Green capitalism

Alain Marie
Jan 18 · 9 min read

« Le T.C.Hu.D. à condition qu’il soit bio ! »

L’injonction actuelle de consommer bio est-elle une simple mode ? Tous les labels bio se valent-ils ? Est-ce une norme occidentale pour rassurer le consommateur qui ne prend plus le temps de lire les étiquettes des produits qu’il achète? Ou peut-être faut-il consommer bio pour appartenir à la plèbe ?

L’industrie du doute a tellement bien fait son travail d’influence qu’il est rassurant aujourd’hui de consommer un produit « vert » sans se poser la question de la construction de la norme. Mais que contient réellement une estampille « bio » ?

La culpabilité, très chrétienne, d’être complice d’une pollution, d’exploitation des animaux, ou de destruction irrémédiable d’un patrimoine commun n’est globalement plus acceptable. Mais le «green » est-il bio pour autant? Tout ce buzz ne serait-il pas qu’une antienne ? Répétée comme un mantra par la propagande commerciale, le marketing, l’exploitation du temps de cerveau humain disponible ? (T.C.Hu.D)

Bref… ce que l’on nous vend comme du bio n’est-il qu’une couleur ?

Photo by USGS on Unsplash

Mais revenons à la source de cette notion de green capitalism. Elle naît avec Anita Roddick (1942–2007), sujet britannique, créatrice de The Body Shop, sous le gouvernement de Margaret Thatcher (mai 1979) Le premier magasin a été ouvert en mars 1976 dans la ville natale de Dame Roddick, Brighton (East Sussex), puis un réseau de 2’500 boutiques à travers le monde.

Il est intéressant de noter que le greenwashing naît après la fermeture des mines de charbon anglaises. A grands coups de licenciement massifs et de destruction des vies de milliers de mineurs…

Vendre du « vert » pour remplacer le « noir ». Thatcher en 1979, Reagan en 1981, c’est le point de départ de la « révolution conservatrice et libérale » (Guy Sorman), la reprise des idées de M. Friedman et F. Hayek comme le résumait Ronald Reagan dans son discours d’investiture: « Dans la crise actuelle, le gouvernement n’est pas la solution à notre problème ; le gouvernement est le problème ! » C’est la fin du capitalisme à la papa !

Il ne faut surtout pas oublier que le charity business naît aussi à la même époque.

Trente ans plus tard, apparaît la notion de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Depuis, aucune entreprise ne peut plus s’exonérer des effets de son économie. Aujourd’hui, les fameuses externalités négatives sont prises en compte et valorisées. Ces mêmes externalités sont à l’origine de la vente de l’industrie des terres rares américaines à la Chine de l’époque. En effet, la propriété du capital est restée en grande partie américaine mais les coûts de la très forte pollution induite par ces indutries extractives est devenue chinoise. Sous le gouvernement Deng Xiaoping, la Chine, est en train de faire l’expérimentation du capitalisme via la régionalisation. Le meilleur exemple est la région de Shenzen avec Huawei.

Photo by Curioso Photography on Unsplash

Le capitalisme devient « clean » ! Il se rachète une vertu. Une apparente rédemption pour mieux s’enrichir. Il augmente encore son influence sur l’État de façon à ce que celui-ci mette en place des normes qui justifient l’augmentation de la valeur du bien. Le consommateur final, rassuré par la norme, accepte alors d’acheter un produit conquis par l’influence du storytelling. Le capitalisme qui détient les ressources met alors en place un culturalisme, une pensée unique dans les années 90, qui va nourrir le lien social et remplacer le raisonnement rationnel plus ardu de la science. C’est l’apothéose d’une idôlatrie moderne pour faire accepter une réalité. Rien ne sera plus jamais vrai.

A l’origine, le mysticisme d’Anita Roddick envers les droits humains, la planète, les sous traitants et les salariés… commença par une idée simple : repeindre son premier magasin en vert !

En fait, plus efficace pour cacher le moisi…

Ce vert deviendra le code couleur fabriqué et universellement adopté par la propagande d’intégration (J. Ellul) du marketing.

Introduit en bourse, The Body Shop devient une machine à cash et le symbole du développement durable. En 2017, ses profits sont estimés à 1,4 milliards de dollars.

Dans les années 80–90, Dame Roddick sera de tous les combats : la chasse à la baleine (dont la graisse est utilisée dans les cosmétiques — additif E909), les tests sur les animaux, le sida, l’hépatite C… Elle introduira les notions de « Trade ! Not Aid ! », de disparition de la couche d’ozone, de trace carbone…

Le combat de Dame Roddick deviendra une norme, au moins a minima, dans les années 90.

Puis la société a été vendue à l’ogre L’Oréal pour devenir un argument greenwashing, le monstre devient vert et s’exonère ainsi de ses péchés, une absolution capitalistique.

Le Tchud bio et son véhicule, la fondation, instrument fiscal ultime !

A la disparition de dame Roddick, The Roddick foundation a été créée. Que reste-t-il de son héritage, notamment dans la défense de l’environnement?

Le site theroddickfoundation.org présente de façon assez détaillée les différents programmes subventionnés par cet organisme depuis 1997.

En 20 ans d’existence, la part consacrée à l’environnement représente 3.8 millions de livres sterling, soit 11 % en moyenne des subventions versées par la fondation.

11 % seulement ? Mais cela suffit pour être estampillé green ! Le goût du vert avec un zeste de défiscalisation…

Mais qui bénéficie de cette manne ? Seulement une petite cinquantaine d’organisations non gouvernementales (ONG) si l’on supprime les redondances. Sur ces 50 ONG, il faut encore distinguer celles qui sont réellement dans l’environnement, de celles qui sont dans l’influence… Le bio ne reste que la portion congrue.

Nous revenons encore et toujours à la vraie raison sociale d’une ONG : établir un rapport de force ou semer le doute. Ce doute peut être parfois désintéressé mais c’est rarement le cas et cela ce juge à l’aulne de son bilan financier. L’ONG sert principalement quelques intérêts privés. Elle est donc indispensable au green capitalism.

Dans le livre de référence de Oreskes & Conway, sont décrits les différentes stratégies de défense des industries du tabac ou de l’énergie… Le doute !

Photo by Paolo Nicolello on Unsplash

Il faut vendre du doute quand le produit fabriqué comporte des externalités négatives. Celles-ci sont en effet fortement taxées.

Que le fumeur paie cher sa consommation de bien-être, c’est économiquement justifiable : nous sommes dans l’économie du luxe. Même en double standard… Les produits qui répondent réellement aux normes établies sont vendus aux pays riches mais les autres pays doivent se contenter d’un ersatz frelaté vendu avec une image identique.

Mais il y a un autre aspect important à prendre en compte. Que l’industrie soit taxée parce qu’elle vend un produit néfaste pour l’homme, cela devient inacceptable pour elle. A grand renfort de marketing, elle décide de vendre du bonheur à fumer ! L’industrie du cancer devient dès lors l’industrie du bien-être.

Quand The Body Shop vend ses savons et ses crèmes, il n’y a aucun problème. Mais s’il arrive à semer suffisamment le doute dans l’esprit des consommateurs pour leur faire croire que ses produits sont plus propres ou plus bio, là est l’astuce!

En effet, quel consommateur lit les étiquettes de composition des produits ? Et encore, quand celles-ci sont présentes! Il y a aussi l’argument ultime de la formule secrète qui permet de donner un caractère « magique » au produit.

Il est vrai que la science est radicale. Prenons l’exemple du savon. C’est un corps gras et une base (soude ou potasse) qu’il faut chauffer ensemble pour obtenir une réaction chimique naturelle appelée saponification. Le prix n’est pas dans l’industrie, il est dans le symbole. Comment rendre magique du savon ? Pourquoi ne pas y instiller une trace de vert ? Un parfum vert ? Et beaucoup de propagande !!! C’est là qu’intervient la fabrique du consentement, la propagande médiatique en démocratie pour continuer à induire le doute entre le vrai bon produit et le faux bon produit.

« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus croire, ne peut plus se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. » Hannah Arendt

Le green capitalism arrivé à son apogée se nourrit maintenant d’un écoterrorisme !

En 1992, le premier mouvement d’ampleur a eu lieu lors du Sommet de la Terre à Rio avec une mobilisation de plusieurs centaines d’ONG pour tenter d’influer sur les politiques. Depuis, les différents gouvernements n’ont pas pris la mesure du péril et les contestations sont de plus en plus violentes. L’État ne prenant pas sa place, la répression est croissante. Il y a alors perte de confiance des écologistes avec une augmentation de l’importance des réseaux sociaux et de leur pouvoir de propagande. L’absence de l’État est alors comblée par un capitalisme très influent, qui souhaite conserver la maîtrise de sa rente et de sa capacité à s’accaparer les ressources. Le capitalisme se nourrit donc de cette contestation.

La colère verte devient un moyen d’influer sur l’État, et sert donc le credo du green capitalism. A tel point que l’élevage devient une cible sans discernement. Or il y a une différence notable entre l’agriculteur indépendant et une ferme de plusieurs milliers de têtes de bétail. La stigmatisation de l’industrie de la viande laisse la part belle à l’influence du green capitalism qui va orienter facilement vers la consommation du bio, puis du végétarisme et enfin du veganisme et ainsi justifier la fabrication d’une viande synthétique à partir de la fibre de coton ou inversement, rien que du green !

Photo by Jez Timms on Unsplash

Les vegans mangeront de la viande, c’est le soleil vert, l’objectif ultime de Bill Gates car là, il peut breveter, et on en revient au green capitalism… Il reste encore à discuter du prix… Les pauvres n’auront jamais les moyens de ce luxe. Pour eux ce sera surimi au goût bœuf grillé ! Comme il y a eu la Vache qui rit, le vin Mariani (pour ne pas citer la célèbre marque américaine), ou la margarine… rien ne change, tout est transformé. Nous sommes dans le recyclage de déchets, que du bio, de l’industrie du temps de la guerre, mais toujours en double standard…Au mettre titre que Nestlé et les autres grands groupes agroalimentaires fortement capitalisés pillent l’eau potable pour vendre de l’eau en plastique. Le comble serait de vendre de l’eau « bio » en bouteille plastique mais recyclable! Ou encore les GAFA qui se sont enrichis en pillant les ressources du libre, de l’open-source. Toujours l’accaparement des ressources qui devient brevetable.

Or, dans une période de sombres colères, il y a un fort risque de leur conjonction, une radicalisation des crises sociales, environnementales et religieuses. Après avoir supprimé la capacité de se faire une opinion, les peuples sont maintenant en colère et se tournent vers l’action directe car ils n’ont plus rien à perdre. Croire que ces mouvements ne répondent à aucune tactique serait une grave erreur. Ces mouvements sont indépendants mais se retrouvent ponctuellement sur des revendications communes, ce qui brouille encore la lecture que l’on peut en faire. Il n’y a pas ou peu de hiérarchie (organisation starfish) idéalement conjuguée avec le développement d’internet, du hacking et d’outils puissants et libres (opensource). Le capitalisme arrivera-t-il à donner une valeur à la colère ? Combien de temps pour qu’il devienne du dark capitalism? Quelle sera la prochaine couleur qui couvrira la moisissure, par définition noble ?

L’Australie est actuellement en proie aux plus grands incendies de son histoire. Mais son gouvernement a cédé la ressource de l’eau à Goldman Sachs. Ici pas ou peu de mouvements écologistes pour dénoncer le vol de cet or bleu, rien ni personne contre ce monopole de l’eau.

Qui gagne actuellement la guerre de l’eau?

Avez-vous fait le lien entre le conflit israélo-palestinien et les ressources en eau ?

Faut-il attendre que tout soit brûlé?

Sans eau, il vous reste 3 jours… 3 jours que vous soyez puissant ou misérable.

theroddickfoundation.org

Les marchands de doute — Naomi Oreskes et Erik M. Conway — 978–2–7465–0567–4

La fabrication du consentement — Noam Chomsky et Edward Herman — 978–2–7489–0072–9

L’art de la fausse générosité, la fondation GATES — Lionel Astruc — 978–2–330–11877–8

Storytelling — Christian Salmon — 978–2–7071–5651–8

La parole humiliée — Jacques Ellul — 978–2–7103–7105–2

Ecoterrorisme — Eric Denécé et Jamil Abou Assi — 979–10–210–0729–1

DataGueule

Fan's club suisse de la gouvernance partagée durable et responsable, de la recherche de vérités, à travers le prisme des data-journalistes comme ceux de #DataGueule, mais non exclusivement ;-) Afin de mieux éclairer la construction de "Nice futures" (Suisse+France)

Alain Marie

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Out of the box thinker… Readerholic…Blogger commando

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