Today I do what I love

Aujourd’hui, je fais ce qui me plaît vraiment

Photo credits Igu http://www.igu.ro/album/bucuresti-optimist.html. View of Bucharest, Romania

This is a guest article by Marion Guyonvarch, French independent journalist. The article is written in French.

Quand j’ai débarqué en Roumanie en décembre 2005, je ne devais y rester qu’un an. J’y ai finalement passé sept années. Sept années qui ont complètement changé ma vie, notamment professionnelle. Partir à l’est est la meilleure idée que j’ai jamais eue.

Tout a commencé à l’été 2005. Un an après la fin de mes études de journalisme, et alors que je travaillais pour un quotidien régional français, j’ai répondu un peu par hasard à une annonce proposant d’effectuer un volontariat d’un an dans un magazine francophone basé à Bucarest. J’avais envie d’ une expérience à l’étranger, avant de me faire engager définitivement dans le journal où je travaillais et j’ai tenté ma chance. J’ai bien fait. J’ai été recrutée et sans rien connaître de la Roumanie, à part Nadia Comaneci et Ceausescu, j’ai atterri à Bucarest.

Mon arrivée n’a pas été simple : alors que je devais occuper un simple poste de journaliste, je me suis retrouvée — suite à la démission subite du rédacteur en chef peu de temps auparavant — à remplir cette fonction, le temps que son remplaçant soit nommé. Cette expérience difficile — occuper un poste à responsabilité et décider de la ligne éditoriale d’un journal traitait de l’actualité d’un pays dont je ne connaissais rien — a été extrêmement formatrice. Pendant six mois, j’ai dû dépasser mes peurs, mes appréhensions, apprendre à décider et trancher, alors que je n’avais pas confiance en moi. En parallèle, j’ai dû apprendre à parler roumain, me plonger dans l’actualité du pays, bref sortir de ma zone de confort, ce qui m’a aussi fait progresser. A l’arrivée du rédacteur en chef, j’ai eu la chance de rester associée aux choix éditoriaux. Si j’étais restée en France, je n’aurais pas eu l’opportunité d’acquérir si vite une telle expérience, de gérer une équipe.

Sur un plan personnel, vivre à l’étranger a aussi élargi mon horizon et ouvert mon esprit. On apprend souvent plus sur soi en un an passé loin de ses frontières qu’en plusieurs années dans son pays. S’adapter, ouvrir les yeux, comprendre un monde et une culture différentes font avancer à pas de géant. La Roumanie dans laquelle j’ai débarqué en 2005 n’avait rien à avoir avec la France dans laquelle j’avais grandi, étudié puis travaillé. Les plaies du passé communisme qui peinaient à se refermer, la culture orthodoxe si forte, les inégalités de développement… je découvrais chaque jour un monde très différent de mon pays occidental. Et je m’y plaisais sans cesse un peu plus. Le pays bouillonnait, les intitiatives foisonnaient et tout semblait possible. Alors que mes amis français vivaient dans la peur de l’avenir, mes copains roumains ouvraient leur librairie, leur bar, montaient leur entreprise.

Photo credits Igu http://www.igu.ro/album/bucuresti-optimist.html. Bucharest city center

Mon volontariat terminé, ça me semblait impossible de rentrer en France. J’ai décidé de rester en Roumanie, comme journaliste indépendante. Un choix que je n’aurais jamais osé faire deux ans plus tôt, par manque de confiance en moi et par peur des difficultés. Là encore, cela a été un vrai challenge : j’ai dû démarcher des médias francophones, parvenir à me faire recruter comme correspondante, apprendre à proposer et vendre des sujets. J’ai notamment commencé à travailler pour la radio ( RFI et RTBF) ; chose impensable pour moi qui détestait ce média lors de mes études. Mais s’installer comme pigiste à l’étranger m’a obligé à élargir mes compétences et à me former au reportage radio. Pendant près de cinq ans, j’ai ainsi multiplié les expériences, travaillé pour des titres exigeants, variés, abordé des sujets économiques, politiques, sociaux… En France, je n’aurais jamais eu le loisir d’occuper un poste aussi polyvalent. Cette expérience, pas toujours facile car le travail en indépendant et la précarité qui va avec sont parfois durs à gérer, m’a permis de découvrir quel genre de journalisme me plaisait vraiment. A la fin de mes études, j’étais sûre de vouloir faire carrière au sein d’une rédaction régionale, pour couvrir l’actualité localeau jour le jour. Grâce à mon expérience roumaine, j’ai découvert que je m’épanouissais vraiment dans la presse magazine, que je voulais prendre le temps d’approfondir les sujets, d’être exigeante et de ne pas être soumise au rythme fou de l’actualité.

Sans cette parenthèse roumaine, je n’aurais pas le parcours professionnel qui est le mien aujourd’hui. Depuis mon retour en France, à l’été 2012, je suis journaliste indépendante, toujours, mais spécialisée dans la presse magazine, et plus particulièrement dans les thématiques historiques. C’est aussi en Roumanie que j’avais commencé à écrire sur ce thème, en réalisant de nombreux articles sur le passé communiste du pays. Aujourd’hui, je fais ce qui me plaît vraiment. Et si je n’avais pas osé partir à l’est, je ne l’aurais jamais découvert.

Marion Guyonvarch is a Frech independent journalist with more than 13 years of experience. After covering Romanian news for Radio France Internationale, Le Parisien or RTBF, she is now living in France and is continuing her carrier as journalist.