Que faire de vos restes alimentaires ? Réponses de Florence-Léa Siry, experte en zéro-gaspillage

Rencontre avec Florence-Léa Siry, conférencière, auteure et consultante sur le gaspillage alimentaire au Québec. Lors de l’interview, Florence-Léa a partagé son parcours, sa philosophie et a livré ses astuces pour donner plusieurs vies aux restes alimentaires.

© Marjorie Guindon

D’où vient votre sensibilité au gaspillage alimentaire ?

J’ai grandi auprès d’une mère très engagée sur les questions qui touchent à l’environnement. Je vous mentirais néanmoins si je disais que j’étais sensible à son discours… À l’époque, je trouvais que la cause environnementale était la chose la moins intéressante au monde !

J’ai commencé à tiquer à l’âge de 14 ans, quand je travaillais sur les plateaux de tournage en tant que cantinière. J’étais témoin d’un gaspillage alimentaire de masse. Dès qu’il y avait du surplus, je demandais à mon père (qui était alors directeur de production) de l’apporter aux personnes démunies, et ce, peu importe l’heure ! Quand il y avait trop de commandes, je prenais également l’initiative de redistribuer les restes aux familles dans le besoin.

Ensuite, j’ai commencé sans le savoir à réduire le gaspillage alimentaire quand j’ai débuté ma carrière de chef à 22 ans. Être une jeune chef n’était pas évident. J’innovais en transformant les surplus : je rebondissais jusqu’à trois fois sur la même recette, en lui donnant à chaque fois un aspect et un goût différent. Mes convives étaient toujours bluffés !

Pourquoi avez-vous créé « le Chic Frigo sans Fric » ?

Lors de sa création en 2012, Le chic Frigo en Fric était une agence de conseils en zéro-gaspillage pour les personnes désireuses de réduire leur gaspillage alimentaire. Le sujet n’était pas aussi populaire qu’aujourd’hui et je peinais à en vivre à ce moment.

J’ai tout de même continué à développer au fur et à mesure de mes expériences une philosophie zéro-gaspi. J’ai fini par être contactée par un éditeur pour écrire un livre de recettes. Depuis, je suis sollicitée pour des conférences et mon expertise sur le sujet.

Pouvez-vous me dire ce que signifie l’expression « touski » ?

« Touski », c’est le fameux « tout c’qui reste », qui fait partie du folklore québécois.

Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? On mange du touski ! Cela signifie qu’on mange des restes.

En plus d’être auteure, vous êtes aussi consultante. Quelles sont les principales causes du gaspillage alimentaire selon vous ?

J’ai l’impression que les gens gaspillent pour deux raisons : le manque de connaissances (des processus de conservation et des astuces pour cuisiner les restes), et l’envie de d’exprimer l’abondance. Gaspiller est en effet un moyen d’afficher sa richesse. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, montrer qu’on a les moyens de consommer et s’autoriser à gaspiller est un facteur de notoriété.

Dans votre blog, vous avez écrit que vous vous rendez régulièrement en Scandinavie pour découvrir les innovations en termes de gaspillage alimentaire… Quelles innovations avez-vous découvert ?

Au niveau politique, le Danemark a instauré une politique nationale qui oblige les institutions publiques à fournir à hauteur de 90 % une nourriture d’origine biologique. Ils ont également développé une certification zéro-gaspillage qui consiste à mieux encadrer les pratiques des restaurateur·ices pour éviter le gaspillage.

À l’échelle des individus, les Danois·e·s, cuisinent de manière très simple, avec peu d’ingrédients : la qualité prime sur la quantité. Ils font également très attention à la provenance des aliments, aux circuits courts, et valorisent beaucoup la nourriture forestière. Tout cela contribue à la réduction du gaspillage.

Pouvez-vous nous partager des astuces anti-gaspi qui vous semblent indispensables à connaître ?

Pour moins gaspiller, il faut d’une part apprendre à repérer le surplus et donner plusieurs vies à ses recettes ! Quand je donne, 1, 2, 3 vies à ma recette, j’améliore sa qualité, je la bonifie, et en plus, je simplifie la préparation ! Non seulement, je consomme moins énergétiquement et je fais beaucoup moins la vaisselle et je mange beaucoup mieux sans effort.

Avez-vous des astuces pour que les légumes et les fruits se conservent plus longtemps ?

Pour les carottes, les radis et les navets par exemple, une astuce de conservation consiste à les emballer individuellement dans du papier (papier journal, par exemple), ou les placer dans un panier recouvert de linge. Placés dans un endroit sombres, ils se conservent ainsi plusieurs mois ! Il est également possible de plonger les légumes racines dans le sable : ils se conservent alors toute une année !

© Marjorie Guindon

Exemple de recettes antigaspi extraites du livre 1, 2, 3 vies, recettes zéro-gaspi

Dans 1, 2, 3 vies, recettes zéro-gaspi, Florence-Léa Siry répertorie plusieurs recettes sur lesquelles elle nous invite à rebondir. Comme par exemple, la tarte d’épluchures de pommes. S’il vous arrive de cuisiner des pommes sans leur peau, halte à la poubelle ! Pourquoi ne pas les réinvestir dans une tarte ? Il suffit tout simplement de reprendre la recette d’un tarte aux pommes classique, et d’y ajouter à la place la peau des pommes, finement épluchée en une seule épluchure disposée comme une rose sur le plat.

© Marjorie Guindon

S’il vous reste encore des épluchures, vous pouvez également réaliser un sirop. C’est très simple, il suffit de les mélanger avec du sucre et de l’eau dans une casserole, et de les faire cuire à feu doux moyen une quinzaine de minutes jusqu’à que le sirop épaississe. Une fois filtré, il se consomme une fois refroidi et se conserve un an !

Même les fruits infusés peuvent avoir plusieurs vies : une écorce d’orange confite peut se transformer en orangettes, puis en marmelade, et enfin en cubes à ajouter aux desserts ou encore dans les plats mijotés !
© Marjorie Guindon

Pareillement, le « houmous touski », est la deuxième vie de la recette des falafels : les haricots trop mélangés seront délicieux une fois les pois chiches, le tahini et l’huile de sésame ajoutés puis mixés ensemble.

Léa Dang, du blog www.iamadrop.com


crédits : photographe : Marjorie Guindon / styliste : Karine Blackburn / styliste culinaire : Nataly Simard / Éditions Glénat, 2018

Si vous voulez retrouver Florence-Léa Siry, voici son site internet : www.chicfrigosansfric.com