Il suffisait de s’y mettre

Une fois qu’il était devant sa page, des images arrivaient dans son esprit.

C’est toujours étrange cette sensation de penser. De voir sans voir. Entendre sans entendre.

Pour les images il devait quand même s’adapter, gérer son flux de visualisation, trier sur le vif, en essayant de ne pas laisser s’échapper l’idée.

La fameuse idée qui pourrait changer sa vie.

Il avait souvent entendu des histoires comme ça. Un matin quelqu’un se réveille, avec une idée en tête. Quelques notes griffonnées sur un bout de papier, il croise par hasard un géant de la production dans la rue, le bouscule et « Oh ! Tiens ! Je vais vous produire ! ».

En vérité des histoires comme ça il n’en avait jamais vraiment entendu finalement. Mais c’est seulement à ce moment-là, où cette image cliché lui venait en tête, qu’il s’en rendit compte.

C’était ce genre de situation où quelque chose semble évident, semble « déjà vu partout ». Pourtant, même en y réfléchissant bien, aucun film, aucun livre,… aucune histoire qui traite cela de cette façon hantait un de ses souvenirs. Bizarre.

Alors ce cliché n’existerait pas réellement ? Le premier homme à y avoir pensé trouvait-il déjà que c’était du déjà-vu ? Est-ce que l’idée que c’était évident et cliché s’est répandue comme ça ?

Ca ne résolvait pas le problème. L’idée ! Il fallait la trouver !

Au passage, essayer de trouver l’idée en se posant et en réfléchissant… je ne pense pas que ce soit vraiment la méthode la plus efficace. De ? Ah, le passage soudain à la première personne ! Depuis le début je parle de moi, là. De mes réflexions un peu bizarres sur le sujet de la création.

Un peu bizarres… d’ailleurs… D’où me vient cette impression ? D’où vient le fait qu’on évoque quelque chose qui vient de nous (pour le peu qu’on sache en tout cas) comme étant bizarre, étrange, ou pas important… avant même d’expliquer ce que c’est !

Finalement si ce n’est pas important ou si bizarre et tordu… pourquoi j’écouterais cette histoire ?

Ah oui. Le mystère.

Ca peut aider, c’est clair.

Jouer la carte du « C’est tellement fou ce que je vais te raconter ! Tu vas voir, c’est incroyable ! » et d’attendre des plombes avant de lâcher l’info, qui, au final, n’était même pas si incroyable.

Alors pourquoi est-ce qu’elle semblait incroyable ? Manque de recul ? Manque de référence pour comparer et se rendre compte que c’est insignifiant à côté de cette histoire-là ? Et encore plus à côté de cette autre ? Ou bien juste envie que quelqu’un écoute d’un air passionné et soit impressionné par cette aventure épique au rayon café ce matin à l’épicerie du coin. Voire tout à la fois.

Voilà à quoi ressemblait ma première session d’écriture. Pas grand chose ? Oui, c’est vrai. Pourtant c’est plus que ce qu’il y avait il y a dix minutes.

Et de ce point de vue c’est imbattable : il y a eu de l’avancée. Alors de là à dire qu’il y a du sens… ou juste un petit quelque chose à en tirer… Je ne me prononce pas.

Mais ! J’avance.

Quelques images me sont venues en tête et maintenant que le processus était amorcé j’allais pouvoir continuer, faire le prochain pas. Imaginer la suite de l’histoire, construire quelque chose. Je n’ai aucune idée de ce que ça va donner. Alors pourquoi est-ce que je continuerais à vous en parler ?

Ah oui. Le mystère.