QUAND L’INDUSTRIE DU TABAC FINANCE LES SERVICES REGALIENS

Les dessous des activités du Lobby ‘Phillip moris’

source image: themoviedb.org

Qu’une industrie finance les études nécessaires pour comprendre les phénomènes de criminalités qui impactent son activité économique est concevable. Que cette même industrie utilise le prétexte pour financer l’équipement de services de police régalien devient problématique. Qu’elle nourrisse la rumeur pour modifier la politique de l’Union Européenne à son profit est un extrême préjudice.

Il est toujours intéressant de savoir qui finance quoi. Suivre l’argent, une règle dans l’économie criminelle, elle reste essentielle dans une guerre de l’information.

Toujours dans le cadre des bonnes pratiques, l’IRIS publie un certain nombre de rapport d’excellente tenue. Il y a notamment, une publication sur les jihadistes européens. Cette analyse européenne a été réalisée sous la direction du GLOBSEC, organisme basée à Bratislava et apparemment financé par l’Union Européenne. En préface de la publication, vous découvrez que celle-ci a été financée par Phillip Morris International (PMI) via un programme appelé IMPACT.

Il est assez surprenant de découvrir que l’industrie du Tabac finance des études sur les terroristes… Nous savons que tous ces mouvements se sont financés par l’impôt révolutionnaire et les trafics. Depuis le livre d’Alain Labrousse, « La drogue, l’argent et les armes » tout est clair. Quel serait alors la valeur ajoutée de cette étude de l’IRIS et GLOBSEC ?

Au-delà de l’utilité de cette analyse sur les djihadistes européens, qu’apprend-t-on de la stratégie de PMI ?

A travers le site internet du programme IMPACT, on découvre toutes les études financées par PMI. Agence d’Intelligence économique, agence de Relations Publiques, Universités, ONG spécialisées dans le crime économique, la mise en place de best practices pour lutter contre les trafics.

Ce qui semble cohérent, à la première lecture : une entreprise mondiale qui défend ses intérêts.

Mais il reste un doute persistant …

Quel est le lien entre l’industrie du tabac et les migrants ? Les terroristes ?

Il est intéressant de noter qu’une seule Université a refusé le financement de PMI, il s’agit de l’Université d’Utrecht. Les universités sont-elles encore indépendantes ? Ou participe-t-elle, parfois à la fabrique du consentement ?

La plupart des financements concernent donc la lutte contre le trafic des produits du tabac, notamment l’analyse des trafics liés aux « Illicit whites ». Il s’agit des produits légalement fabriqués dans un pays et revendu illégalement dans un autre pays où la fiscalité est plus défavorable. L’espace Schengen serait donc un problème pour l’industrie du Tabac ?

Il est tout à fait possible de comprendre cette lutte contre les intérêts des industriels du tabac. En effet, ils doivent faire face à une baisse globale de la consommation légale.

Et où le consommateur est confronté au chômage, donc à une baisse de ses revenus. Le consommateur chômeur est malheureusement prisonnier de son assuétude et se tourne donc vers le même produit mais moins cher. Il n’y a toujours pas de drogué heureux !

Il faudrait encore analyser le nombre de consommateur parmi les chômeurs ou travailleurs pauvres et s’assurer de la corrélation comme le précise le rapport Transcrime.

« La lutte contre le commerce du tabac sur le marché noir exige une solution mondiale. Philip Morris International joue un rôle de premier plan dans cette lutte. »

www.stopillegal.com

Parmi tous les projets financés, il y a quelques sujets étranges si l’on garde en tête l’objet de la fondation.

  1. L’acquisition de vedettes rapides pour équiper les garde-côtes grecs.
  2. L’acquisition de matériel de patrouille et de détection pour la police roumaine.

La Grèce et la Roumanie font partie de l’Union Européenne, ils sont donc tout à fait éligibles aux financements de l’Europe, notamment le programme Frontex. On peut encore s’interroger sur la nécessité d’une étude sur le djihadisme européen. Quel rapport avec le tabac ? Le trafic transfrontalier ?

Premier constat, le rapport GLOBSEC/IRIS « Who are the European Jihadis ? » désigne la France comme la plus grande communauté représentée parmi les Djihadistes.

Le rapport Transcrime désigne la France comme un pays de forte consommation par rapport à la moyenne mondiale. Mais c’est aussi le pays où le « lobby anti-tabac est l’un des plus puissant. »

Deuxième constat, selon le rapport de KPMG (project Sun 2017 report), la France est également le plus grand marché de cigarettes illégales. L’analyse fait même une analyse des régions françaises.

« Les volumes de C&C (Contrefaites & Contrebandes) en France sont restés les plus élevés de l’UE, avec près de 9,0 milliards de cigarettes, tandis que la part de C&C dans le total des ventes de cigarettes est restée la plus élevée. La consommation est restée stable à 14,8%. L’Algérie a été la source la plus importante de C&C, représentant 31 % des flux totaux en 2016. Malgré une baisse de 19%, les flux « Illicit White » ont continué à représenter 12% de C&C. Les flux en provenance des pays voisins ont diminué dans un contexte de stabilité des prix en France et de baisse des déplacements aux frontières. »

Le dernier constat, selon ce même rapport, ces cigarettes illégales représentent 26.8% du marché.

Nous voyons maintenant se révéler une conjonction d’intérêts :

  • L’Etat a intérêt à réduire le trafic car il perd beaucoup de taxe (80% du prix final). Habilement, Phillips Morris n’indique jamais le montant de sa perte de bénéfice. C’est l’Etat qui perd ! La stigmatisation des migrants et du risque criminel qu’ils représentent permet de justifier le renforcement des contrôles, l’augmentation du sentiment d’insécurité et donc de restreindre le champ d’action du lobby anti-tabac, toute au moins son audibilité.
  • Dans la distinction entre le trafic de tabac proprement dit et le trafic de tabac transfrontalier « Illicit White ». Philip Morris considère que le plus gros problème provient des « Illicit White ». Preuve que l’Espace Schengen est un problème. Le trafic hors UE a largement diminué.
  • PMI porte donc son effort sur le renforcement de tous les contrôles frontaliers. Le terrorisme devient donc un motif légitime. PMI a tout intérêt que l’opinion public confonde les migrants avec les djihadistes. Bien qu’il soit largement prouvé que ces terroristes sont, dans leur grande majorité, nationaux ou de culture européenne. Il faut ici que PMI fabrique le consentement. Les sources principales du trafic proviennent du sud de l’Europe.

Ainsi, comment mesurer l’influence d’une industrie qui représente un coût social de 120 milliards d’euros en France par an et qui a les moyens de se substituer à un Etat démocratique pour financer les moyens nécessaires aux missions régaliennes ? Pour mémoire, l’ensemble des drogues illicites représente un coût social de 8.8 milliards d’euros en France sur la même période.

Quelle valeur accorder à un état qui a besoin d’un industriel pour financer ses services de police ?

Cette forte influence d’un acteur économique sur les politiques des pays contrevient au bon fonctionnement démocratique. Elle stigmatise et utilise à son simple profit les crises migratoires. Cette propagande manifeste nourrie les discours nationalistes.

A propos de l’auteur:

[TK]

Bibliographie :

https://www.pmi-impact.com/updates/firstfundinground

https://www.stopillegal.com/

The factbook on the illicit trade in Tobacco products — Transcrime n°8 France

Sun report 2013 & 2017 — KPMG

Who are the European Jihadis ? — GLOBSEC et IRIS

The economic impacts of counterfeiting and piracy — FRONTIER ECONOMICS — BASCAP & INTA

https://www.ofdt.fr