État des lieux du design numérique en France en 2020 : déclin des spécialistes, essor des généralistes

Benoît Drouillat
Jan 5 · 4 min read
Anselm Feuerbach, Le Combat des Amazones (Seconde Version) — 1873

1 132 participants. Plus de 10 ans de mise en perspective. 72 pages de données et d’analyse. Comme chaque année depuis 2009, notre enquête sur l’emploi & les salaires du design numérique en France livre une synthèse des évolutions de la profession, dont les indicateurs mesurent des contrastes parfois inattendus. Si les années 2010 ont consacré l’éclosion de l’UX et son inflation d’expertises, 2020 annonce une décennie placée sous le signe du product design, une démarche qui redonne à la création sa juste place à côté de l’intérêt porté aux méthodes de design.

Grilles de salaires et analyses sont disponibles dans la synthèse de l’enquête, devenez membre pour y accéder

3 choses ont été particulièrement marquantes dans les réponses des 1 132 participants de l’enquête :

— Le niveau d’intégration du design au sein des grands groupes, désormais au même niveau que dans les agences (un fort mouvement d’internalisation rebat actuellement les cartes des modes d’exercice des designers)

— Les besoins en recrutement qui s’orientent vers des profils généralistes (les recruteurs recherchent avant tout la polyvalence et non des profils spécialistes aux expertises segmentées)

— Les commentaires exaspérés d’une majorité à propos du manque de lisibilité des compétences, de la “commoditization” voire de la “déréglementation” de la profession. Beaucoup considèrent que des formations trop courtes, des situations opportunités ou encore l’attitude d’une minorité posent une question de légitimité de l’appellation de designer.

L’emploi au beau fixe

  • La demande en compétences de design est toujours soutenue en France, en particulier dans la capitale ;
  • Dans la durée, cette demande suscite une hausse significative des salaires des designers confirmés (au moins 4 ans d’expérience) ;
  • La profession semble elle-même dépassée par l’ampleur des besoins en recrutement et en formation ; elle s’interroge sur la perception du design en entreprise ;
  • Les designers remarquent que le niveau d’exigence des entreprises en termes de compétences n’est pas toujours réaliste (le fameux mouton à 5 pattes…)

L’intégration du design en entreprise franchit un cap

  • Les compétences de design sont désormais au même niveau d’intégration dans les agences que dans les grandes entreprises : 32 % des designers exercent dans l’un des deux contextes
  • « Les agences n’ont pas su renouveler leur posture face aux jeunes talents, elles ne sont plus très attractives, surtout à Paris. Les grands groupes ne sont pas encore assez matures pour créer des postes de designer au périmètre réellement intéressant (niveau stratégique). C’est une période d’entre deux ou seul certaines start-ups et certaines PME aux dirigeants inspirées savent intégrer le design avec justesse. »

Une profession victime de son attractivité

  • Beaucoup d’entreprises font intervenir des designers sans nécessairement savoir bien les positionner, ce qui génère une certaine frustration mais ouvre également des opportunités (notamment en management)
  • La profession doit encore apprendre à gérer son attractivité, sous peine de verser dans les excès et de dégrader son image
  • En agence comme en startup ou dans les grandes entreprises, les situations sont contrastées ; elles reflètent davantage une évolution quantitative (plus de design) que qualitative (un meilleur résultat)

Tension entre besoin de spécialisation et interdisciplinarité

  • Pour beaucoup de designers, le marché envoie des signaux contradictoires à la profession : ils devaient être spécialisés dans les années 2010, ils doivent désormais être généralistes
  • En effet, les métiers sont en proie à une tendance d’hyperspécialisation, marquée par l’inflation des dénominations : UX researcher, UX architect, brand designer, business designer, service designer, stratégie designer…
  • Une « guerre des appellations » fait rage

Des compétences reconnues mais paradoxalement peu lisibles

  • « Brouillées », « buzzwords », même si « en plein essor », les compétences du design sont aussi peu lisibles pour les recruteurs que pour les professionnels eux-mêmes
  • Certains soulignent toutefois avec un sentiment d’exaspération un manque de légitimité d’une partie de la profession
  • « Tout le monde pense pouvoir devenir designer avec une formation d’une semaine… »
  • Le besoin de sensibilisation au design est toujours très marqué

Un niveau de maturité du design inégal dans les entreprises

  • Les designers sont nombreux à relever le manque de maturité des entreprises devant l’intégration des compétences du design et la compréhension de ses apports
  • Le sentiment général est assez contrasté, entre les professionnels qui relèvent les difficultés de l’intégration du design et ceux qui voient des signes (lents) de progrès
  • Beaucoup soulignent le besoin de mieux reconnaître le design comme une pratique holistique, mêlant recherche utilisateur, conception des parcours et design d’interface

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Designers Interactifs

Design numérique, culture, innovation

Benoît Drouillat

Written by

Head of Design @Oodrive | President @*designers interactifs*

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