Immigré ou expatrié, that is the question!

Ma participation au documentaire Génération Expat, m’a permis de prendre conscience du poids de certains mots, et c’est à la fois un sujet de discussion fréquent avec les autres Digital Nomads que je rencontre, et avec les auteurs de ce documentaire. Avoir quitté la France, et choisi de travailler et de vivre ailleurs, fait-il de moi un “expatrié” ou un “émigré” ?

Quand la Guadeloupe, le Pérou et la France se retrouvent à l’autre bout du monde.

Cette question d’apparence banale sous-tend en réalité un complexe de supériorité fort, des pays dits “occidentaux”, face à leurs anciennes colonies. Pourquoi un ivoirien qui déciderait de vivre en France serait-il un “immigré”, alors qu’un français décidant de s’installer en Côte d’Ivoire serait quant à lui un “expatrié” ?

Derrière ce choix des mots, se cache en réalité, une forme de racisme. Le français, forcément plus éduqué et plus intelligent, ferait le choix de vivre ailleurs, de s’expatrier. Quant au pauvre ivoirien, il chercherait à émigrer dans un pays où la vie serait, au conditionnel, plus facile pour lui. Mais quelle vision réductrice de la société, et du monde !

Pour y avoir vécu durant cinq années, je peux vous dire que le français qui s’installe au Québec n’est pas un expatrié, mais bien un immigré, tout comme celui qui vient de Colombie, de Tunisie ou d’Iran. Quant à l’espagnol qui fait le chemin inverse, et quitte son pays pour chercher du travail en Colombie, peut-il réellement être qualifié d’expatrié, alors qu’il cherche lui aussi un environnement économique en plus forte croissance ?

Traditionnellement, l’expatrié est envoyé dans un pays étranger, par son entreprise, et bénéficie d’un ensemble de services et de soutiens. Il reçoit un prime d’expatriation, son déménagement et sa vie locale sont facilités, en cas d’urgence son entreprise met tout en oeuvre pour le rapatrier ainsi que sa famille… en un mot, c’est un privilégié. Et cette catégorie est en voie de disparition.

Inversement, celui qui, seul ou avec sa famille, décide de changer de vie, et de s’installer, temporairement ou définitivement dans un pays étranger, d’y créer son entreprise ou d’y chercher un travail, ne bénéficie d’aucun soutien. Uniquement en cas de crise politique majeure, il peut espérer un peu de soutien de l’Etat français vis à vis de ses ressortissants, comme on l’a vu il y a quelques années justement en Côte d’Ivoire.

Et c’est lors du tournage de “Génération Expat” que j’ai pris conscience de cette incohérence. Dans leur film, les Coflocs ont interviewé essentiellement des émigrés / immigrés. Et quasiment aucun “expat”. Sans doute parce que l’histoire de ces français qui ont choisi de quitter leur pays pour vivre ailleurs, est mille fois plus riche que celle d’un expatrié parti dans les valises d’un grand groupe de construction. Mais pourquoi alors ne pas les appeler par leur nom ? Est-ce indécent de reconnaître que si beaucoup d’étrangers tentent d’émigrer en France, d’autres, peut-être aussi nombreux, font le chemin inverse et migrent vers un autre pays ?

Après en avoir discuté de nouveau cette semaine avec Evan et Melissa, deux autres “immigrés” comme moi, nous sommes parvenus à la même conclusion, digital nomades ou simplement immigrés dans un autre pays, nous ne sommes en rien des “expatriés”. Et au travers du regard de ceux qui restent en France, en aucun cas, nous ne pouvons être qualifiés de privilégiés. Nous avons fait des choix, nous les assumons, avec leurs bons et moins bons côtés. Mais nous sommes des immigrés, et fiers de l’être.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Vous qualifieriez-vous d’immigré ou d’expatrié ?