Une petite histoire de la provocation (Part 3)

La fabrication de l’idéologie, du consentement pour maîtriser les savoirs, les esprits et les corps.

La fabrication de l’idéologie, du consentement pour maîtriser les savoirs, les esprits et les corps.

Photo by Christoph Schmid on Unsplash

Ces techniques sont utilisées à travers les siècles pour créer les légendes officielles, la propagande.

Ainsi Leni Riefenstahl, réalisatrice favorite d’Hitler, dans son film « le triomphe de la volonté » mit en scène l’arrivée d’Hitler comme un Dieu descendu sur terre pour sauver l’Allemagne au congrès du NSDAP en 1934.

« Chef d’œuvre de haine, de vanité provocante, d’orgueil démoniaque, mais chef-d’œuvre tout de même » Jean-Pierre Delarge.
Ne jamais oublier que les cadres nazis étaient tous sans exception de bons chrétiens, bien éduqués. Sur le ceinturon des SS était inscrit « Gott mit uns », « Dieu est avec nous », reprenant ici une devise de l’armée prussienne, selon l’évangile de saint Matthieu. Justifiant ainsi la cause de guerre juste, puisque « Dieu est avec nous ! »

Hitler est parfaitement en phase avec le dieu Chrétien, avec le paradoxe des mines où Jésus dit:

« Amenez ici mes ennemis et égorgez-les en ma présence ! » (Luc 17)

Le silence du Vatican fut assourdissant pendant toute la durée de la solution finale. Il est vrai que pour le christianisme, l’obéissance est une voie de salut prioritaire.

Dans le Journal de pensée de Hannah Arendt, en 1967, elle recopie une phrase de Peter Ustinov, lue dans le New Yorker du 7 février :

« Pendant des siècles, les hommes ont été punis pour avoir désobéi. A Nuremberg, pour la première fois, des hommes ont été punis pour avoir obéi. Les répercussions de ce précédent commencent tout juste à se faire sentir. »

Le danger de la surobéissance… Dans le discours de la servitude volontaire de La Boétie, le premier texte sur la surobéissance. Chacun obéit toujours plus ce que qui est véritablement requis par la soumission. Et c’est « cet excès qui fait tenir le pouvoir politique ! »

Nous retrouvons ici le caractère excessif qui démontre le caractère contre-productif de la provocation.

Il faut encore relire le merveilleux livre d’Umberto Eco, « Le nom de la Rose ». Où les livres trop subversifs étaient empoisonnés, mis à l’index. L’index « librorum prohibitorium » a été instauré après le Concile de Trente (1545) et n’est plus actualisé depuis 1966.

Il est intéressant de noter que l’œuvre la plus célèbre mise à l’index est le travail de Nicolas Copernic sur l’héliocentrisme, en 1616. En revanche Mein Kampf n’a jamais été mis à l’index. L’ennemi de mon ennemi est mon ami ? Finalement, la religion s’accommode de tous les régimes politiques.

Il en va ainsi de l’Economie.

L’Economie est une science sociale, philosophique jeune, sujette à caution et reposant sur des théories fallacieuses. Pour faire face à cette faiblesse intrinsèque, elle a toujours cherché à se justifier et à s’appuyer sur les sciences mathématiques, les sciences dures ! En définissant la «Provocation » comme l’art d’amener son adversaire à penser ou agir contre ses propres intérêts, il n’y a qu’un pas pour définir l’Economie comme une provocation des états libéraux pour faire adhérer les populations. Il faut en effet créer une nouvelle religion pour faire admettre aux individus, « la brutalité, l’injustice et l‘avilissement » nécessaire à la bonne mise en application de l’ordre libéral. Car lui aussi promet la bonne fortune !

Quels ont été les moyens utilisés ?

  • La mise en place d’une Economie Mathématique, l’Econométrie, qui a permis de théoriser par des concepts chiffrés, une mise en équation, une « mathématisation des doctrines informes », une justification des intérêts financiers, permettant ainsi de justifier l’enrichissement de certains contre les intérêts du plus grand nombre. Comme disait Kant : « Dans toute théorie particulière de la nature, il n’y a de scientifique au sens propre du mot que la quantité de mathématique qu’elle contient. »
  • La volonté d’enrichissement est à l’origine du concept d’Economie. Il y ä la possibilité de s’enrichir par la Guerre, c’est l’Economie par d’autres moyens en paraphrasant Clausewitz. Cette guerre doit être justifiée pour y consentir, elle suivra alors le raisonnement de pure sophistique :
« S’il y a du quantifiable, il y a du mathématisable, et donc du légalisable. »

Avant la naissance de l’Economie, les peuples s’enrichissaient par les guerres de conquêtes. L’Economie était basée sur les échanges. Les banques sont créées pour garder le trésor, elles mettront en place la monnaie pour pacifier les échanges tout en étant obligées de financer les guerres.

Elles créeront l’intérêt, l’usure pour pouvoir s’enrichir et ne plus dépendre de guerres, par nature aléatoires. Puis dans un monde fini, où les peuples sont connus, il a fallu continuer à s’enrichir en pacifiant la guerre de conquête, très coûteuse en moyens.

L’Economie naît alors et devient vertueuse dans le sens où elle pacifie la «guerre».

- La création de médaille par la Banque.

« C’est avec des hochets que l’on mène les Hommes ! » (Napoléon Bonaparte — créateur de l’Ordre de la Légion d’Honneur, le 19 mai 1802).

Pour l’Economie, la Banque Nationale de Suède a créé sa sainte onction : le très improprement appelé « Prix Nobel d’Economie », son titre exact étant « Prix de la banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel ». Créé en 1968, alors que les vrais Nobel ont été créés en 1901 pour les disciplines suivantes : Paix, Littérature, Médecine, Chimie et Physique.

Le vrai titre est beaucoup moins glorieux que son assimilation ! Mais l’objectif est atteint.

L’Economie possède ainsi son estampille, elle peut ainsi faire Ecole. Il est intéressant de noter que 82 % des « médaillés » sont de l’Ecole Anglo-saxonne ou Américaine. La grande majorité est masculine.

- Dans le même temps, le libéralisme s’est imposé et a supplanté les autres systèmes pour mettre en place une mondialisation, une globalisation de la pensée financière, bancaire. Une fabrique du consentement bancaire.

L’État devient ainsi l’ennemi de cet enrichissement, une entrave mais garde encore le pouvoir par la force légitime et donc les moyens de négocier avec le monde économique pour essayer de défendre ses propres intérêts.

« Toute politique fondée sur la justice sociale et l’interventionnisme mène au nazisme ou au communisme. » Friedrich von Hayek — 1944 — La route de la servitude

Les règles du libéralisme s’imposent ainsi à tous et au profit de quelques-uns. Les théories nobellisées sont ésotériques et fumeuses comme le latin de l’Eglise. Ainsi en 1992, Gary Becker reçoit l’onction pour une « théorie générale du comportement familial prenant en compte non seulement la répartition du travail et du temps, mais aussi les décisions concernant le mariage, le divorce et les enfants. »

La guerre moderne n’est donc qu’économique et ne se justifie que par le nécessaire accaparement, la prédation au détriment des faibles, ce qui nous ramène à la toute première provocation.

La femme, le savoir, la pierre et la provocation.

Dans la genèse Adam et Eve sont alors devant le choix de croquer la pomme du savoir, présentée par le serpent par ruse, par séduction !

Eve fera alors le choix du savoir et Adam suivra Eve dans son choix. Erreur fatale aux grandes conséquences, ils seront alors chassés du paradis.

L’homme gardera sa testostérone très pratique pour remplacer la réflexion ou gagner les jeux du cirque. En effet, il n’y a « aucune utilité à avoir un cerveau pour défiler au pas cadencé, une moelle épinière suffit ! » (A. Einstein)

Charles Baudelaire avait une autre version, on peut au moins lui pardonner de faire preuve d’ironie et de provocation puisqu’il était artiste : « Aimer une femme intelligente est un plaisir de pédéraste ! »

La femme est à l’origine de la diffusion de la connaissance. C’est le premier scandale qui ne lui sera jamais pardonné et quel que soit la religion.

A l’origine de la chrétienté, la femme et l’enfant ne compte pour rien dans l’histoire du monde. Reprenons la Bible :

Saint Paul : « La femme est un corps sans tête ! »
Saint Jérôme : « La volupté avec la femme est un crime à classer juste après l’homicide ! »
Corinthiens 11 :7 « L’homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme.»
Timothée 2 :14 « Et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression. »
Ephésiens 5 :23 « Car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Eglise, qui est son corps, et dont il est le sauveur. »

20 siècles de chrétienté vont infuser les corps et les esprits.

La maîtrise des corps par les vêtements, l’obligation faite aux femmes de porter un corset va modifier leur façon de respirer, et ce pendant un siècle en est le parfait exemple !

Prenons un autre exemple : Hypatie

Philosophe, astronome et mathématicienne grecque d’Alexandrie en 400. Elle dirige l’école néoplatonicienne d’Alexandrie. C’est une femme célèbre dans l’empire, conseillère d’Oreste le préfet d’Egypte. Malheureusement pour elle, elle n’est pas chrétienne.

A cette époque Oreste est en conflit avec Cyrille l’évêque d’Alexandrie. Des rumeurs selon lesquelles Hypatie influencerait Oreste contre Cyrille vont amener des moines chrétiens, sous la férule de Pierre, lui-même influencé par Cyrille, en mars 415 à assassiner Hypatie (elle sera démembrée, ses membres traînés dans la ville puis brûlés).

Ce meurtre choquera l’Empire à une époque pourtant violente et amènera les néoplatoniciens à devenir des adversaires du christianisme. L’histoire tragique pourrait s’arrêter là (Autres temps, autres mœurs), mais…

Le 3 octobre 2007, Benoît XVI, dans son audience générale saluera Saint Cyrille d’Alexandre ainsi :

« On sait très peu de choses sur la vie de Cyrille avant son élection sur l’important siège d’Alexandrie. Neveu de Théophile, qui en tant qu’Evêque, dirigea d’une main ferme et avec prestige le diocèse alexandrin à partir de 385 … Cyrille encore jeune fut élu Evêque de l’influente Eglise d’Alexandrie en 412, qu’il gouverna avec une grande énergie pendant trente-deux ans, visant toujours à en affirmer le primat dans tout l’Orient, également fort des liens traditionnels avec Rome.»

Quand l’Histoire appartient aux vainqueurs (qui n’a pas de féminin !)

Nous pourrions multiplier les exemples de femmes illustres dans la petite histoire des hommes.

Qui a retenu Joan Robinson ? Economiste « hétérodoxe » qui a démontré les erreurs du courant néo-classique.

Qui a retenu Françoise Barré-Sinoussi ? Prix Nobel de médecine avec Luc Montagnier pour la découverte du virus du VIH, en 2008.

Tout le monde connaît, Watson et Crick codécouvreur de la structure en double hélice de l’ADN. Chauds partisans de l’eugénisme ! Qui se souvient que la découverte n’aurait pu être possible sans Rosalind Franklin qui maîtrisait la technologie ?

Les deux opportunistes ont eu accès aux résultats de recherche et ont publiés en s’appropriant la paternité.

En 2018, au Népal, les femmes choisissent la lutte armée communiste et révolutionnaire pour échapper à une société patriarcale qui les réduit à l’état d’esclave.

En 2018, la violence faite aux femmes en France représente 540'000 victimes sur 2 années.

Quel est le budget de la prévention routière, pour 3'000 morts par an ?

Quel est le budget de la prévention contre la violence faite aux femmes ? A croire que la vie des femmes n’est pas encore une priorité…

Nous assistons au retour des sorcières, à travers des mouvements féministes, anarchistes qui essaiment sous des banderoles noires pour une justice sociale, le droit à l’avortement, des « witches blocks ».

Les choses n’ont guère changées…