Entreprendre pendant ses études de pharmacie

Mario Chalhoub
May 12 · 6 min read
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Conférence entrepreneuriale à la Faculté de pharmacie de Châtenay-Malabary

Depuis quelques années, l’entrepreneuriat étudiant se développe fortement. De nombreux dispositifs publics comme le statut étudiant entrepreneur ont été mis en place pour accompagner les étudiants et, en parallèle, l’écosystème s’est fortement développé : associations étudiantes entrepreneuriales au sein de nombreuses écoles, événements ou concours de startup dédiés aux étudiants… Beaucoup de ces étudiants sont issus d’écoles de commerce ou d’ingénieur mais cet engouement semble moins développé au sein des études de santé. L’objectif de cet article est ainsi de faire le point sur entrepreneuriat et études de pharmacie, grâce au témoignage de plusieurs étudiants en pharmacie ayant entrepris pendant leurs études.

D’où vient l’envie d’entreprendre ?

Les événements entrepreneuriaux organisés par les incubateurs ou les associations entrepreneuriales sont une bonne porte d’entrée vers le monde des startups : écouter des témoignages d’entrepreneurs et rencontrer d’autres étudiants qui souhaitent se lancer est très enrichissant. Les hackathons sont également une bonne occasion de se familiariser avec l’entrepreneuriat et éventuellement rencontrer de futurs co-fondateurs.

Ces événements permettent également de développer des notions commerciales, ce qui manque cruellement au sein des études de Pharmacie.

Comment se faire accompagner ?

Il existe de nombreuses solutions pour vous faire accompagner dans votre projet.

Tout d’abord, contactez le référent entrepreneuriat dans votre faculté, s’il existe. C’est ce qu’a fait Sarah, étudiante à Paris Descartes. Une personne dédiée à la faculté, par ailleurs pharmacien et présidente d’une entreprise en biotechnologie, était présente pour mentorer et l’accompagner dans son projet. Cette personne sera un contact-clé qui pourra vous présenter toutes les ressources mise à disposition par votre faculté : accompagnement, mentorat, locaux, …

Un autre avantage intéressant lorsque l’on entreprend en tant qu’étudiant est le Statut National d’Etudiant-Entrepreneur (ou SNEE). Délivré par un PEPITE (Pôles Étudiants Pour l’Innovation, le Transfert et l’Entrepreneuriat), il vous permet de moduler votre emploi du temps ou d’accéder à des concours entrepreneuriaux exclusifs vous permettant de gagner en visibilité voire de toucher de l’argent si votre projet est lauréat. Ce statut est destiné aux écoles de toutes filières, mais dans les études de santé, les modalités sont différentes. En effet, ces études amenant vers des professions réglementées, il est en général impossible de valider des matières grâce à votre projet entrepreneurial ou de remplacer vos stages obligatoires par un stage dans votre entreprise, contrairement à ce qui se fait dans d’autres filières (notamment les écoles de commerce). Malgré cela, il reste possible d’avoir accès à des locaux de coworking grâce à ce statut, ce qui peut être utilisé pour aider à structurer un projet et rencontrer d’autres entrepreneurs.

Si vous débutez seul, l’accompagnement sera clé : il permettra de compenser les baisses de motivations qui arrivent forcément dans tout projet entrepreneurial. Pour cela, n’hésitez pas à regarder de près les appels à candidatures d’incubateurs ou à participer à des concours entrepreneuriaux qui vous permettent en général de bénéficier d’un accompagnement.

Ressources & formations

Pour tous les étudiants interrogés, le constat est le même : tout le contenu disponible en ligne est largement suffisant pour apprendre tout ce que l’on veut. OpenClassrooms, Koudetat, YouTube ou encore Skillshare regorgent de ressources pour apprendre.

Pour aller plus loin, des formations se créent autour de l’entrepreneuriat en santé comme le Health Entrepreneurship Program à Lille et les différents Master entrepreneuriaux portés par les écoles de commerce comme le Master X-HEC Entrepreneurs en partenariat avec l’institut Imagine. Digicare a également lancé son propre programme digital, la Digicare School.

Le rapport aux études de santé

Le retour est unanime : les études de pharmacie sont passionnantes et forment des professionnels de santé pouvant toucher à de nombreuses verticales. L’exercice en officine permet de comprendre le parcours et les attentes d’un patient, tandis qu’un parcours industriel permet de voir les différents métiers que composent l’industrie pharmaceutique (R&D, clinique, marketing, qualité, etc.).

Malgré cela, on y développe peu la compétence de gestion de projet et les sujets de transformation digitale restent assez absents. Ainsi, il ne faut pas hésiter à affiner son projet professionnel et développer ses compétences via la vie “extra-scolaire”, que ce soit dans une association (entrepreneuriale ou non), ou en participant à des événements sur vos thématiques d’intérêt.

Les principaux conseils pour se lancer dans l’aventure entrepreneuriale :

  • Avoir un minimum d’expertise dans le domaine dans lequel vous vous lancez ou être réellement passionné par le sujet est fortement conseillé. En tant qu’étudiant, il vous sera difficile de vous lancer sur un projet 100% digital sans compétences ou co-fondateur au profil tech. L’idéal est de trouver une problématique que vous avez déjà rencontrée ou sur laquelle vous avez déjà travaillé : cela vous permettra de ne pas partir de zéro, avoir déjà un premier réseau à contacter pour promouvoir le projet et ainsi faire décoller votre projet plus rapidement.
  • Est-ce que le sujet que vous souhaitez traiter vous passionne ? Pour cela, posez-vous cette question : seriez-vous prêts à travailler sur ce projet pour les 5 prochaines années ? En effet, il sera difficile de créer une entreprise sur une thématique qui vous plaît peu, notamment car cela risque d’affaiblir votre motivation dans les moments de creux.
  • La crise sanitaire actuelle nous montre aussi l’importance de monter une entreprise porteuse de sens : l’avantage du secteur de la santé est qu’il est indispensable au bon fonctionnement de la société et qu’il ne faiblit pas avec les crises, au contraire.
  • Si vous souhaitez entreprendre en santé, n’oubliez pas qu’il existe des spécificités propres à ce domaine : l’aspect réglementaire très fort et la difficulté à trouver un modèle économique viable.
  • Ne pas faire l’erreur de lancer votre produit sans prendre en compte les retours de vos clients/utilisateurs. En se lançant, on a souvent la fâcheuse tendance de penser qu’on est le premier a avoir eu cette idée et qu’elle est géniale. Résultat, on se retrouve souvent à lancer un produit/service dont personne ne veut. Un bon concept à connaître est le MVP, une version minimale de votre produit demandant peu de ressources et de moyens, que vous pouvez lancer rapidement et qui vous permettra de tester l’intérêt de votre solution auprès de vos clients.
  • Ne pas se précipiter pour déposer les statuts de votre entreprise : ils sont inutiles tant que vous n’avez pas besoin de facturer vos clients (donc que vous êtes à l’étape d’idéation et de réflexion sur votre projet. Une alternative simple au dépôt des statuts est de s’enregistrer auprès de l’Urssaf en tant qu’auto-entrepreneur : vous obtiendrez un SIRET vous permettant d’émettre des factures.
  • Connaître vos disponibilités dans les prochains mois pour travailler sur votre projet : il est peut être difficile de développer un projet en étant à temps complet à l’université. Assurez-vous d’avoir du temps à y consacrer, quitte à prendre une année sabbatique si cela marche bien ou de faire votre thèse sur votre projet entrepreneurial. Dans ce cas, un autre point est également à prendre en compte : si votre boite marche (trop) bien, comment concilier cela avec vos études? Pour Yassine, cela est difficile. En tant qu’étudiant, on monte “des projets et pas des grosses entreprises”. A moins d’être en fin d’études et de pouvoir enchaîner à temps plein sur votre projet, évidemment.

En résumé, profitez de vos études pour monter des projets, apprendre à comprendre l’écosystème entrepreneurial et l’état d’esprit d’un entrepreneur en attendant de pouvoir faire des projets plus ambitieux à la fin de vos études.

Dans tous les cas, l’entrepreneuriat étudiant reste une manière de prendre de l’avance sur votre parcours professionnel sans trop de risque : que votre projet marche ou non, vous continuez vos études et l’entrepreneuriat reste un “plus” à votre profil. Un état d’esprit entrepreneurial est également une compétence recherchée et très appréciée dans le monde du travail. Il ne reste plus qu’à se lancer !

Merci aux 4 entrepreneurs ayant contribué à cet article :

Sarah Elgamal, Co-fondatrice d’Embodius

Eric Ros, Product Manager chez Posos

Yassine Bellahnid, Co-fondateur de Dr Oriack

Alexandre Henning, Co-fondateur de Triptan

Rédigé par Mario Chalhoub, co-fondateur de Digicare

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