Les sauveteurs du bac à sable

Sandon Point, dimanche 8 décembre, dix heures du matin. Environ. Deux gosses en maillot de bain descendent de la voiture familiale. Un garçon et une fille, cinq et sept ans à tout casser. Ils sont accompagnés par Maman. Ray, mon hôte australien, lui demande s’il y a « nippers » aujourd’hui. Et la mère de lui répondre : « Comme chaque deuxième dimanche du mois ! »

Pierre-Alain de Laminne de Bex
4 min readDec 15, 2013

Les deux marmots en question rejoignent une foule d’autres qui s’agglutinent sur la plage, accompagnés de leurs parents et encadrés par des moniteurs.

En fait, les nippers, ce sont des enfants qui apprennent à devenir sauveteurs.

Ils ont entre cinq et quatorze ans. C’est tôt. Très tôt, pour apprendre à sauver des vies.

Il s’agit en fait d’un programme pour jeunes lancé par le Life Saving Club de Coogee en 1956. À l’origine, il avait pour but de booster les inscriptions dudit club, en baisse à l’époque. Il s’est rapidement popularisé à la quasi totalité des autres associations locales de sauveteurs d’Australie, pour être ensuite coordonné à l’échelle nationale par le SLSA.

Pas étonnant, l’idée est géniale. Parce que si le programme « Nippers » était à ses débuts une opération de survie, son rôle a bien évolué. Il a pour but de sensibiliser les plus petits au métier de sauveteur, et de les conscientiser face aux dangers auxquels sont confrontés les surfeurs et autres baigneurs : les rochers, les animaux marins, les bancs de sable, ou encore les risques liés aux conditions météo (comme le vent, les rips, ou encore les vagues).

Le tout est organisé autour d’activités basées sur l’amusement.

En Australie, on plonge dans l’eau à la sortie du berceau.

Vers treize ans, les nippers peuvent pratiquer les premiers secours et apprendre la RCP (Réanimation Cardiopulmonaire, ndlr), et en toute fin de parcours, ils ont la possibilité d’obtenir leur Surf Rescue Certificate (littéralement, leur certificat de surfeur sauveteur), les habilitant à patrouiller les plages.

Je n’en reviens toujours pas.

En terme de chiffres, le club de Coogee compte 960 inscrits. C’est le plus gros club du pays. À l’échelle nationale, l’Australie en compte 62.866 en 2013. C’est 0,16% de moins qu’en 2012. La raison est simple : l’année dernière, les clubs de sauveteurs ont eu du mal à gérer le nombre de participants, ils ont donc décidé cette année de fermer les places.

Faut-il préciser qu’on est sauveteur de père en fils, ou de mère en fille ? Car en plus d’être au top, on mélange les genres chez les nippers.

Existe-t-il un tel programme chez nous ?

Oui et non. Déjà, pas à l’échelle de l’Union européenne. Il en a été vaguement question après la catastrophe des réfugiés de Lampedusa, mais cela n’a pas été plus loin — et le débat concernait plutôt les sauvetages en mer, et non pas depuis les plages.

En fait, chaque État-Membre a son programme, en général reconnu par l’ILS — International Life Savers Federation —, permettant par exemple à un sauveteur français de surveiller une plage du littoral belge.

Chez nous justement, on peut passer son brevet de sauveteur à 17 ans. Ce certificat est approuvé par l’ILS, au même titre que celui passé par les nippers à treize ans. Cela peut paraître surprenant, mais remettons l’église au milieu du village.

En effet, nous ne sommes pas confrontés aux mêmes dangers (pas de requins en mer du Nord, rien que ça), nous n’avons pas autant de surfeurs (ils sont au nombre deux millions et demi en Australie), nous n’avons pas autant de kilomètres de côtes (66 pour la Belgique, 29.196 Down Under, mais plus de 77.000 pour l’Union européenne), pas les mêmes vagues non plus, et enfin, nous n’allons pas autant patauger dans la mer que les Aussies, n’en déplaisent à nos bonnes vieilles piscines municipales.

Bref, même si nous ne naviguons pas dans le même bateau, ça aura le mérite d’être mentionné.

Et dire qu’une heure plus tôt, à deux plages plus loin, j’assistais à mon premier cours de surf avec Ray. À la sortie de l’eau, il me montrait deux adolescentes, habillées en rouge et jaune, la couleur des sauveteurs australiens.

En les regardant, avec tout le respect qu’il leur doit, il me dit:

« Un jour, ces deux-là pourraient te sauver la vie. »

À ce moment-là, j’étais déjà surpris.

Mais j’ai halluciné lorsque Ray m’expliqua qui étaient ce garçon et cette fille qui sortaient de la voiture de maman.

FYI : Km de côtes de l’UE : 77.693 (mers fermées et îles comme les DOH français non compris, mais les Grecques, bien).

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