Rencontre avec Philippe Peltier, Partner chez Kurma

Mario Chalhoub
Jul 21 · 5 min read
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Dans l’objectif de mieux comprendre le venture capital dans le monde de la santé, nous avons rencontré Philippe Peltier, Partner chez Kurma, un fond d’investissement dédié aux sciences de la vie.

Quel est votre parcours ?

Le Venture Capital en santé a démarré en France au début des années 1990, avec très peu de fonds spécialisés dans ce domaine, tandis que le secteur était déjà bien développé aux Etats-Unis. Il existait 4 à 5 structures qui géraient des petits fonds, c’est-à-dire 15–20 millions d’euros (100 millions de francs à l’époque).

Je finissais à ce moment-là un Master 2 en Biologie moléculaire à l’Université Paris 7 et j’ai entamé ma thèse sur un sujet très porté sur les sciences fondamentales alors que je voulais plutôt entrer dans l’industrie. Je tombe alors sur un article de Bernard Daugeras, fondateur d’Auriga, qui décrit le milieu du capital-risque et qui explique que certains profils avec la double formation finance/sciences de la vie manquait au sein des fonds.

M’intéressant à la finance, j’ai candidaté à l’Essec en MBA Finance et j’ai été l’un des premiers non ingénieur/école de commerce à intégrer ce cursus.

Suite à cela, j’ai effectué mon stage en venture capital au sein du fonds de Bernard Daugeras, et après un passage rapide d’un an en banque d’investissement, je rejoins Auriga Partners lors de leur création. J’y suis rentré en 1999 en tant qu’analyste et y suis resté jusqu’au partnership. Puis, je rejoins Kurma en 2015 pour m’occuper de la gestion d’un fonds dédié au diagnostic médical : Kurma Diagnostics.

Qu’est ce que Kurma ?

Kurma est une société de gestion spécialisée dans la création d’entreprise et son développement dans l’univers de la santé. Nous associons l’excellence scientifique à l’expertise industrielle et à l’entrepreneuriat.

La société de gestion a été créée en 2009 avec le Kurma Biofund I.

Notre objectif est de transformer la meilleure science européenne en un produit grâce à une société et la maturation de projets.

Nous avons pour cela construit un réseau paneuropéen qui couvre la quasi-totalité des Tech Transfer Offices (TTO) à travers l’Europe.

En 2015, nous avons lancé Kurma Diagnostics sur le constat que beaucoup de maladies étaient mal diagnostiquées et qu’un diagnostic précoce pouvait améliorer la survie dans de nombreuses pathologies. En combinant l’état de l’art d’un point de vue diagnostic à des méthodes d’intelligence artificielle, nous souhaitons développer de nouveaux produits de santé qui interviennent dans le pronostic, le diagnostic et le suivi de patients.

Comment se déroule le processus de création d’entreprise ?

Grâce à nos réseaux de TTO, nous identifions la science de haut niveau et on réfléchit si elle peut être transformée en produit thérapeutique.

Ensuite, avec le budget dont dispose le laboratoire de recherche ou avec le budget disponible via les subventions, nous mettons en place un plan de validation pour vérifier que cette science peut passer de la paillasse à une phase d’industrialisation.

Cette phase pourra être pilotée par des scientifiques externes ou par le fond directement car nous sommes une équipe composée d’anciens scientifiques, pharmaciens ou médecins.

Cette validation prend en général 12 à 24 mois et est une phase à risque car il n’y a pas encore de contractualisation entre le fonds et l’équipe de scientifiques.

Suite à cela, nous entamons les discussions avec les TTO pour ce qui concerne les droits liés au projet pour négocier la licence ou rachat de la propriété intellectuelle. En parallèle, on recherche les industriels qui pourraient apporter un savoir-faire lié au projet pour apporter leur expertise, via des outils de production par exemple. Enfin, il nous faut rechercher un dirigeant pour cette société et finalement la financer via un apport de capitaux.

Au final, 4 acteurs seront actionnaires de la société nouvellement créée : l’équipe de scientifiques, le TTO, le management (les dirigeants) et Kurma.

Nous avons créé une vingtaine de sociétés sur ce modèle telles que Dynacure ou ImCheck. Nous les accompagnons de la création jusqu’à la sortie, c’est-à-dire le rachat industriel ou l’introduction en bourse.

Ce modèle pourrait être assimilé à un startup studio mais les enjeux sont différents dans les biotechnologies. Il est nécessaire d’avoir du matériel de laboratoire, de la recherche derrière et donc la création n’est pas aussi agile que dans le domaine d’internet.

Comment se déroule la procédure d’investissement dans une société déjà créée ?

Les fonds ont une durée de vie de 10 ans en général et une période d’investissement de 5 ans, donc il faut également investir dans des sociétés déjà créées.

Les premiers critères que nous allons regarder sont : l’équipe , la science, le besoin médical et le potentiel de marché. Cela permet de faire un premier filtre sur les projets, et si les critères sont justes nous passons à une phase d’instruction.

C’est une phase qui dure de quelques semaines à quelques mois et où l’on va regarder la propriété intellectuelle, appeler des clients potentiels, appeler des médecins et des chercheurs. C’est un processus de diligence qui va nous permettre d’évaluer le projet.

Si cette phase est validée, nous faisons une proposition d’investissement et nous cherchons d‘autres fonds avec lesquels nous pourrions investir dans ce projet. En effet, nous intervenons toujours en syndication d’investisseurs : on travaille avec des fonds ayant des compétences complémentaires pour investir dans le projet. Nous investissons rarement seuls et ne sommes jamais majoritaires dans nos prises de participations.

Nous faisons notre proposition aux entrepreneurs sous forme d’une termsheet (le contrat résumant les conditions d’investissements). Parfois, on investit dans le projet tel qu’il a été proposé mais il peut arriver qu’on oriente l’équipe de fondateurs vers de nouveaux segments de marché par exemple.

L’ensemble de ce processus prend 6/8 semaines pour un deal compétitif et en moyenne 6 mois en général.

Comment évaluez-vous une société et son potentiel de réussite ?

Nous attachons beaucoup d’importance à l’équipe de fondateurs qui est plus difficile à juger que la science du projet qui peut être factuellement évaluée.

L’expérience d’un venture capitalist est de déterminer l’agilité de l’équipe, sa vision et sa capacité à évoluer et à exécuter leur plan. C’est ce qui rend ce métier si long à comprendre et à maîtriser. Il faut un bon sens humain et savoir interagir avec les gens : c’est en effet l’investisseur qui doit s’adapter à l’entreprise et pas l’inverse. La réussite d’une société passe par une très bonne symbiose entre un groupe d’investisseurs et un groupe d’entrepreneurs. L’investisseur est un accompagnateur de l’entreprise dont l’objectif est de catalyser et faire accélérer l’histoire.

Nous investissons en early stage dans des secteurs assez peu matures. Il faut donc investir sur la base de tendances et de signaux faibles pour ensuite voir émerger dans 5 à 10 ans les plus beaux projets. Cela demande d’avoir de la vision, de l’intuition et d’aller chercher les bonnes technologies là où elles se trouvent.

Pour en savoir plus : http://www.kurmapartners.com/

Rédigé par Mario Chalhoub, co-fondateur de Digicare

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