Un tourisme responsable

Plongeon au cœur de la communauté TAO Philippines

En créant la collection Disconnect avec Fotolia, nous voulions absolument partir à la rencontre de cultures qui nous étaient alors inconnues. J’avais entendu parler d’une communauté nomade des Philippines forcée à se sédentariser pour survivre. La sur-industrialisation de la pêche ayant tout simplement supprimé leur unique source de revenu.

J’ai donc commencé mes recherches, Facebook s’est d’ailleurs avéré être le meilleur outil pour entrer en contact avec les bons interlocuteurs, ce qui peut paraître ironique vue le nom de notre collection. Au final, après de nombreuses discussions, le nom de “Tao Philippines” revenait à chaque fois !

Sur le papier, TAO paraissait être un projet tellement complet, humain, équitable et écologiquement responsable que j’avais du mal à y croire. Le fait que tout soit basé sur un business assumé lié au tourisme me fascinait encore plus.

Du coup, après 30 secondes de réflexions avec mes deux fidèles “Bolos Hermanos”, Pavlé Savic (réalisateur) et Axel Guenoun (soundDesigner), nous décidions de partir là-bas accompagnés de la très talentueuse photographe Sonia Szostak ! Voici notre retour en vidéo accompagné de texte et de photos.

24 heures d’avions, 6 heures de bus et 2 heures de bateau plus tard, nous arrivions au nord de l’Île de Palawan à l’Est d’El Nido.

Durant ce trajet, nous faisions connaissance avec Alejandro, un géographe Vénézuélien, qui se rendait lui aussi sur l’île pour travailler sur un des nouveaux projets de TAO.


Un pied au paradis

Le projet TAO est installé dans un lagon isolé, entouré de 200 cocotiers, de huttes construites en bambou et d’une ferme basée sur le principe de la permaculture. Le tout est bercé par… euh… rien, à part un agréable silence toute la journée. Je ne sais pas si le paradis existe, mais là, on s’y croirait.

Une fois l’euphorie passée, nous rencontrions Eddie & Jack, les créateurs à l’origine de TAO (“l’humain” dans la langue locale) qui allaient nous conter toute leur aventure. C’est à ce moment précis que nous avons réellement pris conscience de l’ampleur du projet. Au final, c’est plus de dix ans d’investissement avec la volonté continue de toujours rester éthique.

Concrètement, on pourrait décrire TAO Philippines comme du tourisme responsable, basé sur une sorte de microéconomie durable. Quand le projet est né, seul quelques voyageurs partaient explorer ces îles éloignées. Ils pouvaient ainsi vivre une expérience unique en étant hébergés par certaines familles locales, une aventure humaine rarement accessible aux touristes.

Au fil du temps, Jack et Eddie ont vécu énormément de choses avec les nomades et ont évidemment beaucoup appris d’eux. Leur communauté s’est agrandie et s’est renforcée en travaillant ensemble.

Aujourd’hui, la communauté TAO compte près de 300 habitants, pour la plupart originaires des villages alentour, tous totalement impliqués dans le projet. Une vraie famille est née, encouragée par le partage de compétences afin d’améliorer les conditions de vie sur l’île pour les populations locales, mais aussi pour les visiteurs. Ces familles, les mères, les pères et les enfants de cette terre y ont trouvé l’espoir d’un avenir meilleur.


L’importance de l’éducation

En parcourant l’archipel avec Sonia, nous avons constaté le paradoxe saisissant entre la beauté des paysages et l’extrême pauvreté des populations locales. Coupés du monde, privés de sources d’eau potable et d’hôpitaux, certains villages sont livrés à eux-mêmes.

L’un des projets les plus admirables d’Eddie et Jack réside dans la construction de 9 écoles. Cette initiative représente une chance inédite pour les jeunes habitants de la région, qui y découvrent de véritables perspectives d’avenir. En grandissant, ces jeunes sont souvent intégrés à la team TAO et pratiquent différentes tâches allant de la ferme, à la construction de bateaux en passant par la gestion d’équipage (le rêve ultime pour la plupart d’entre eux) !

Nous avons notamment eu la chance de rencontrer “JimBoy” devenu Capitaine de flotte à seulement 18 ans et pour avoir croiser d’autres équipages, on a toujours été frappé par leur jeunesse. Une manière pour Jack et Eddie de les responsabiliser. Pour ces jeunes, le simple fait de se lever le matin en pensant à autre chose que “la survie”, est un changement essentiel. Vivre, c’est arrêter de survivre.

La visite de l’école nous a tous marqué, c’est toujours déstabilisant de voir des enfants si joyeux malgré leur condition de vie précaire. Les fous rires en découvrant notre drone, en se voyant à la caméra, en récupérant des Polaroides réalisés sur place…

En plus de l’ouverture au monde avec l’apprentissage de l’anglais, l’éducation permet également de former les jeunes à appréhender autrement leur terre et leur culture.


La permaculture face au “Slash & Burn”

Ces dernières années, le phénomène El Niño a détruit une grande partie des infrastructures de TAO : bateaux de pêche et de transport échoués, habitations et fermes ravagées… Un pêcheur a même tragiquement disparu lors d’une tempête.

Par la suite, une sécheresse dramatique a stérilisé les sols, rendant toute agriculture traditionnelle quasiment impossible. C’est ce qui a poussé les habitants les plus pauvres à pratiquer le “slash and burn” : une technique agricole dévastatrice consistant à brûler une parcelle de forêt afin d’en augmenter temporairement la fertilité. Hélas, ce concept tue les sols et est souvent responsable de l’empoisonnement des sources naturelles d’eau potable.

Le “slash and burn” traditionnel était peut-être acceptable quand Palawan était peu peuplée, mais en plus de 70 ans, la population des îles a plus que décuplé. Aujourd’hui, cette pratique est en train de détruire les dernières forêts des Philippines et libère en plus une énorme quantité de carbone dans l’atmosphère, fragilisant ainsi la couche d’ozone.

Si vous ajoutez à ça, l’effondrement des stocks de poissons causés par la sur-pêche, imaginez la situation dans laquelle les locaux se trouvent. Comment se nourrir quand il n’y a plus de poissons ?

Le projet TAO tend à proposer des alternatives écoresponsables : une action de reforestation de ces zones devenues stériles a été entreprise par la communauté et le recours à une technique d’agriculture appelée « permaculture » généralisée.

Il s’agit d’une méthode agricole dans laquelle l’être humain tente de trouver sa place au sein des équilibres élémentaires du monde naturel afin d’en tirer profit tout en le préservant. Ici, on ne gaspille rien, tout est recyclé et chaque ressource est exploitée, mais jamais épuisée.

De la ferme à l’assiette

Jack et Eddie croient en l’autosuffisance en ravivant la connaissance de l’agriculture traditionnelle sans combustibles ni produits chimiques. L’utilisation des nouvelles technologies et nouvelles techniques permet de remplacer l’agriculture non durable.

L’homme doit s’adapter. Les insulaires sont tributaires de la mer depuis si longtemps, qu’ils doivent maintenant apprendre davantage sur la culture de la terre. Sinon, comment soutenir les futures générations ?

De la ferme à l’assiette, le processus demande beaucoup de patience et de travail. Ainsi, la nourriture reste une préoccupation majeure et c’est l’élément central de l’organisation du quotidien de la communauté. S’il y a bien un souvenir que nous aurions aimés partager avec vous, c’est celui des repas… Les recettes de la cuisine locale sont absolument sensationnelles. Les couleurs, les parfums et les saveurs se rencontrent dans un étonnant mélange de passion et de survie : ici, la cuisine est un art de vivre.


Retour au Bambou

Si notre environnement naturel est parfois perçu comme une menace, il peut en réalité devenir notre meilleur allié. Jack a découvert sur place une ressource abondante et aux multiples usages : le bambou.

Celui-ci permet entre autres, de construire des habitations, des embarcations, des fermes et des outils pour répondre aux besoins locaux. Les habitants de la région ayant peu à peu abandonné l’utilisation de ce matériau, Jack a entrepris de les réconcilier avec cette technique ancestrale. C’est en se rendant dans les terres avec Jack que nous avons pu découvrir ces différentes habitations construites pour TAO.

Mais, la plus grosse claque architecturale, nous l’avons prise avec le bateau à voile : le Tao Paraw, une Bangka unique au monde, entièrement réalisée à l’ancienne avec les méthodes traditionnelles !

Cette construction, TAO la doit en grande partie à Gener Paduga, un Cuyonon natif dont le père et grand-père étaient tous deux marins. Aujourd’hui capitaine du bateau, Gener s’est inspiré des écrits historiques et des connaissances des marins pour respecter au mieux la culture et le patrimoine Philippin. Accompagné par des artisans locaux, il aura fallu deux ans pour construire ce navire orné de sculptures tribales.

Ce type de conception de Bangkas avec deux tangons et aucune quille profonde peut être datée de plus de 1000 ans. Avec le déploiement des bateaux à moteur dans les années 70, ces bateaux à voiles étaient petit à petit abandonnés. Aujourd’hui, Gener se bat pour faire revivre cette culture de la voile en enseignant aux plus jeunes les techniques de navigation.

Ce retour à la voile est logique, l’environnement marin étant menacé par la sur-pêche et les prix du carburant en hausse. Apprendre de nouveau à naviguer, aidera les “Palaweños” à fuir leur dépendance à l’essence, le tout en respectant la mer.

Depuis 2014, les touristes peuvent partir en excursion sur le Paraw pour naviguer entre Coron et El Nido.


Déconnecté…

Eddie et Jack sont la preuve même que le tourisme peut être intelligent, responsable, équitable et respectueux de la culture et de la nature d’un pays. Depuis le début de l’aventure TAO, ils n’ont cessé de croire dur comme fer en ce nouveau mouvement social, un progrès qui représente un rendement positif à la société.

Grâce à la recherche et l’éducation, la communauté Tao montre qu’il existe de nombreuses façons d’aider les Philippins. Les peuples locaux peuvent ainsi bénéficier et partager les opportunités que le tourisme apporte.

Durant toute cette aventure, je n’ai cessé de réfléchir à ce concept de “Déconnexion”. Souvent, quand on parle de ce sujet dans nos sociétés “occidentales”, on a tendance à tomber rapidement dans la caricature. Celle qui consiste à parler de “Digital Detox”, cette fausse idée qui laisse croire qu’en se coupant des technologies, on se reconnecte à la “vraie vie”.

Aux Philippines, j’ai vraiment pris conscience que la déconnexion n’était pas forcément liée au numérique. Vue que nous filmions chaque jour, il nous fallait absolument de l’électricité pour recharger les batteries de drone, de caméras et des ordinateurs pour “le dérush” en fin de journée. Or, sur Tao le générateur n’est disponible qu’entre 18h et 22h, donc autant vous dire que toute notre journée était organisée avec cette contrainte.

Après 22h toutes les lumières s’éteignent, alors on se couche plus tôt et on se réveille avec le soleil, l’inverse de ma vie habituelle. Côté douche, une simple pompe a l’extérieur avec un petit saut, nous vivions avec les travailleurs locaux, donc là aussi on faisait attention à ne pas utiliser trop d’eau.

Au final, on essayait ne pas gâcher et ce sentiment de partage était vraiment agréable. Cette sensation est difficile à ressentir chez nous, vue que nous vivons souvent dans l’abondance, l’eau étant un bon exemple. Alors, bien évidemment, une fois rentré à la maison, je n‘allais pas tout changer non plus, ça serait ridicule vue l’écart entre nos cultures… Par contre, le simple fait de prendre conscience de tout ça, me pousse aujourd’hui à changer certaines mauvaises habitudes, particulièrement au niveau de ma consommation quotidienne.

En réalité, la vraie déconnexion, je l’ai ressenti en rencontrant les locaux, bien loin de mon “train train” quotidien et de mes “petits soucis” qui, au final, n’en sont pas vraiment. Le fait, de me connecter à d’autres humains qui tous les jours se lèvent, en se battant pour leur survie et qui, malgré tout, ont toujours le sourire, vous accueillent dans leur famille et partagent le moindre petit bout de pain avec vous, c’est ça qui m’a le plus marqué.

Dans mon métier, on parle souvent de l’importance du Design humain, l’ami Geoffrey Dorne vous en parlera mieux que moi et bien je crois que Jack et Eddie en sont le parfait exemple ! La communauté TAO ne cesse de s’agrandir et le fait de partager ça sur le Web aujourd’hui avec vous à travers une vidéo, des photos et du texte, c’est aussi notre moyen de les aider en témoignant.

Finalement, utiliser nos technologies à bon escient en respect avec ces principes, c’est peut-être ça la vraie déconnexion.

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Sachez que vous pouvez acheter la plupart des photos de Sonia Szostak présentes dans cet article en vous rendant ici (près de 40 photos) et 15 Footages vidéos réalisées par nos soins, le tout en 4K.

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