Ne plus effacer, ni fuir, ni cacher son passé


J’ai mis ce qui pourrait te paraître et me paraître une éternité à te répondre, mais pour être totalement franche, je ne savais pas du tout quoi dire.
En lisant ton message, j’ai eu le souffle coupé, et j’avoue, j’ai dû le relire plusieurs fois pour comprendre où tu voulais en venir… à vrai dire, je ne sais toujours pas vraiment.
J’avais peur qu’en répondant à côté de la plaque, je gâche toute la magie que tu m’avais laissée en écrivant ces mots. J’avais peur de combler le vide avec des mots qui n’auraient pas de sens.
Mais j’y ai pensé, souvent, longtemps. Et là, j’ai vraiment envie de te répondre. Je ne suis pas plus avancée qu’avant mais je me dis que tu ne t’attends pas à avoir une réponse aujourd’hui et que même si elle n’est pas aussi ensorcelante et mélodieuse que la tienne, tu seras un minimum surpris !
Que tu reviennes de nulle part pour prendre de mes nouvelles, ça m’a fait vraiment plaisir. Qu’on reste une heure au téléphone, ça m’a fait m’évader et j’aurais vraiment aimé pouvoir te rendre visite en Angleterre tu sais.
Je ne sais pas vraiment quelle conclusion tu gardes en tête à propos de nous à cet instant précis. Mais j’aime relire ton message et j’aime penser à toi et t’imaginer me dire tout ça. Je ne suis peut-être pas celle que tu imagines, mais moi, est-ce que je t’imagine comme il faudrait depuis tout ce temps ? J’en doute.
J’ai une anecdote pour toi, moi aussi : le soir où j’ai découvert une infime partie de toi qui m’a marquée pour la vie, c’était lors de ta représentation de théâtre. Ce soir là, je me suis dit : “C’est lui en fait Pierre-Quentin, c’est cette personne à qui je parle depuis le début et que je redécouvre là.”
La meilleure façon de régler tout ça, ne serait-elle pas de réapprendre à se connaitre ? Comme le font tous les gens normaux ?
J’espère sincèrement que tu vas bien.
Je m’en vais faire de beaux rêves.
À bientôt.

Voici le premier texte que j’ai choisi de tirer de mes carnets.

Lui, l’un des rares, peut-être le seul, qui n’est pas de moi. Il est l’introduction de tout, le résumé de beaucoup. C’est le clin d’œil d’un destin maintenant que, finalement, tout semble se lier.

Je prends un risque aujourd’hui en publiant ces textes. Le risque de tout révéler, de perdre de précieux secrets. Mais c’est aussi quelque part un risque insignifiant. Pourquoi rester caché ? Seule la peur nous empêche d’exister. Cette peur qui nous ferait disparaître aux yeux du monde si elle le pouvait, pour nous préserver. Doit-on vraiment mourir pour vivre en sécurité ?

Je n’ai rien à perdre. J’ai passé des années à tenter d’effacer chaque minute de mon histoire. J’ai toujours voulu recommencer, changer qui j’étais. Nietzsche écrivait : “Deviens qui tu es.” J’ai toujours essayé. Mais j’ai toujours pensé que j’étais quelqu’un d’autre. Que je devais avancer, m’améliorer, devenir bien plus grand. À cette fille, j’avais promis que je m’élèverai au rang de Dieu et que je le soumettrai. Je lui avais promis l’infini et de changer nos destins à tous. J’en rêvais.

Si seulement je savais qui j’étais alors. Si seulement je le savais aujourd’hui. Je crois que le moment est venu de tout embrasser, de tout accepter. Le soleil s’est couché et je dois arrêter de tout effacer.

C’est pour cela que je vais documenter et que je ne vais pas créer. Pour l’heure je n’ai rien à écrire, je vais simplement raconter. Car c’est seulement lorsque tous ne seront de nouveau plus qu’un, que nous pourrons exister. Il nous faut nous souvenir, il nous faut assumer, il nous faut rassembler, car c’est ainsi que nous pourrons, enfin, grandir.

À partir de ce jour, je n’effacerai plus. Je ne fuirai plus. Je ne me cacherai plus. Je n’éviterai pas vos attaques. Je les encaisserai. Je les combattrai.


Si vous avez apprécié…

Je m’engage à publier un texte chaque semaine jusqu’à mon départ pour l’Australie dans quelques mois. Vous êtes libres de suivre ce voyage.