Une petite histoire de la provocation (Part 1)

Les phénomènes de provocation actuels ne sont pas nés ex-nihilo.

Alain Marie
Feb 7 · 5 min read

Ils appartiennent à une histoire commune, une culture occidentale, une religion, voici une petite histoire de la provocation…

Si l’on considère que la provocation est globalement l’action de présenter au monde, au tribunal, au peuple le scandale avec l’objectif de faire changer son opinion, Il faut alors revenir un instant au sens le plus ancien pour comprendre.

Au sens religieux, la provocation est intrinsèque au Christianisme car pour mieux affirmer leur foi, les chrétiens ont provoqués.

Photo by Michael Bourgault on Unsplash

Ils ont provoqué en permanence les juifs sur le sens et la force de la foi. C’était alors l’art de la dispute. La provocation est le défi, l’action d’affronter le scandale en public. Le scandale c’est l’embûche, l’embuscade qui provoque le dépassement, la transgression, des idées, des savoirs, des dogmes. Le scandale c’est ce qui amène à penser en dehors du cadre, pour mieux confirmer sa foi, sa théorie, pour mieux affirmer sa victoire ou cacher la vérité honteuse. Par nature, le scandale est une arme à double tranchant.

Le blasphème, la profanation, la transgression, la malversation, mais aussi la propagation du scandale, de la rumeur, de la dénonciation, de la fuite, de l’opinion publique, tout cela procède de la pierre d’achoppement de sa provocation. La provocation nécessite un public, une assemblée, un tribunal pour prendre toute sa force. C’est un acte de courage ! Une posture de combat !

Le provocateur s’expose ainsi à la lapidation par la foule. Cette législation était alors commune dans le bassin méditerranéen et préexistait avant le Christianisme. Elle est encore pratiquée.

« Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.… » Jean 8

Il faut alors définir le scandale. C’est la pierre sur laquelle vous butez, la pierre d’achoppement, le scrupule (du latin scrupulus : la petite pierre pointue, l’inquiétude, la gêne, l’embarras) qui vous empêche d’avancer sereinement.

Le scandale, c’est l’occasion de chuter. En matière de savoir, c’est ce qui remet en cause vos certitudes, votre foi. Et tant que vous n’aurez pas affronté, analysé ce « caillou » qui vous gêne, il sera toujours présent.

Saint Pierre était un juif que Jésus appelait Simon Kephas (le roc en araméen) ou Simon Barjona (le révolutionnaire en araméen) ou Bar-Jona (le fils de Jonas). Il hébergera Jésus et le suivra puis le reniera par lâcheté lors de son arrestation. Il sera le premier et le dernier auquel Jésus apparaîtra ressuscité, Jésus lui pardonnera à sa dernière apparition et Pierre deviendra le premier apôtre, le gardien de la porte du royaume d’Hadès suivant la tradition grecque.

« Et il sera un sanctuaire, mais aussi une pierre d’achoppement, un rocher de scandale pour les deux maisons d’Israël. Un filet et un piège pour les habitants de Jérusalem. » Esaïe 8 :14

« Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère : Voici, cet enfant (Jésus) est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, » Luc 2 :34

Jésus est celui qui va utiliser le scandale pour éprouver la foi des pêcheurs et provoquer la contradiction avec les Juifs. C’est le champion chrétien par nature ! Sa propagande subversive sera condamnée par les romains et son corps sera humilié par la crucifixion après tortures mortelles, châtiment réservé aux criminels. Alors que les faits historiques nous disent qu’il aurait dû être lapidé.

Les Chrétiens vont donc reconnaître comme Dieu, un juif, « roi des juifs » (c’est l’intitulé du ti Tulus), criminel (le scandale originel de la chrétienté), prétexte de la secte chrétienne à devenir une religion provoquante.

« Nous, nous prêchons Christ crucifié ; scandale pour les Juifs et folie pour les païens » Corinthiens 1 : 23

« Malheur à celui ou celle par qui le scandale arrive ! » Saint Matthieu 18 :7

« Ne soyez en scandale ni aux Grecs, ni aux Juifs, ni à l’Eglise de Dieu » Corinthiens 10 :32

Avant le provocateur juif puis chrétien Jésus, il y eu Diogène de Sinope (Turquie, 413 av JC), un philosophe représentant de l’école du cynisme qui prônait la vertu et la sagesse, de se rapprocher de la nature, de se libérer de manière radicale des dogmes, de pratiquer l’abstinence, la frugalité. Cynique vient du mot « chien » car Diogène se comportait et souhaitait mourir « comme un chien », au point d’aboyer, d’uriner et de se masturber en public. Il pratiquait l’ironie et recherchait la vérité par le fait, l’éthique naturelle, la vertu.

A Corinthe, il rencontra Alexandre, roi de Macédoine et ils eurent un dialogue célèbre :

« — Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai. »

« — Ôte-toi de mon Soleil ! »

« — N’as-tu pas peur de moi ? »

« — Qu’es-tu donc ? Un bien ou un mal ? »

« — Un bien ! »

« — Qui donc pourrait craindre le bien ? »

Le scandale est ici porté à un tel paroxysme que cette philosophie tomba dans l’oubli. Elle s’attaquait alors à beaucoup de valeurs. Songez donc, elle prônait la liberté sexuelle totale, l’abandon de la sépulture, l’égalité entre hommes et femmes, le refus du sacré, de la cité, des lois, de la monnaie, des armes et par extension que les hommes et les femmes sont scandaleux par nature.

Nous noterons que l’égalité entre hommes et femmes était déjà une provocation 400 ans avant l’avènement du Christianisme. On comprend ainsi que le scandale et la provocation, s’ils amènent la nouveauté, amènent également le danger mortel de s’opposer à la doxa.

Toute civilisation se fonde sur des textes, une religion, une représentation du sacré que l’on appellera art et qui portera en lui le scandale et la provocation. Mais aussi et surtout sur la force, le pouvoir.

Dans toute l’humanité, les civilisations feront en sorte de toujours maîtriser et détenir le savoir, qu’il s’agisse de l’énergie, des matières premières nécessaires à l’obtention, à l’entretien des savoirs, des livres, des arts, de la science. Le savoir a donc une valeur sacrée et les civilisations sont prêtes à toutes les guerres pour l’obtenir. Ce propos raisonne étrangement en 2018, quand nous assistons à une guerre économique mondiale sur la maîtrise des données, de la data.

Pour survivre et prospérer, les civilisations ont besoin d’écrits, de religion, d’art, de valeurs intrinsèques. Si elles perdent ses valeurs, elles ne laisseront que des traces. Les occidentaux procèdent donc des égyptiens, des grecs, des romains, du judéo-christianisme monothéiste et universaliste.

DataGueule

Fan's club suisse de la gouvernance partagée durable et responsable, de la recherche de vérités, à travers le prisme des data-journalistes comme ceux de #DataGueule, mais non exclusivement ;-) Afin de mieux éclairer la construction de "Nice futures" (Suisse+France)

Alain Marie

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Out of the box thinker… Readerholic…Blogger commando

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