Capitalisme de surveillance (part 1)

Alain Marie
Feb 14 · 4 min read
Photo by Chris Yang on Unsplash

Commençons par un exemple pour essayer de comprendre cette surveillance insidieuse. En utilisant l’application développée par Exodus privacy pour téléphone androïd. Nous ne parlerons pas ici d’appli Ios mais les principes sont identiques.

Nous commencerons donc par le téléchargement d’un podcast d’une radio, nous vous présentons ici quelques radios francophone et les résultats des tracking auxquels vous consentez quand vous utilisez téléchargez l’application.

Il est assez intéressant de noter que les radios dites de « service public » ont le même comportement que les radios privées. Bien sûr, les trackeurs sont nécessaires pour le bon fonctionnement de l’application. Mais, par exemple France Inter a 29 trackeurs, la RTBF et la RTS 8…

Faut-il comprendre que les développeurs belges ou suisses sont meilleurs ?

France Inter a été contacté à plusieurs reprises mais toujours aucune nouvelle.

Il va de soi que chaque application connaît votre identifiant et votre numéro de téléphone, tous les comptes ouverts pour ce téléphone, votre position (précise) GPS, et parfois vos coordonnées bancaires. L’application peut aussi lire et modifier le contenu de la carte SD, ou enregistrer un fichier audio à tout moment ou prendre des photos. Elle connaît l’information sur laquelle vous cliquer, donc vos centres d’intérêts…

Big brother au bout des doigts !

Ainsi toute ou partie des infos recueillies est remontées au propriétaire de l’application via les traceurs installés. Chaque application téléchargée sur votre téléphone mobile potentialise l’information sur l’utilisateur. Cette information sur le propriétaire du téléphone devient un lead qui peut être revendu à Google, Amazon, Facebook, Apple. Leurs puissants algorithmes permettent alors de raffiner les datas obtenues. Et ils peuvent alors vendre à leur client qui souhaite vendre leurs articles, leurs idées…

Un lead de qualité avait, en 2012, une valeur de 1,50€, France Inter a plus de 6,3 millions d’auditeurs, soit un actif de 9, 4 millions d’euros mis à jour en temps réel!

Quand le président Trump souhaite gagner une élection présidentielle, il achète le profilage des électeurs influencables. Pour les campagnes d’élections, depuis 2017 en France, les candidats ont recours à des applications dédiée.

Mais les GAFA ont aussi leurs propres trackeurs et accès à presque toutes vos applications. Par exemple, Google a 100 autorisations dont l’accès à vos contacts et aux réglages de votre téléphone, il peut appeler vos contacts, lire votre agenda, vos SMS et bien sûr envoyer des messages à votre insu. Le gratuit… c’est pas cher !!! Mais c’est vous le produit ! Et vous avez donné votre accord…

Bien sûr, plus le lead est exhaustif, plus il sera coûteux. Facebook qui connaît toute votre vie, même la plus intime (Si on peut parler d’intimité sur Facebook) sera donc le lead le plus cher. C’est donc votre personnalité numérique qui est mise en vente. Vous n’avez rien à cacher ? Attendez le jour où on usurpera votre identité… ou on votera pour vous… ou votre médecin virtuel fera le mauvais diagnostic… ou votre cher pognon disparaîtra… Vous êtes révolté par l’agression sexuelle de votre enfant? Essayez le viol de sa personnalité sur Facebook…

Photo by William Iven on Unsplash

A l’heure où l’on dénonce l’espionnage des services d’État.

A la une du Temps hier, l’histoire des accords Rubicon, déjà dénoncé par Snowden. La Suisse est complice ! Avait-elle seulement le choix ? Les moyens de faire autrement ? Le storytelling de la neutralité ne rassure que les bisounours. La surveillance d’État ! Ici dénoncée comme l’horreur absolue… Interrogeons-nous plutôt sur l’inculture numérique crasse de nos gouvernants dont la veulerie commence à être vraiment symptomatique.

Mais prenons un peu de perspective et regardons les données que nous acceptons de donner gratuitement à des entreprises privées. Si nous refusons d’être surveillé par un gouvernement, celui que nous avons choisi avec de moins en moins de libre arbitre depuis Cambridge Analytica. Il faut alors refuser le capitalisme de surveillance, celui des GAFA, l’injonction paradoxale ultime ! Vous refusez de donner votre identité à la police et vous acceptez de la donner à Facebook… Vous signez des deux mains pour voter par voie électronique, via une application dont le code source n’est pas open-source… Vous confiez votre carte d’identité numérique à une société privée…

Une pure aliénation technologique, une servitude volontaire numérique.

Ne pas se tromper de combat, ne pas devenir un idiot utile.

A l’heure de la lutte pour la souveraineté de la 5G, qui est surtout là pour l’internet des objets connectés, qui va donc démultiplier de façon exponentielle les datas actuelles. Il faut faire un choix, un choix de société, un choix individuel, si c’est encore possible…

Alain Marie

Written by

Out of the box thinker… Readerholic…Blogger commando

DataGueule

Fan's club suisse de la gouvernance partagée durable et responsable, de la recherche de vérités, à travers le prisme des data-journalistes comme ceux de #DataGueule, mais non exclusivement ;-) Afin de mieux éclairer la construction de "Nice futures" (Suisse+France)

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade