Les banques éthiques : un enjeu dans la lutte contre le réchauffement climatique

edeni
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Apr 28, 2020 · 10 min read

Lors de la COP21 de 2015, les banques françaises traditionnelles s’étaient engagées à se retirer du financement des énergies fossiles. Cependant, cinq ans après l’Accord de Paris, les quatre grandes banques françaises (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Banques populaires-Caisse d’épargne) auraient une empreinte carbone quatre fois supérieure à celle de la France tout entière (cela n’est toutefois qu’un ordre de grandeur car il est difficile de mesurer réellement l’impact carbone d’un investissement). Cela s’explique par leurs financements de projets fondés sur les énergies fossiles, à l’échelle mondiale. 4°C d’augmentation des températures mondiales seraient ainsi garantis par les seuls projets carbonés financés par les banques. Face à ce constat, nous pouvons choisir de nous orienter vers des banques plus éthiques et plus écologiques.

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Des banques traditionnelles à l’origine de grandes pollutions

Le financement des énergies fossiles

Si, lorsque l’on est soucieux.se de son empreinte carbone, on pense à modifier nos modes de déplacement ou d’alimentation, on songe moins souvent à changer de banque. Pourtant 80% des émissions de CO2 proviennent des énergies fossiles. Pour empêcher ces émissions, il faudrait donc arrêter de financer les projets d’exploitation du gaz, du charbon et du pétrole. En effet, il ne nous reste qu’une dizaine d’années pour incliner la courbe des émissions de gaz à effet de serre (GES). Or, l’exploitation d’énergies fossiles ne cesse d’augmenter. D’ici 2030, selon les projets en cours, il y aura deux fois plus d’émissions liées aux énergies fossiles que ce que la planète est capable d’absorber comme le rappelle Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée pour les Amis de la Terre dans la visioconférence organisée par La Base le mardi 21 Avril au sujet de la finance fossile.

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Source : Oxfam

Toutefois, le financement des énergies fossiles par les grandes banques ne fait que croître depuis l’Accord de Paris avec 735 Milliards d’euros investis par les quatre grandes banques françaises en 2019, contre 700 Milliards en 2018. Il y a eu une augmentation de 15% des financements entre 2016 et 2019. Le rapport Banking on Climate Change indique qu’au niveau international, 35 banques ont consacré 2 700 milliards de dollars (c’est-à-dire le PIB de la France) aux énergies fossiles depuis 2016. Si les banques nords-américaines sont toujours les plus grands investisseurs dans ce secteur, la France n’est pas en reste puisque BNP Paribas en est le premier investisseur européen et dans les quinze premiers mondiaux.

De surcroît, cette augmentation des financements se fait au détriment des énergies renouvelables. 70% des investissements énergétiques des banques françaises sont au profit des énergies fossiles contre seulement 20% pour les renouvelables (les 10% restants concernent le nucléaire). Alors que le financement des énergies fossiles a augmenté, celui des énergies renouvelables a diminué depuis 2016. Sur la période 2016–2017, la somme d’argent supplémentaire consacrée au gaz, au charbon et au pétrole, soit 1,8 Milliards d’euros, a correspondu au montant de la diminution des investissements en énergies renouvelables.

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Si cela est un désastre pour l’environnement, il faut rappeler que ce système financier est également dangereux pour l’économie. Financer des projets d’exploitation d’énergies non renouvelables ne peut pas fonctionner sur le long terme, surtout dans un contexte de raréfaction des ressources. Les titres en actions carbonées vont perdre de leur valeur et il y a donc un risque de faillite pour les banques. En outre, le système financier est plus généralement déconnecté de l’économie réelle, avec notamment une spéculation sur le prix du pétrole qui peut conduire à des cours négatifs, comme ce fut le cas pendant la crise du coronavirus.

Enfin, l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran confie à Marianne que le réchauffement climatique peut atteindre la finance puisqu’il y a un “risque en responsabilité” :

« les grosses entreprises émettrices de CO2 pourraient, plus tard, être trainées en justice pour leur responsabilité dans le réchauffement climatique et donc embarquer les banques qui les financent ».

Il convient donc de changer de système au profit d’une finance plus viable mais aussi plus juste et soucieuse de l’environnement.

Les politiques de greenwashing

Depuis la crise de 2008, le grand public a pris conscience des limites de la finance. Les banques ont donc davantage communiqué sur leur éthique. De la même manière, avec la prise de conscience écologique que connaît notre société, les banques ont axé leur communication sur leurs projets écologiques. Toutefois, cela relève souvent davantage du greenwashing que d’un réel engagement pour l’environnement.

En effet, la transition verte de la finance repose trop souvent sur une politique du “moins pire” qui ne suffira pas à remplir l’objectif d’une augmentation maximale de 1,5°C sur 10 ans pour éviter des conséquences écologiques et humaines dramatiques : les bonnes actions à petites échelles ne compenseront jamais les mauvaises à grande échelle. Des “obligations vertes” ont été mises en place afin que les emprunts visant à financer des projets de développement durable et en faveur de l’environnement soient facilement identifiables par ceux qui décident de prêter leur argent. Toutefois, il n’existe aucune règle consensuelle internationale pour définir ce qu’est une “obligation verte”. Le rapport d’Attac de 2017 “La finance verte est-elle vraiment verte ?” prend ainsi comme exemple la compagnie pétrolière espagnole Repsol qui a émis une obligation verte de 500 millions d’euros pour faire baisser de 1,9 million de tonnes (sur 20 millions) ses émissions de GES, ce qui finalement pérennise 18 millions de tonnes de ces émissions. En outre, Attac souligne à juste titre qu’investir « dans l’amélioration de l’efficacité énergétique des raffineries de la multinationale prolongera d’autant leur durée de vie et donc le total des émissions de gaz à effet de serre qu’elles auront relâchées ». De même, certaines banques ont des produits portant des labels écologiques, que nous présentons ci-après, mais ne les présentent jamais à leur clientèle.

On peut alors conclure avec Jézabel Couppey-Soubeyran que “laisser la finance verte reposer sur la bonne volonté des banques” est justement ce qui induit le risque de greenwashing.

Lucie Pinson, Directrice générale de Reclaim Finance :“BNP Paribas est un exemple frappant de l’échec lamentable des banques à répondre à l’urgence climatique. Au lieu d’adopter une approche rigoureuse permettant de prévenir l’expansion des énergies fossiles et d’en faciliter la sortie progressive, les banques suivent une approche à la carte, réduisant leurs financements à une partie des énergies fossiles pour mieux les augmenter ailleurs.”

S’engager avec son épargne

Lorette Philippot, Chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France : “La hausse en 2019 des financements de toutes les grandes banques françaises au développement de projets fossiles est un marqueur de leur incapacité à prendre d’elles-mêmes les mesures exigées par l’urgence climatique. La nécessaire sortie des charbon, pétrole et gaz ne pourra se faire à temps qu’à condition que le gouvernement contraigne dès ce jour les banques à se mettre au pas du climat.”

Si les actions citoyennes pourraient inciter les pouvoirs publics à contraindre les banques à se désengager des énergies fossiles, il est aussi possible d’agir en changeant simplement de banque. En effet, comme l’a remarqué, lors de la visioconférence organisée par La Base, Maëva Courtois, co-fondatrice d’Helios, banque éthique en lancement, chaque individu peut agir contre le réchauffement climatique à trois niveaux : en tant que citoyen.ne par le vote, en tant que consommateur.rice, mais aussi en tant qu’épargnant.e. Or ce dernier niveau n’est pas encore intégré comme un levier essentiel. Pour qu’il le soit, Maëva Courtois veut démystifier la banque en rendant Helios facile d’utilisation et transparente. Dans le même objectif, nous vous présentons ici les principales banques éthiques françaises.

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Les banques éthiques

A travers l’Europe, la FEBEA (Fédération Européenne des Banques Ethiques et Alternatives) regroupe les différentes banques qui se définissent comme intermédiaires entre les citoyen.ne.s et les projets éthiques avec une volonté d’agir sur l’économie réelle et non pas de construire des produits financiers aberrants. C’est d’ailleurs pour cette raison que les banques éthiques n’ont pas été grandement impactées par la crise de 2008 alors que les grandes banques traditionnelles ont dû recourir à une aide de l’Etat. Ces banques ont toutes la même ambition : mobiliser l’épargne des adhérent.e.s pour financer des projets répondant aux enjeux sociaux et environnementaux actuels. En outre, elles ont pour valeur la transparence.

Il convient de noter qu’investir son épargne dans ces banques n’est pas plus complexe que de changer de banque et que cela peut se faire progressivement, en fonction des vos entrées d’argent. Il faut simplement savoir déjouer les biais cognitifs qui vous en empêche comme la loyauté à votre banque ou le désir de rester dans la banque familiale, sans faire preuve d’esprit critique.

En France, le classement sur l’empreinte carbone des banques, réalisé par Les Amis de la Terre, désignent comme banques les moins polluantes la Nef, le Crédit coopératif et la Banque postale. Les deux premières sont celles qui se soucient le plus de l’éthique de leurs pratiques.

  1. La Nef :C’est surtout le cas de la Nef, bien que ses origines liées à l’anthroposophie peuvent être considérées comme suspectes. C’est la seule banque en France à publier chaque année la liste complète des investissements et prêts octroyés. Ceux-ci sont tous en lien avec la question de la transition énergétique. Elles financent, en effet, trois grands types de projets :
  • écologiques : ceux qui ont impact fort sur l’environnement
  • sociaux et solidaires : logement, réinsertion professionnelle
  • culturels : préserver les savoirs.

L’idée est d’accompagner l’évolution de la société avec aujourd’hui, 85% des financements qui sont à proprement parlé consacrés à l’écologie (50% des financements sont pour la filière biologique, des agriculteurs aux distributeurs en passant par les grossistes) contre seulement 50% auparavant. Cette augmentation des financements, contraire à celle des banques traditionnelles, cherche à suivre la prise de conscience citoyenne au sujet du réchauffement climatique. Néanmoins, comme le remarquait Léo Miranda, directeur marketing de la Nef, lors de la visioconférence de La Base, ces trois secteurs deviennent de plus en plus poreux entre eux, ce qui est selon lui bonne chose, parce que cela leur donne un impact plus important.

En revanche, la Nef ne propose pour l’instant pas de compte courant car elle préfère se consacrer à l’épargne, car comme le souligne Amandine Plattert, responsable communication à la NEF

« en France, les encours sur les comptes d’épargne sont 10 fois supérieurs aux encours sur les comptes courant, changer d’épargne a donc dix fois plus d’impact »

2. Le Crédit coopératif : Le Crédit coopératif est en ce sens une solution plus complète puisqu’elle propose à la fois compte courant avec carte de paiement et épargne. C’est d’ailleurs la banque qu’Edeni a choisi par souci de cohérence et de revendication. Elle s’engage à ne financer que des énergies renouvelables mais aussi à verser au minimum 5 centimes à l’association de votre choix parmi les 53 associations partenaires à chacune de vos transactions. En outre, si elle ne publie pas la liste complète de ses investissements, elle inclut les client.e.s d’une autre manière en leur proposant de devenir sociétaire. Chaque sociétaire a alors une voix, quelque soit le nombre de parts détenues. Vous pouvez devenir client.e en ligne en dix minutes.

3. Helios : Helios est une nouvelle banque éthique qui se lancera à l’automne 2020 mais à pour cela a besoin de 10 000 pré-inscriptions. Elle proposera un compte courant et s’engage à compenser une partie des émissions de CO2 à chaque transaction, sans coût supplémentaire pour les client.e.s en finançant des projets de réductions ou de séquestrations de CO2 recensés par l’Ademe.

Ce projet et sa réflexion se veulent ouverts à tou.te.s avec des assemblées générales ouvertes à l’ensemble de la communauté. Cette banque mise également sur la transparence avec un rapport d’impact environnemental effectué par un cabinet externe et publié chaque année sur le site d’Helios et une transparence totale du modèle d’affaires.

Les labels

Un autre moyen de savoir si votre épargne est engagée dans des investissements écologiques et éthiques est de se référer aux labels. Néanmoins, il arrive souvent qu’une banque propose des produits labellisés alors que le reste de son fonctionnement est loin d’être vert. Votre épargne contribue alors indirectement à la croissance d’une banque qui investit dans les énergies fossiles.

Le label Finansol atteste du caractère solidaire et transparent d’un produit financier : l’épargne contribue réellement au financement d’activités génératrices d’utilité sociale et/ou environnementales comme l’accès à l’emploi, au logement, le soutien à l’agriculture bio et aux énergies renouvelables et l’entreprenariat dans les pays en développement. Il garantit également la transparence de l’intermédiaire financier et la promotion active des produits solidaires.

Le label Greenfin est le premier label d’Etat sur cette question. Il certifie les activités de transition écologique et énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique (énergie, bâtiment, contrôle des déchets et gestion de la pollution, industrie, transport propre, technologies d’information et de communication, agriculture et forêts, adaptation au changement climatique). Il exclut les fonds qui investissent dans les énergies fossiles et nucléaires et exige une certaine transparence.

L’agrément ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale) ne labellise pas seulement les banques mais présente pour avantage de donner des indications sur toute une structure. Celle-ci doit avoir l’utilité sociale comme objectif principal (publics vulnérables, solidarité territoriale), une politique de rémunération équitable et ses titres de capital ne doivent pas être négociés sur un marché financier.

Tous ces outils et établissements vous permettre d’agir sur le levier de votre épargne pour que votre argent soit le reflet de vos convictions et préoccupations. Cela ne change pas votre quotidien mais peut changer l’avenir du monde.

Sources :

  1. La visioconférence de La Base au sujet de la finance fossile du 21 Avril 2020
  2. https://www.oxfamfrance.org/climat-et-energie/comment-les-banques-francaises-financent-les-energies-fossiles/
  3. https://www.amisdelaterre.org/le-financement-des-banques-aux-energies-fossiles-en-constante-augmentation-depuis-la-cop21/
  4. https://www.marianne.net/economie/finance-verte-bientot-la-fin-des-entourloupes-de-greenwashing
  5. https://mrmondialisation.org/la-liste-des-banques-ethiques/

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