NOTE D’INTENTION
La genèse du projet
Pour moi, le vêtement a toujours été synonyme de voyage. C’est ma porte d’entrée vers de nombreux univers.
Ma passion pour l’allure et le vêtement a commencé à l’adolescence lorsque j’ai découvert que m’habiller pouvait m’ouvrir les portes des groupes que je souhaitais fréquenter. Chaque année je changeais radicalement de style en fonction de la nouvelle culture, de la nouvelle tribu que je souhaitais intégrer.
Ce n’est pas avec mes airs de fille rangée qui donne poliment la réplique à Stéphane Bern sur France 2 qu’on s’en douterait, mais j’ai fréquenté la scène Free Party, vêtue d’un surplus militaire, d’un baggy, des tresses rouges sur la tête et des écarteurs tribals dans les oreilles. Je trainais avec des punks à chiens, des gosses sans domiciles, on faisait du stop pour aller dans les teknivals.
J’ai fréquenté la scène Kawai japonaise en commandant des robes victoriennes de Lolita à froufrous sur Internet, en lisant des mangas, en écoutant de la J-pop et en essayant tant bien que mal d’apprendre le Japonais: “Watashi Wa Dora Des”. J’ai fréquenté la scène Rockabilly en adoptant une frange et des robe 50’s aux imprimés cerise et j’ai appris (enfin essayé…) à danser le Lindy hop.
J’étais une touriste, une observatrice, je ne m’attachais à aucune culture en particulier, je les visitais. Mon “sésame ouvre-toi” était mon look, mon allure modulable était une incroyable carte de visite pour pénétrer dans la vie des gens.
Je découvrais à chaque fois que ces looks étaient le reflet d’un style de vie, d’un mode de pensée, d’une philosophie. J’entrais par l’intermédiaire du vêtement puis je creusais.
Que pensent ces gens? Qu’écoutent t-ils? Ou sortent-ils? Sont-ils politiquement engagés? Quelle est leur histoire?
Je faisais la journaliste avant même d’avoir le titre, avant de décrocher un diplôme de styliste et de rentrer à la Central St Martins en journalisme et communication de mode. C’est à travers les fringues que j’ai eu envie de faire ce métier.
C’était les prémisses de la série documentaire que je souhaite aujourd’hui réaliser.
Le développement
Ma curiosité pour l’allure et le style se sont alors transformés en diplômes. Mes années d’études à l’Atelier Chardon Savard et à la Central St Martins m’ont donné une solide culture de la mode et de son histoire, une connaissance des créateurs et des marques, du monde du luxe, mais surtout, et avant tout, du processus créatif.
Ce qui me plait dans la création de collection, c’est la recherche d’un univers, la construction d’une fantaisie, les heures à la bibliothèque à photocopier des images pour faire des “moodboards”, la possibilité d’entrechoquer visuellement des cultures.

Dans le carnet de recherche d’un créateur, une image d’une robe de style Rococo peut être agencée à coté d’une photo d’une tribu éthiopienne et d’un imprimé des années 70. C’est ce mélange d’images et de cultures qui fera naitre une collection.
C’est l’inspiration et la fantaisie derrière le produit, les centaines histoires qui se cachent derrière la création d’un pantalon, que j’ai toujours eu envie de raconter en tant que journaliste.
La révolte et l’action
Mais la réalité de l’industrie de la mode m’a giflée, j’ai déchanté.
Dans la presse, on parle uniquement de produits, il n’y a pas de journalisme de mode, il n y’a que des catalogues de ventes déguisés en magazines culturels.
On parle toujours des mêmes créateurs, des mêmes mannequins, des mêmes looks. Toujours les mêmes fashion-weeks, Paris-Londres-New York-Milan, toujours les mêmes points de vue: la dictature du bon gout et surtout la tyrannie du gout occidental.
Le vêtement n’est pas une porte d’entrée dans l’imaginaire des gens, ni chez eux, ni dans leur vie, c’était une porte d’entrée uniquement vers leur porte monnaie.
Où sont passés la création, la curiosité, le sens de la découverte, la fantaisie, l’aspect social, anthropologique et historique que j’associe à la mode?
J’ai toujours eu envie de raconter une “autre mode”, d’offrir un autre angle de vue. Ma réflexion autour du vêtement et du gout s’est faite en plusieurs étapes. J’ai d’abord crée le blog “La Gazette du Mauvais Gout” puis The-Other.info, un webzine sur les sous cultures vestimentaires crée avec Sophie Pinchetti.
La concrétisation
Ce qui m’a amené à imaginer avec Sophie, un programme télévisé sous forme de “fashion road trip” qui parlerait de cultures vestimentaires autour du monde, dans des pays que la presse mode ignore.

Que porte-t-on en Indonésie? Y’a t-il des tendances au Kenya? Au Turkménistan? En Colombie?
J’ai eu envie de créer un programme qui vous ferait aller à la rencontre d’un pays, de ses habitants et de sa culture à travers le vêtement, à travers ses traditions vestimentaires mais aussi à travers ses nouveaux créateurs, sa capacité à innover.
Un programme qui ferait aussi intelligemment le lien avec la culture mode occidentale.

Quelle est l’inspiration derrière cet imprimé “ethnique” de chez Zara? Ou est ce que ce t-shirt a été manufacturé? Quelle est cette tribu dont s’est inspiré Jean Paul Gaultier?

Il existe une demande croissante pour l’authenticité et la transparence à laquelle je souhaite répondre. Soyons plus curieux du vêtement!
Les mots clefs de cette série documentaire sur la mode à travers le monde sont:
Culture
Créations
Traditions
Histoire
Parlons ensemble, de la mode, autrement.