Le petit guide du travailleur-voyageur

Retour d’expérience sur l’aventure “Hackerbeach


Comme vous le savez, j’ai passé le mois de janvier à expérimenter le télétravail à l’autre bout du monde sur une île paradisiaque. Voila mon petit guide du télétravailleur sur la plage.

L’expérience Hackerbeach

L’idée derrière l’évènement Hackerbeach (https://hackerbeach.org/) est assez simple : pourquoi rester bosser en Europe en hiver alors qu’avec un portable et une connexion on peut bosser de n’importe où ?

Trois potes ont monté ça il y a trois ans dans le but de rencontrer d’autres développeurs du monde entier tout en profitant d’un cadre de travail de rêve. Vous en conviendrez, il est difficile de résister à ce pitch… J’ai donc décidé de les rejoindre pour l’édition 2015 tout en continuant à bosser pour DoYouBuzz.

Nous étions 9 sur le mois de janvier pour cette édition 2015 et les différents développeurs venaient d’un peu partout :

  • 4 d’Allemagne ;
  • 3 de France ;
  • 1 de République Tchèque ;
  • 1 des États-Unis.
L’équipe Hackerbeach (presque) au complet

La grande question est donc : comment concilier travail efficace et voyage ?

Le travail fractionné

Je suis parti en Dominique avec une idée assez précise de l’organisation que je devais avoir. Dans ma tête les journées allaient ressembler à ça :

  • 6h : réveil pour commencer à bosser tôt
  • 6h30 : début du boulot à l’appartement, check des messages sur le chat, synchro avec l’équipe
  • 9h : décollage de l’appartement pour un petit déjeuner dans le village
  • 10h : reprise du travail à un endroit avec du réseau
  • 12h : déjeuner avec les gars de Hackerbeach
  • après-midi : activité (plongée, rando, visite …)
  • 17h — soir : reprise du boulot

Seulement, ce rythme je l’ai tenu à peine trois jours sur mes trois semaines. Le seul point auquel je me suis vraiment tenu est le réveil à 6h et le début de boulot à 6h30.

Quitte à être là bas, autant profiter à fond de la journée dès le lever de soleil.

Finalement, mes journées ressemblaient plutôt à ça :

  • 6h : réveil, synchro avec l’équipe
  • 9h : plongée OU rando OU petit déjeuner OU boulot
  • 10h : plongée OU rando OU petit déjeuner OU boulot

En me réveillant le matin, je ne savais ni où ni quand j’allais bosser, je savais juste que ça arriverait dans la journée.

BZH au “Boiling Lake”

Avec un peu de recul, j’ai fini par identifier trois points majeurs pour bien travailler en fractionné : surmonter sa culpabilité, couper les phases de travail inutiles le plus tôt possible, et enfin profiter des phases productives et ne surtout pas les arrêter.

Surmonter sa culpabilité

Durant ma première semaine, le sentiment qui revenait le plus était la culpabilité. Culpabilité de ne pas “faire mes horaires”, d’entrecouper mes journées de baignades, de boire du rhum à partir de 4 heures…

Heureusement, j’ai fini par me rendre compte qu’en ayant ce rythme flexible, mes phases de travail étaient beaucoup plus efficaces. Il y a même des jours durant lesquels je bossais plus que si j’avais été en France.

Si le projet sur lequel vous bossez vous tient un tout petit peu à cœur, ne vous en faites pas, vous allez avancer quoi qu’il arrive☺.

Couper le travail inutile

Les phases de travail inutiles c’est quand vous commencer à lire (et relire) un morceau de code sans rien y comprendre. C’est, par exemple, quand vous commencer à scroller désespérément sur Twitter pour trouver un article intéressant… Bref ce sont des moments qui ne servent à rien.

C’est dans ces moments là qu’il ne faut pas hésiter à faire quelque chose qui n’a rien à voir avec le boulot. De la plongée par exemple☺. Bref, se libérer du cercle vicieux du travail non productif.

Mon conseil : apprenez à identifier ces moments, et coupez-les pour mieux reprendre le travail.

Ne pas couper le travail productif

Dernière chose, un peu plus contraignante : ne surtout pas interrompre un moment de travail efficace.

Ce sont les moments vraiment importants de votre journée de boulot. Il faut savoir dire “non” à une activité détente si jamais vous sentez que vous travaillez efficacement.

Rapidement, je me suis mis dans un mode de travail sans horaires fixes.

Je travaillais quand je le voulais. Il ne s’agissait pas pour moi de “faire mes heures” mais d’avancer sur les features en cours.

Le travail à distance

La partie la plus délicate du voyage, en tout cas pour moi, est le travail à longue distance et donc sur un autre fuseau horaire.

La synchro avec l’équipe

Je n’avais que le matin pour me synchroniser avec l’équipe, il était donc impératif de bien m’organiser pour utiliser efficacement ce créneau.

Je profitais donc à fond de ce moment de la journée pour résoudre les points bloquants avec l’équipe. Quitte à lancer une petite vidéo conférence pour plus d’efficacité.

Voila les outils dont nous nous sommes servis pour le travail asynchrone :

  • Jira (pour les tickets en utilisant des commentaires et descriptions bien détaillés) ;
  • HipChat (pour les gif animés);
  • Bitbucket (Pull Requests, commentaires sur commit) ;
  • Sqwiggle (juste pour faire rager les collègues) ;
  • Hangout (quand les choses deviennent sérieuses ☺).

Les problèmes du travail asynchrone

Bosser séparé de son équipe n’est clairement pas facile. Les principaux problèmes viennent de deux points particuliers : les situations bloquantes et la communication par écrit.

Il est vraiment rageant de devoir interrompre une phase productive de boulot à cause d’une question à laquelle on n’aura pas de réponse du fait du décalage horaire. C’est typiquement le genre de situation qui peut vous casser dans votre élan et vous démotiver.

Par écrit, malheureusement, beaucoup de choses passent inaperçues. Entre les conversations croisées sur le chat et les discussions qui manquent de contexte, il m’arrivait souvent d’avoir du mal à comprendre le reste de l’équipe. Le plus dangereux, c’est qu’il arrive qu’on ne se rende même pas compte du problème de compréhension sur le moment. L’écrit peut facilement créer des situations ambigües.

Travail depuis la jungle

Hackerbeach For The Win

Malgré le fait que le travail à distance et désynchronisé n’est pas ce que je préfère et que l’équipe me manquait, je peux dire que l’expérience Hackerbeach était vraiment exceptionnelle !

Je n’ai jamais eu autant l’impression d’avoir des journées remplies. Je faisais tellement de choses qu’après la première semaine, j’avais l’impression d’être sur l’île depuis plus d’un mois.

Ce fut aussi l’occasion de rencontrer et échanger avec des gens passionnant et passionnés. Le but de Hackerbeach c’est aussi ça : l’échange !

Joseph (à droite) apprend à faire des crêpes à la française

En mettant de côté les quelques soucis de communication qu’on a pu avoir, le télétravail à l’autre bout de la planète s’est passé à merveille.

A l’issue de cette expérience, j’ai le sentiment d’avoir beaucoup appris sur ma façon de travailler. J’accepte maintenant de faire des pauses dans la journée. C’est finalement beaucoup mieux que de s’acharner sur la résolution d’un bug. Je sais aussi mieux reconnaitre quand je suis dans une période productive ou une période inutile.

Bref, vous l’aurez compris, si jamais il vous est possible de vous lancer dans une aventure comme celle-ci, n’hésitez surtout pas !

Peut-être en nous rejoignant pour le Hackerbeach 2016 ? ;)
A l’année prochaine