistes ont très bien pu se constituer une force de frappe annexe pour venir relayer de manière automatique leurs prises de position. Cette hypothèse est plausible, mais évidemment non exclusive.

A noter que si nous nous sommes particulièrement concentré sur le sujet des 8 users digits, un autre profil d’utilisateurs, que nous traiterons de manière succincte, revêt également un intérêt : les comptes sans photos de profil ou feu les comptes avec des œufs.

Dans notre corpus, nous relevons 34 231 comptes avec une photo de profil attribuée automatiquement par Twitter[29].

Comme pour les 8 users digits, les dates de création de ces comptes sont en étroite corrélation avec les phases sensibles de la crise catalane. Dans notre corpus, nous relevons ainsi 556 comptes créés le 1er octobre. Comme pour les users digits s’il est tentant pour certains d’extrapoler à partir d’une corrélation du type A → B, il convient au comprendre de déconstruire les grilles de lecture hâtive qui si elles sont intéressantes, s’avèrent bien souvent trompeuses.

Les bots russes, géants ou moulins à vent ?

« Prenez donc garde, répliqua Sancho ; ce que nous voyons là-bas ne sont pas des géants, mais des moulins à vent, et ce qui paraît leurs bras ce sont leurs ailes, qui, tournées par le vent, font tourner à leur tour la meule du moulin. — On voit bien, répondit Don Quichotte, que tu n’es pas expert en fait d’aventures : ce sont des géants, te dis-je ; si tu as peur, ôte-toi de là, et va te mettre en oraison pendant que je leur livrerai une inégale et terrible bataille. »[30]

Notre phase d’analyse sur ce sujet a été menée sur une période courant de début janvier à fin mars 2018. A l’issue de ces trois mois, oscillant constamment entre une logique de data mining et d’analyse qualitative, une chose est sûre : nous ne pouvons affirmer de manière étayée que la Russie a (ou n’a pas) influencé ce référendum.

Quelques jours auparavant un article paru également dans le quotidien de référence espagnol montrait également que les réseaux d’influence ayant déstabilisé antérieurement l’Union Européenne et les États-Unis opéraient désormais en Catalogne[32].

Ces articles de média de référence et les discours du gouvernement espagnol ont donc un biais récurrent qui nous semble éminemment problématique, à savoir une approche réductionniste qui tend à assimiler de facto les contenus émis par des acteurs comme Assange ou des médias comme RT ou Sputnik à des stratégies de guerre informationnelle.

· L’Australien a-t-il été actif durant la crise ? La réponse est univoque et sans ambiguïté, comme nous l’avons montré précédemment.

· A-t-il répandu des fake news ou forgé des récits totalement décorrélés de toute forme de réalité tangible ? L’exploration exhaustive de ses tweets ne fait pas ressortir une volonté délibérée de tromper ou de mystifier son audience par des informations tronquées. Par contre ses prises de position s’inscrivent clairement dans une logique de storytelling noir, dont le paroxysme est atteint lorsque le gouvernement de Rajoy est assimilé au franquisme. Si cette attaque est particulièrement violente, et s’inscrit dans un schéma déjà vu en Ukraine, elle n’est pas une invention d’Assange. Tout au long de la campagne référendaire et des semaines suivant le 1er octobre, les « procès » en franquisme ont été nombreux sur Twitter. Tant Rajoy que les leaders de Ciudadanos ont été accusés de reprendre le flambeau franquiste. Quoi qu’il en soit, cela ressort d’un combat politique et idéologique, et témoigne d’une situation ayant atteint un niveau de conflictualité manifeste ; mais en aucun cas cela ne peut être assimilé uniquement à une stratégie dite de fake news typique d’une ère de post-truth.

· Les tweets d’Assange ont-ils bénéficié d’un système de botnets permettant d’augmenter artificiellement son engagement et ainsi accroître la visibilité de ses prises de position ? Likes et retweets compris, les tweets du fondateur de Wikileaks relatifs à la Catalogne ont donné lieu à 3 640 754 engagements. Ce chiffre est très important, d’autant que la viralité autour de ces publications était très rapide. Notre approche se focalisant sur les tweets uniques et les limites de l’API Twitter, qui ne permet pas de récupérer a posteriori des quantités importantes de retweets, ne nous a malheureusement pas permis de creuser par nous-même cette question de bulle artificielle créée via des botnets autour de ces publications.

Ces trois mois de plongée dans la discussion autour de la Catalogne, bien qu’ils ne nous permettent pas d’affirmer avec conviction et certitude que le Kremlin a utilisé le cascCatalan pour affaiblir l’Espagne et par ricochet l’Union Européenne, nous auront permis d’analyser en détail la conflictualité des narratifs à l’oeuvre sur ces phénomènes de crise politique. Ils nous auront également permis de mesurer toute l’ambivalence et, potentiellement, la dangerosité du concept de fake news utilisé aujourd’hui tous azimuts. Certes nous ne disposons pas des moyens d’investigation d’un gouvernement, mais pour autant nous sommes étonné de la célérité avec laquelle Madrid, et des quotidiens comme El Pais, ont utilisé la carte Russe.

Les preuves manquent cruellement et les discours du type Assange = Russie, ou encore Sputnik = officine de propagande, ne vont pas sans soulever, comme nous avons essayé de le faire ici, un nombre conséquent de questions.

Lorsque les fake news deviennent la seule causalité explicative de basculements politiques non intégrés par le logiciel idéologique et politique de certains acteurs et/ou de certains gouvernements nous sommes en droit de nous inquiéter sur la persistance de grilles de lectures plurielles, équivoques, polyphoniques, complexes et contradictoires permettant d’essayer d’interpréter rationnellement nos sociétés.

Le monde politique devient si simple lorsque le Brexit s’explique par l’activisme de bots, ou que la défaite inattendue de Clinton ne peut être que la résultante de fake news russes et d’un acharnement de l’ex-icône libertaire Julian Assange.

Le monde politique devient dangereux lorsque la lutte contre les prétendues fake news russes aboutit à une restriction de la liberté d’expression sur internet, à une judiciarisation accrue des rapports informationnels et à une résurgence d’une forme de censure au service de la démocratie.

Si les fake news sont un phénomène loin d’être anodin, et si un pays comme la Russie est enclin, à l’instar d’autres puissances mondiales, à militariser l’information, il nous semble toutefois nécessaire d’être particulièrement vigilant à l’utilisation excessive de ce concept.

L’image de citadelle assiégée renvoyée par Madrid au moment de la crise catalane soulève donc de nombreuses questions, et interroge sur la propension que peuvent avoir certains acteurs politiques à tendre vers des logiques d’exception au nom d’une lutte contre une menace informationnelle et/ou pour défendre un système démocratique en proie à de prétendues attaques exogènes.

[1] Un bot sur un réseau social, notamment sur Twitter, correspond à un compte dont l’activité sociale est régie par un script. Ce script peut être basique est servir à relayer de manière automatique des contenus émanant de sources spécifiques. Par exemple, les médias russes et des acteurs comme Julian Assange ou Edward Snowden sont accusés de manière récurrente d’avoir recours à des bots pour gonfler artificiellement l’engagement sur leurs publications organiques. Des bots hybrides complexes peuvent également être codés. Par exemple, un compte peut publier de manière automatique des tweets écrits par un humain et venir interpeller des utilisateurs spécifiques. Cette approche est intéressante au sens où elle donne l’impression que le compte en question est piloté par un humain. L’autre intérêt de cette tactique réside dans sa capacité à mener des opérations d’influence et de déstabilisation ciblées. Pour accroître la plausibilité de ce type de compte ces derniers sont parfois gérés de manière hybride, avec un individu prenant par période le contrôle du compte.

[2] Le 1er mars 2018, le quotidien de référence espagnol El Pais publie un article intitulé « How Russian networks worked to boost the far right in Italy ». L’article est fondé notamment sur une analyse cartographique de la structuration de la conversation sur Twitter. Sputnik Italie et Russia Today sont mis au jour via ce mapping communautaire comme des hubs particulièrement influent ayant contribuer à cristalliser et à politiser la question migratoire dans le cadre des élections générales italiennes de mars 2018. Si cette étude est à bien des égards intéressante elle n’est pas exempte de limites. Pour autant, une activité accrue de Sputnik et RT doit-elle forcément être appréhendée comme une campagne de désinformation construite et implémentée par le Kremlin ? Ce réductionnisme analytique peut s’avérer éminemment problématique pour quiconque tend à essayer de départir le vrai du faux dans les batailles informationnelles qui se déroulent dans le monde digital.

[3] François -Bernard Huyghe, chercheur à l’IRIS et spécialiste français de l’influence, a publié en début d’année un livre approfondissant et problématisant la thématique des fake news. L’approche de cet ouvrage est particulièrement intéressante car elle rompt littéralement avec ce que nous pourrions qualifier des codes du genre « fake news » pour au contraire déconstruire le narratif associé à ce phénomène, finalement loin d’être aussi récent que d’aucuns le considèrent. En plus d’insister sur la dimension finalement très anglo-saxonne de ce concept, auquel est corrélé celui de post-truth, François-Bernard Huyghe ouvre des pistes particulièrement intéressantes. L’auteur met notamment en avant l’idée qu’autour du conflit autour de notre régime de vérité se jouerait une forme de conflit entre deux camps distincts, occupant des positions diamétralement opposées, et s’opposant sur le narratif associé au réel. Ce conflit entre « les élites » et « la masse », que d’aucuns qualifient de populistes, est particulièrement intéressant, et avec lui s’opère de manière sous-jacente un bouleversement paradigmatique associé à la vision associée aux réseaux sociaux. Comme le montre François-Bernard Huyghe dans son ouvrage, alors qu’Internet, notamment au temps des printemps arabes en 2011, était perçu comme un vecteur à même de contribuer à faire sortir les peuples de l’obscurantisme, ses potentialités libératrices ne seraient plus appréhendées avec autant d’acuité par une frange de l’élite. Avec le Brexit et l’élection de Trump notamment s’est cristallisée l’idée qu’une partie de la masse serait mal informée, manipulée, désinformée ou encore sous influence, et que les réseaux sociaux loin d’être au service du débat rationnel et de la démocratie recèleraient au contraire un danger pour les systèmes politiques occidentaux.

[4] http://abonnes.lemonde.fr/actualite-medias/article/2018/03/07/fake-news-les-pistes-du-texte-de-loi-en-preparation_5266947_3236.html#4RLiWqYj7gB7PssX.99

[5] Mémoire de recherche : “Remise en cause des discours officiels, ou l’influence des contre discours sur les médias sociaux — Analyse de la structuration et de la circulation des discours alternatifs lors des attentats de 2015 et de 2016”, sous la direction de Justin Poncet.

[6] Girardet, Raoul. Mythes et mythologies politiques. Seuil. Paris. p. 13

[7] Chantal Mouffe

[8] Arendt, Hannah. Du mensonge à la violence. Agora. Paris. p. 10

[9] Par l’expression bots inoffensifs nous faisons référence à des comptes dont le comportement digital est de part en part régit par un script automatisé, mais dont les intentions ne sont pas politiques. Sur Twitter existe ainsi des comptes qui publie chaque jour de manière complètement automatisée des citations ou des extraits d’œuvres littéraires.

[10] https://www.ibtimes.co.uk/spain-accuses-julian-assange-russia-cyber-meddling-campaign-catalonia-1647143

[11] Les tweets organiques et les retweets sont pris en compte dans ce calcul

[12] https://juliasilge.com/blog/tidy-word-vectors/

[13] Dans un tweet publié le 10 octobre, Assange rappelle que le Partido Popular (PP) est impliqué dans une série de scandales de corruption.

[14] Mi-septembre la Guardia Civil a notamment réalisée des descentes pour faire fermer des pages pro-référendum, comme la plateforme refrendum.cat https://www.eldiario.es/catalunya/politica/juez-ordena-cerrar-referendum-Generalitat_0_686282334.html

[15] Parler de récit alternatif ne revient pas forcément à caractériser un narratif comme relevant des fake news. Dans une logique conflictuelle, la capacité pour un acteur périphérique à diffuser un discours alternatif s’inscrit pleinement dans un rapport de force politique. Ce récit alternatif peut notamment se caractériser par la volonté de l’acteur concerné à mettre la focale sur un élément qu’il concerne comme peu abordé par ce qu’ils considèrent comme les médias mainstream.

[16] http://www.publico.es/actualidad/entrevista-renata-avila-teoria-hackers-rusos-pais-busca-demonizar-activismo-digital.html

[17] P. 84

[18] Ibid p.86

[19] Ce chiffre correspond à l’agrégation de l’ensemble des tweets émis par ces comptes entre leur date de création et le 1er janvier 2018. Ces tweets ne sont aucunement tous relatifs à la Catalogne.

[20] Une analyse des 3 200 derniers tweets émis par @ducktap54400020 fait apparaître que 95,7% de ces publications sont constituées par des retweets

[21] A noter que notre approche est purement sémantique et se concentre donc sur le contenu éditorial émis par les différents 8 users digits. Comme nous avons pu le constater de manière qualitative, une frange active de ces comptes est particulièrement encline à relayer des infographies particulièrement critiques à l’égard de Ciudadanos, du PP ou encore de Rajoy, sont pour autant que le contenu textuel accompagnant ces images ne permettent d’établir forcément une attribution directe.

[22] Nous avons initialisé cette récupération le 1er avril 2018

[23] Nous pensons notamment au compte Twitter « Conspirador Norteño » qui s’est spécialisé dans le décryptage de prétendues opérations d’influence pilotées par Moscou. https://twitter.com/conspirator0

[24] Cela reviendrait par exemple à analyser un corpus de 38 millions de tweets si l’on part de l’hypothèse que ces comptes ont tweeté plus de 3200 fois. Le serveur utilisé pour cette étude dispose de 24 Go de RAM, ce qui est appréciable pour faire de l’analyse de données sur des corpus particulièrement importants, mais qui ne permet toutefois pas d’appliquer des scripts R sur des corpus de plusieurs dizaines de millions de tweets.

[25] https://medium.com/dfrlab/trolltracker-how-to-spot-russian-trolls-2f6d3d287eaa

[26] La Défense civile syrienne est une organisation humanitaire créée pendant la guerre civile syrienne, et dont les membres, appelés White Helmets, viennent en aide à la population civile. Il est assez difficile de résumer en quelques lignes cette organisation tant son positionnement est l’objet d’appréhensions diverses. Le pouvoir syrien et la Russie voient notamment dans cet ONG une entité dédiée à déstabiliser Damas. Cette dernière fait également l’objet de critiques du fait de son financement, notamment eu égard à l’aide apportée par l’USAID à hauteur de 23 millions de dollars. Les opérations d’influence et/ou de contre-influence à l’égard de cette ONG vise notamment à lui attribuer des liens avec le Front Al Nosra.

[27] https://fr.sputniknews.com/international/201612181029232194-bana-bloggeuse-propagande/ ou encore https://www.rt.com/op-ed/397339-bana-abed-syria-aleppo-twitter/

[28] Le cas de Bana Alabed, bien que hors scope par rapport à notre sujet est pour le moins fascinant. Tout d’abord sur le plan purement médiatique elle constitue un exemple édifiant du rôle joué par Twitter en termes de cadrage médiatique, de mise à l’agenda de thématique et surtout d’influence. Durant le siège d’Alep, Bana utilisait notamment dans ses tweets des hashtags comme #MassacreInAleppo ou encore #StopAleppoMassacre. Cette dernière faisait également des relations publiques avec son compte puisque ont été interpellés des dirigeants comme Vladimir Poutine ou Barack Obama. Si pour les jeunes générations le digital est devenu une seconde nature, il convient toutefois d’être très prudent quant au positionnement et à l’authenticité de ce compte. Le quotidien Le Monde avait notamment publié un article en 2016 pour pointer les différentes interrogations légitimement soulevées par ce compte. http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2016/12/07/a-alep-la-fillette-qui-raconte-la-guerre-sur-twitter-toujours-prise-au-piege-avec-sa-famille_5044954_4832693.html

[29] Ces comptes peuvent être identifiées via une requête API. Un lookup_user sur un Twitter ID renvoie notamment une colonne profile_image_url. Lorsque une photo random est utilisée, nous relevons l’url suivante : http://abs.twimg.com/sticky/default_profile_images/default_profile_normal.png

[30] L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, Chapitre VIII

[31] https://elpais.com/elpais/2017/10/01/inenglish/1506863180_074507.html

[32] https://elpais.com/elpais/2017/09/26/inenglish/1506413477_994601.html

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Blog dédié à l’analyse et à la déconstruction des opérations d’influence dans le cyberespace

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Damien Liccia

Associé et CTO IDS Partners | Vice-président OSI | Rstats & 🐍