François VERRON
Jul 4, 2019 · 3 min read

2011 est pour moi un point de bascule, le moment où l’ubimédia n’était qu’un livre de papier, un concept de prospective. Il m’arrive de relire quelques billets sur mon blog comme une manière de remonter le temps. Et parfois, la relecture à la lumière du jour présent interroge plus encore.

Adam Greenfield en précurseur dans son ouvrage Every[ware] nous annonçait ce monde hybride avec l’internet ubiquitaire, qu’il a décrit comme « la révolution de l’ubimédia ». Des opérateurs du marketing dont je fais (encore) parti s’appuient sur ce paradigme pour décoder autrement la relation au client et à la marque. Mais, ce faisant, le marketing peut contribuer à construire (et dénoncer du coup ;-) un monde qu’au fond nous ne désirons pas. La promesse consistant à dire que la technologie nous veut du bien, en facilitant les actions personnalisées in situ dans tous les champs de la vraie vie, tant oisive que professionnelle, en poussant du service au point de besoin mais en contre partie d’un don de ses données personnelles, peut être un leurre. Un leurre qui, au-delà de la préoccupation de l’intégrité des données personnelles (devenues marchandes), nous transforme en simple capteur-opérateur-consommateur. Et c’est la tout aussi préoccupant. Un leurre qui nous transforme “en homme augmenté” comme “un slot réagissant” à des signaux pour en soutirer une satisfaction, un « bon plan » , un gain de temps, de précision ou d’efficacité. En réaction à, dans un monde devenu immédiat. Une augmentation de l’usage censé nous libérer pour mieux nous concentrer sur autre chose, de plus essentiel.

« De plus essentiel ? » Mais quoi donc ? Et dans ce cadre, je m’interroge sur le risque de perdre notre capacité d’anticipation, de calcul, de création et co-création que l’on délègue à notre “double techno”, ombre de nous même (ou l’inverse, plus exactement). L’esprit du “web 2.0" remplacé par celui du “web 3.0” qui nous obligerait “à oublier ce que nous sommes en train de faire”, ce qui renverse la perception de l’individu en tant que projet, en tant qu’acteur de son existence façonnée par le style intime de ses expériences de vie… Et c’est précisément là que cela coince. Car ce qui est « le plus essentiel » sont nos expériences de vie, c’est ce qui nous grandit, nous forge, nous construit, c’est ce qui nous rend moins cons, plus inventifs et créatifs, plus sociables et plus heureux. C’est ce qui fait de nous des humains. Nous gagnons en facilité et rapidité d’action et réaction mais nous perdons en capacité d’anticipation et création ? Je suis à un point de bascule, jouant ici au philosophe trop sérieux, partagé entre “l’antan du 2.0” qui passe déjà et “le futur du 3.0” qui s’installe.

Tout ce propos me fait penser à une anecdote de ce chauffeur de taxi qui avait éteint son GPS “parce qu’il voulait garder la cartographie en mémoire…et ne l’utiliser qu’en territoire inconnu exclusivement, et pour ne pas désapprendre la carte”… et rester acteur-moteur de son métier et de son outil, la voiture. Alors, sommes-nous tous ce chauffeur de taxi ou perdons nous quelque chose dans un monde ubimédia ?

source : https://fverron.blogspot.com/2011/03/lhomme-augmente-et-lintegrite-de-ses.html , François VERRON, mars 2011.

Ca, c’était avant l’ère algorithmique propulsée dans notre quotidien par Uber quelques mois plus tard (décembre 2011 à Paris) après la publication de cet article (mars 2011).

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Ici, des histoires écrites par nos consultants sur des entreprises et des personnes qui y travaillent.

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