Les prédictions média de Datagif pour 2021

Après une année 2020 ro-cam-bo-lesque, l’équipe de Datagif vous livre ses prédictions sur le futur proche des médias. C’est toujours aussi subjectif et, avouons-le, pas très loin d’une wish-list.

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Dec 18, 2020 · 9 min read
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Alors, que doit-on attendre l’année prochaine, au-delà d’un retour à la normale très souhaitable ?

La post-Zoom-fatigue

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Avec le confinement, jamais nous n’avions collectivement passé autant de temps devant des écrans. Notre attention se réduit à vue d’oeil. En parallèle, l’actualité anxiogène de 2020 a pu développer un sentiment de trop-plein, la “news fatigue”, que nous signalions déjà l’an dernier.

Certains pointeront que les audiences n’ont jamais été aussi fortes (“merci aux équipes!”). Certes, mais le contexte exceptionnel imposait de s’informer, pour sa santé et celle des autres. Et à quel prix ? Qui n’a pas ressenti la fatigue cognitive face à une actu plombante et des informations changeant du jour au lendemain ? Veut-on vraiment d’une information qui inspire l’épuisement et nous accroche par la peur ?

En 2021, certains médias réfléchiront à injecter plus de “slow” et de bienveillance dans leurs produits. Moins d’interruption visuelle ou publicitaire (comme le format “Weekender” du NYT), moins de notifications push. Mais aussi des fonctionnalités comme le “mute” de Mediacités, quand une actualité a tendance à écraser toutes les autres. Plus de bienveillance passe aussi par des petites astuces : insérer des illustrations pour respirer un peu, ou tout simplement dire bonjour au lecteur quand on arrive sur la homepage (chez Quartz).

Plus de nouveaux formats réutilisables

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Nous sommes les premiers à relayer régulièrement les formats innovants des médias anglo-saxons. Certains sont très complexes mais d’autres sont assez simples et surtout pensés pour être réutilisables. Il suffit de regarder les dernières élections américaines : bon nombre de dataviz, trackers ou mises en pages créatives peuvent être adaptés pour d’autres élections… ou pour de toutes autres actualités.

Que ce soit en terme de conception ou de développement, il est toujours préférable de prioriser les idées flexibles et durables, plutôt que les projets “one-shot”. Un même format peut par ailleurs être rafraîchi avec une sur-couche graphique nouvelle. Si l’année 2020 nous a donné une leçon, c’est bien d’être réactif et de savoir s’adapter à tout moment !

L’audio continue de se développer, mais tiendra t-il toutes ses promesses ?

Le boom des podcasts ne s’est pas démenti en 2020 : l’offre éditoriale continue de se développer exponentiellement, tandis que les usages ont bien résisté au chamboulement du Covid. De son côté, le marché publicitaire continue de se structurer. L’écoute audio semble confirmer son statut de valeur refuge, comme une antidote à notre addiction aux écrans et au zapping permanent. Les médias traditionnels vont de leur côté continuer d’investir sur ce créneau, avec des podcasts mais aussi des systèmes d’articles audio qui se multiplient.

À moins que la bulle ne dégonfle ? On pourrait pointer des signes de fragilité : l’offre excessive, la qualité variable, l’éparpillement des programmes causé par Spotify et les autres plateformes, l’image caricaturale qui entoure les adeptes du médium. Quant à la révolution des assistants vocaux et des articles audio automatisés, elle se fait encore attendre : les usages sont pour l’instant déceptifs. Mode ou pas mode : 2021 sera une année charnière.

À la conquête de l’accessibilité

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Comme le reste du web, beaucoup de médias accusent toujours un retard sur l’accessibilité numérique. S’assurer que tous les publics puissent correctement accéder aux contenus offre pourtant des avantages : augmentation de trafic, meilleur référencement et argument de communication à l’heure où chaque entreprise souhaite valoriser son apport à la société.

A moins que, comme les problématiques de données personnelles ou de publicité intempestive auparavant, ce soit la peur des retombées négatives voire d’amendes qui pousseront les sites à respecter de plus en plus les lecteurs en situation de handicap…

Les journalistes reprennent la main

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Bonne nouvelle pour 2021 : les journalistes commencent à reprendre (un peu) le pouvoir. Grâce à l’intermédiaire de nouvelles plateformes comme Substack, de nombreux journalistes se lancent en solo en publiant des newsletters. Un modèle de plus en plus accessible, qui se développe également en France, souvent sur des niches (on peut déjà citer Café Tech ou Vert). La monétisation reste un challenge, mais certains profitent de leur notoriété pour développer une audience payante ou des crowdfundings. Des journalistes plus connus pourraient s’émanciper de leurs médias (à quand la chaîne YouTube payante de Rémi Buisine ?), en s’inspirant des recettes des “influenceurs”.

Ce n’est pas pour autant la panacée : peu de créateurs pourront survivre et trouver une audience pérenne de façon indépendante. Cette tendance pourrait toutefois rééquilibrer le rapport de force avec les médias, critiqués pour leurs conditions salariales, leurs défaillances managériales ou leur manque de diversité.

Comme aux Etats-Unis, un exode de quelques talents visibles pourrait ainsi pousser les médias écrits à cajoler davantage leurs journalistes (un peu comme à la télé ou à la radio). Ou à incarner davantage leurs produits, pour le meilleur comme pour le pire. On notera justement le lancement récent de la web-TV de Jean-Pierre Pernaut (TF1), ou encore des magazines aux couleurs de Sophie Davant, Michel Cymès, ou Inès de La Fressange (Groupe CMI). Le risque est évident : que cela ne profite qu’aux stars et aux éditorialistes.

La 3D au placard pour les habillages TV

Depuis plusieurs années, la 3D est devenue anecdotique dans les habillages de chaînes anglophones et nordiques. Pour autant, elle montre une résistance assez inédite dans le PAF, surtout auprès des chaînes commerciales. Encore un exemple du légendaire retard francophone en matière d’innovation et de créativité ?

Heureusement, M6 a surpris tout le monde en déployant un habillage tout en aplat, sans une goute de 3D, tranchant ainsi radicalement avec ses habitudes et celles de sa principale concurrente, TF1. L’abandon de la 3D a plusieurs avantages : simplicité, rapidité de rendu, facilité de déclinaison sur les supports print et Web. Les chaînes traditionnelles étant de plus en plus des “médias globaux”, le rapprochement avec les codes des plateformes numériques semble inévitable.

Quant à l’habillage 3D de TF1, il est à l’antenne depuis 2013 (longévité inédite, la durée de vie d’un habillage TV étant d’environ de 5 ans). Il y a donc fort à parier qu’il soit renouvelé en 2021, en suivant la tendance de l’aplat.

Des offres éditoriales revues… à la baisse ?

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Les revenus des médias sont en tension : les plus gros sites d’info tirent leur épingle du jeu avec le boom des abonnements numériques, mais la majorité du secteur souffre du déclin de la publicité. Face à ce contexte incertain et à une concurrence parfois intenable, de nombreux médias seront contraints de recentrer leurs stratégies et de clarifier leur promesse éditoriale.

Chez Libé, L’Express ou L’Obs, chacun cherche à clarifier son positionnement. Avec une tendance globale : moins de vidéo automatiques, moins de bâtonnage de dépêches AFP et plus de valeur ajoutée. Au Monde ou au Figaro, les sites d’info diminuent d’ailleurs leur production nette d’articles, avec un impact positif sur leurs objectifs. Un effort de “focus” plutôt salutaire, en espérant qu’il ne se traduise pas par moins de journalistes…

Des nouveaux usages pour lire les newsletters

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Les newsletters ont continué leur boom cette année, du New York Times à Society ou Le Parisien, en passant par le petit nouveau Bulletin. Un format qui regorge de possibilités, mais qui se confronte souvent au chaos qui règne dans les boîtes mail, personnelles ou professionnelles. L’inbox reste un environnement de lecture contraint et pénible pour de nombreux internautes.

Ca tombe bien car de nouveaux services et plateformes devraient émerger cette année pour sortir l’email de son carcan. Une appli comme Stoop permet déjà de rassembler toutes ses newsletters au même endroit. La plateforme Substack, qui fait fureur auprès des journalistes, prépare un service similaire qui permettra aussi de faciliter la découverte de nouveaux auteurs. A moins que Gmail ne se résolve enfin à faciliter le regroupement des newsletters intéressantes…

Des live partout… mais un peu plus slow

Le format “live” n’est pas nouveau, il semble pourtant avoir changé de statut chez de nombreux sites d’info cette année. Profitant de l’anxiété générale, ce format habituellement utilisé pour couvrir des événements chauds est devenu un rendez-vous quotidien et interactif, chez Le Monde, Franceinfo ou La Montagne. Un lieu d’échange où se partagent conseils, témoignages mais aussi une touche de dérision. Une nouvelle manière de créer du lien avec ses lecteurs.

Au NYT, les live ne sont pas interactif mais ils sont beaucoup plus “slow” depuis cette année. Le journal américain a abandonné le traitement chronologique, et privilégie la mise en contexte avec une synthèse mise à jour en continu. Un changement d’approche qui semble confirmé : le NYT va bientôt créer une nouvelle cellule “Live” pour renforcer cette couverture éditoriale en temps réel. Et n’oublions pas les réseaux sociaux où les prises de parole en live se sont multipliées pendant le confinement : live chat vidéo sur Twitter, Instagram, Twitch…

Des unes plus flexibles pour les grands événements

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À travers leurs unes, les journaux et hebdomadaires papier savent réagir créativement aux remous de l’actualité. Covid, mort d’un président, démission surprise… Pour chaque événement qui sort du lot, on voit fleurir des unes mono-thématiques, jouant souvent sur un grand visuel.

Sur le web, ce type de mise en page spéciale est encore trop peu utilisé. Les sites d’info restent assez peu “évenementialisés” et souffrent d’un certain manque de flexibilité. L’omniprésence des arches publicitaires en serait-elle la cause ?

Quelques bons exemples arrivent en France : L’Équipe propose depuis quelques temps des décrochages visuels pour les grands événements et, oui, ça fait son petit effet. D’autres journaux très axés sur la titraille pourraient en profiter. Dans un autre registre, Franceinfo ou Le Parisien se sont dotés d’une barre de raccourcis liés à l’épidémie de Covid-19.

De plus en plus de contenus natifs sur les réseaux sociaux

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Ça ne vous a sans doute pas échappé : le format “Story” est désormais partout, de Twitter à LinkedIn en passant par Spotify. Le format pourrait finir par lasser mais pour l’instant, il est tout simplement omniprésent. Chez les médias, cette tendance semble confirmer l’essor de la production de contenus natifs, adaptés aux plateformes.

Il ne s’agit plus simplement de promouvoir des articles pour drainer de l’audience vers son site, mais aussi d’élargir ses cibles avec des contenus intéressants et bien pensés. Le nivellement des formats pourrait d’ailleurs faciliter la vie des community managers. En 2021, Instagram devrait ainsi continuer de devenir une priorité pour de nombreux médias. Reste une difficulté qui perdure : la monétisation.

Une plateforme commune pour l’audiovisuel public

Création du média global Franceinfo, matinales communes entre France 3 et France Bleu, vidéos Culture Prime sur les réseaux sociaux… Depuis quelques années, l’audiovisuel public mutualise ses forces pour faire face à une concurrence toujours plus féroce.

En 2021, cette tendance devrait aller encore plus loin. Radio France a déjà saisi l’opportunité et rassemble depuis quelques semaines les contenus audio de RFI, Arte, France TV et l’INA dans son application mobile. Côté vidéo, France Télévisions a pour le moment préféré s’allier avec les chaînes privées pour créer la fameuse plateforme Salto. En cas d’échec, on pourrait déjà imaginer un repli sur l’écosystème public, à l’image de ce qu’on observe dans d’autres pays européens. Certes, il s’agirait d’une plateforme supplémentaire, mais à l’heure de la défiance envers les médias, c’est peut-être le moment d’affirmer et de clarifier la différence du service public.

Par toute l’équipe de Datagif : Eric Azara, Victor Bossens, Gaëtan Duchateau, Julie Ferrieux, Florent Guerlain, Maxime Loisel, Charly Meignan, Pierre-Alain Mondello, Leonie Schmidtmer, Christina Stephan, Anouk Zibaut.

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Bonnes fêtes ! ✨

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