Mieux comprendre… la laine

Comment obtient-on la laine qui est dans nos vêtements?

La laine est une fibre d’origine animale. Je vais principalement parler de la laine de mouton, mais il existe d’autres types de laine: la laine de chèvre, de lapin, d’alpaga… même de chien, qu’on appelle le dogwool!

La laine a de nombreux avantages : elle tient chaud et résiste à l’humidité, même tissée finement; le tissu est solide, souple et doux au toucher, pour un effet « cocooning » garanti.

Le processus de production peut être découpé en 5 étapes.

Etape 1: l’élevage

L’éleveur investit dans un troupeau de moutons à laine. Certaines races sont plus propices à la production de laine que d’autres — les moutons Mérinos par exemple sont réputés pour la qualité soyeuse de leur laine.

Un mot rapide sur l’impact écologique de l’élevage de bétail: l’élevage est extrêmement consommateur en termes de ressources naturelles. Quand je réalise la quantité d’eau, le labeur et le temps nécessaires pour faire pousser les plantes, qui elles mêmes sont utilisées pour faire grandir le bétail utilisé pour produire la laine, cela me donne le tournis. Comparée aux fibres végétales comme le coton, la laine demande une étape de transformation supplémentaire (du végétal à l’animal), qui est à prendre en compte dans le bilan total! Par ailleurs, il faut également garder en tête que 27% des émissions de méthane proviennent de l’élevage en 2006 — c’est la deuxième activité la plus productrice de ce gaz à effet de serre, après la production d’énergies fossiles (33%).

Etape 2: la tonte

Les moutons doivent être tondus une à deux fois par an. Pour être tondus dans de bonnes conditions, leur laine doivent être sèche et idéalement ils ne doivent pas avoir mangé plusieurs heures avant la tonte. Généralement, la tonte a lieu au printemps. Une fois coupée, la toison tient d’une seule pièce car les fibres sont fortement enchevêtrées. La laine issue de la tonte est appelée “laine brute”. En France, les frais de tonte ne sont pas couverts par le prix de vente de la laine, ce qui explique que la France ne produit plus de laine brute.

Etape 3: le tri

Les différentes parties de la toison sont classées en lots en fonction de leur qualité, puis pliées et roulées en balles afin d’être acheminées aux centres de vente. En effet, en fonction des zones, jusqu’au deux tiers de la laine brute est constituées d’impuretés et de corps étrangers emmêlés dans les fibres de laine.

Etape 4: le lavage

La laine est traitée en 5 étapes. Le trempage permet de sortir la terre et la poussière. Le dégraissage permet de récupérer la suitine, qui pourra par la suite être transformée en raffinée et utilisée en pharmacie sous le nom de lanoline. Enfin, la laine est lavée, rincée puis séchée.

Etape 5: la transformation en produit fini

La laine propre est cardée, c’est à dire démêlée. Le défeutrage vient à bout des derniers noeuds. La laine peut ensuite être filée (transformée en fils), tissée (transformée en tissu), tricotée (transformée en maille) et/ou apprêtée (transformée avec des opérations de finissage). La teinture peut être appliquée à différents moments du processus de fabrication: après le lavage, avant ou après la filature, ou encore après le tissage ou le tricotage.

Les pays producteurs de laine de mouton sont la Chine (22% de la production mondiale en 2013), l’Australie (17%), la Nouvelle-Zélande (8%) et le Royaume-Uni (3%).

Les principaux types de laine

Au delà des labels garantissant la composition de la laine, le type d’animal, leur race et leur âge sont également importants.

Une chose est à retenir: la douceur de la laine dépend globalement du diamètre des fibres. A titre de comparaison, un cheveux humains fait en moyenne 40–100 microns de diamètre. La laine de mouton a un diamètre moyen de 30 microns, mais celui-ci diffère en fonction des espèces.

La laine peut être catégorisée de différentes façons. Commençons par la laine de mouton! En fonction de l’âge de l’animal, les propriétés de la laine diffèrent légèrement:

  • La laine de mouton (animal adulte) est solide et résistante à l’humidité, mais peut irriter les peaux sensibles. Elle peut être mélangée à d’autres fibres pour la rendre plus douce. Elle est idéale pour les vêtements “extérieurs” comme les pulls, manteaux, écharpes…
  • La laine d’agneau (lambswool and laine vierge d’agneau) a un toucher plus doux et est résistante à l’eau. Elle est également très chaude et peut être portée à même la peau, sans craindre les irritations.

De multiples races de mouton permettent de produire de la laine aujourd’hui, et certaines ont des caractéristiques très spécifiques. En particulier:

  • La laine mérinos est anti-bactérienne, thermo-régulatrice et anti-odeurs. Elle est également élastique, ce qui peut la faire se détendre avec le temps. Le diamètre d’une fibre est de 20 microns et cela la rend plus douce que la laine de mouton “ordinaire”.

D’autres animaux permettent de produire de la laine de qualité. La laine de chèvre est réputée pour les types suivants:

  • La laine cachemire est chaude, douce et légère. Le diamètre d’une fibre avoisine les 12–15 microns, ce qui explique son extrême douceur. Les chèvre Capra Hisca vivent dans les haut plateaux de Mongolie et du Xinjiang, en Chine. Les fibres sont si fines qu’elles sont particulièrement fragiles et doivent être doublés en ce qu’on appelle deux-fils ou quatre-fils. Malgré cela, les produits en cachemire ont tendance à perdre des fibres au fil du temps.
  • La laine mohair vient de la chèvre angora. La laine mohair est frisée, ce qui lui donne un aspect gonflant. Elle est facile à teindre et résistante. En revanche, elle peut irriter les peaux sensibles, donc à privilégier pour les pièces “extérieures” (pulls).

L’alpaga et la vigogne proposent des laines douces, légères et résistantes. Ils produisent très peu de laine par ans, ce qui rend cette laine très rare et donc chère. Le diamètre d’une fibre de laine d’alpaga atteint 16 à 25 microns.

Enfin, la laine angora est issue des lapins angora. Pour la récolter, deux méthodes sont souvent utilisées: la tonte ou l’épilation au peigne. C’est une laine très chaude et soyeuse, qui a en revanche tendance à perdre des fibres avec le temps. A la lumière des récents scandales, il est essentiel de se renseigner sur la provenance de l’angora. La production chinoise a fait l’objet de critiques au vu de méthode de récolte cruelles envers les animaux.

Des labels pour garantir la composition de la laine

Maintenant que nous avons une meilleure idée du processus de fabrication de la laine, nous pouvons commencer à mieux comprendre ce qui se cache derrière les labels. Il existe quatre principaux labels pour la laine:

  • Le label Woolmark identifie les produits faits en laine vierge provenant de la tonte d’animaux sains et vivants: ce label garantit que la laine n’a été obtenue à partir d’animaux abattus et qu’elle n’a pas été recyclée
  • Le label “laine vierge” identifie les produits constitués de 93% à 100% de laine
  • Le label “pure laine vierge” identifie les produits constitués de 99.7% à 100% de laine
  • Les labels “100% laine” ou “pure laine” identifie les laines pouvant être recyclées ou issues d’animaux abattus

Attention, cela ne veut pas dire que le recyclage des fibres n’est pas une très bonne chose! Il faut juste avoir à l’esprit qu’il s’associe parfois à une perte en pureté de la fibre. Les fibres recyclées sont parfois associées à des fibres synthétiques pour améliorer la qualité globale. En somme, tout dépend du processus de recyclage utilisé!

Aujourd’hui, seul le label Woolmark permet de s’assurer que les animaux tondus sont vivants et en bonne santé. Une plus grande transparence de la filière permettrait également de s’assurer que les animaux sont bien traités. Aujourd’hui, les laines de toutes provenances sont mélangées en fonction de leur qualité — il est impossible de tracer les laines venant d’un élevage particulier… Et c’est bien dommage! Cela décourage les éleveurs à faire des efforts pour améliorer les conditions de traitement.

Sans rentrer dans les détails qui peuvent faire froid dans le dos, certaines pratiques de mutilation sont à la limite du barbarisme. Par ailleurs, malheureusement, comme dans tous les élevages intensifs, les animaux sont castrés et étiquetés, ce qui n’est pas toujours fait avec anesthésie. Enfin, le manque de soins liés spécifiquement à la fourrure des moutons entraîne des maladies et des infections. Je vous encourage à vous renseigner sur le sujet, mais sachez que le tableau est assez dérangeant. Il donne toute son importance à la promotion de labels comme Woolmark!

La prochaine fois que je tiendrai un vêtement en laine dans les mains, je prendrai un instant pour réfléchir à ce que cela a impliqué comme efforts pour en arriver là. Pour moi, cette recherche m’a également fait prendre conscience que toutes ces étapes impliquent un coût forcément assez élevé, pour une performance de matière aussi élevée. Pour avoir une laine douce et durable, je suis prête à investir davantage! #votewithyourwallet