L’imagerie mentale — quels fondements scientifiques ?

Imagerie mentale, visualisation, simulation mentale voire l’imagerie motrice. Tous ces mots font référence à une technique utilisée par des sportifs de haut niveau.

Est-ce vraiment sérieux ou bien simplement un dérivé des techniques de concentration et de focus plus traditionnelle ?

Sans remonter à des temps préhistorique, on remarque que les techniques de visualisation ont guidé des pratiques guerrières et/ou sportives depuis des siècles. Un célèbre maître d’arme japonais du 17ième siècle YAGYŪ MUNENORI (1571–1646) préconisait ceci.

See first with your mind, then with your eyes, and finally with your body.

Définition(s)

Stanislas Dehaene, psychologue cognitiviste et neuroscientifique au Collège de France propose les explications suivantes

Capacité pour un sujet de se représenter une action sans production concomitante de mouvement c’est à dire une tâche cognitive pendant laquelle un sujet simule mentalement une action tout en bloquant son exécution.

ou exprimé légèrement différemment

La répétition intériorisée d’un patron moteur sans la production concomitante de l’activité musculaire normalement requise pour son exécution.

il précise que l’on peut aussi utiliser les mots d’imagerie motrice et de répétition mentale dans le cas d’espèce. Quand à Alain Berthoz, directeur du laboratoire de physiologie et de l’action au Collège de France explique quand à lui la chose suivante :

La simulation mentale du mouvement qui précède et accompagne le mouvement est un puissant facteur d’efficacité […]. Il faut donc simuler le mouvement et ses conséquences. C’est ce que certains appelle la ‘Visualisation’ […] Il ne s’agit pas seulement de créer une image visuelle, il se produit une véritable simulation de l’ensemble des aspects sensoriels et moteurs du mouvement.

Un champs de recherche très important

Concernant l’histoire moderne, la recherche scientifique s’est intéressée dès la fin du XIXième siècle à cette question, par exemple Galton, dès 1883.

L’imagerie, en raison de sa nature éphémère, a posé des défis importants pour la psychologie de l’époque. Mais on peut noter que ce champ de recherche s’est imposé depuis 40 ans comme une sujet majeur dans les sciences cognitives.

L’apparition d’outils de plus en plus sophistiqués notamment de mesure de l’activité cérébrale (IRM, etc …) ont permis aux scientifiques d’évaluer, de valider des hypothèses de plus en précises et spécialisées. Ainsi les recherches vont de la performance sportive à la rééducation post-avc jusqu’à l’apprentissage des connaissances.

On peut conclure brièvement que les techniques d’imagerie mentale ont été largement étudiées et le sont encore.

En 1983, les chercheurs américains Deborah Feltz et Daniel Landers spécialisé dans la psychologie sportive ont analysé la littérature scientifique sur le sujet et ont confirmé les réels bénéfices de l’imagerie mentale dans recherche de performance.

De nombreuses recherches menées à ce jour font apparaître les effets favorables de cette technique sur différents éléments qui nous intéresse dans le cadre de la performance sportive

  • sur l’apprentissage et la performance d’une habileté motrice (Calmels, Fournier,Durand-Bush, & Salmela, 1998; Driskell, Copper, & Moran, 1994; Murphy, Jowdy, & Durtschi, 1990),
  • sur la confiance en soi (e.g., Orlick, 1990),
  • la concentration (e.g., Singer, Cauraugh, Tennant, Murphy, Chen, & Lidor, 1991)
  • la motivation (e.g., Rodgers, Hall, & Buckolz, 1991),
  • la régulation de l’anxiété et de l’activation (Gould & Udry, 1994; Orlick, 1990; Perna, Neyer, Murphy, Ogilvie, & Murphy, 1995),
  • la vitesse de récupération suite à une blessure (e.g., Ievleva & Orlick, 1991).

Une avancée concrète et constamment améliorée

Dans ce champ de recherche assez vaste, deux chercheurs britanniques spécialisés dans le sport ont modélisé une approche concrète et pratique.

Le modèle du PETTLEP, élaboré par Holmes et Collins (2001) préconise la prise en compte, de sept points principaux lors de l’utilisation de l’imagerie. Ces sept composantes expliquent l’appellation de ce modèle PETTLEP :

P pour «Physical» traduit en français par «nature physique»,

E pour environnement,

T pour tâche,

T pour temps,

L pour «Learning» traduit par «apprentissage»,

E pour émotion, et P pour perspective.

Ce concept finalement assez récent a réellement séduit les chercheurs mais aussi les professionnels du coaching mental sportif.

Sans toujours faire référence à cette méthodologie de manière explicite, on aperçoit que les approches de visualisation décrites dans de nombreux livres se basent sur cette démarche. Les scientifiques eux-même essayent de venir optimiser ce modèle assez régulièrement par des compléments d’études sur des points spécifiques ou de manière générale.

En conclusion, l’imagerie mentale ou bien la visualisation, c’est sérieux et démontré. Maintenant démocratiser son usage chez tous les sportifs, c’est encore une autre affaire.

Bibliographie

Research paper (PDF): Le modele du PETTLEP ou comment optimiser l’efficacite de l’imagerie mentale. Available from: https://www.researchgate.net/publication/41199570_Le_modele_du_PETTLEP_ou_comment_optimiser_l'efficacite_de_l'imagerie_mentale [accessed Apr 4, 2017].

Entrainement Mental et Coaching du Sportif — Apprendre a mieux se connaitre et à créer les conditions optimales de performance (14 octobre 2016) de Deuff (le) Herve

La bible de la préparation mentale : La méthode Target : de la théorie… Broché — 8 juillet 2016 de Christian Target, Ingrid Petitjean

The Champion’s Mind: How Great Athletes Think, Train, and Thrive by Afremow, Jim (2014) Hardcover

An emerging paradigm: a strength-based approach to exploring mental imagery https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3612690/

Le modele du PETTLEP ou comment optimiser l’efficacite de l’imagerie mentale https://www.researchgate.net/publication/41199570_Le_modele_du_PETTLEP_ou_comment_optimiser_l'efficacite_de_l'imagerie_mentale

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