Mieux comprendre…. les matières qui composent nos vêtements

Lire les étiquettes des produits que j’achète n’a jamais vraiment fait partie de mes habitudes, jusqu’à ce que je commence une réflexion plus approfondie sur ma manière de consommer. C’est ainsi que je découvre que mes céréales ‘light et santé’ achetées au magasin bio contiennent 64% d’apports en glucides, dont 25% de sucres, contre 8% d’apports en protéines, et que je ferai mieux de me faire deux tartines de beurre tous les matins à la place, finalement. Se plonger dans la lecture des étiquettes de vêtements révèlent aussi des surprises. Les mélanges de fibres qui constituent nos vêtements deviennent de plus en plus complexes et on s’y retrouve difficilement. Comment savoir ce qu’il est mieux de consommer à la fois pour soi et pour la planète? Je vais tenter d’apporter quelques éléments pour vous aider à mieux vous y retrouver. La bonne nouvelle : lire l’étiquette de nos vêtements, même si ça s’évère plus complexe aujourd’hui qu’il y a 40 ans, reste encore accessible, en tout cas dans les grandes lignes.

Classifions les fibres

Pour faire simple, il existe 2 types de fibres :

Les fibres naturelles :

  • D’origine végétale : coton, lin, ramie, chanvre, jute, …
  • D’origine animale : laine, soie, cuir, cachemire, …

Les fibres chimiques :

  • Synthétiques : polyester, nylon, acrylique
  • Semi-synthétiques : viscose (rayon), bamboo, modal, lyocell

La grille de lecture du consommateur/de la consommatrice averti(e)

Voici quelques points à prendre en compte pour mieux réfléchir sur les fibres qui constituent nos vêtements :

  • Les fibres naturelles, qu’elles soient animales ou végétales, proviennent de sources renouvelables, c’est-à-dire qu’elles peuvent se renouveler sur un laps de temps assez court. Ce n’est pas le cas des fibres synthétiques. Les fibres synthétiques proviennent du pétrole. Le polyester, par exemple, qui est la fibre la plus utilisée dans nos vêtements (60% des vêtements produits aujourd’hui sont en polyester (1) ) est en vérité du… plastique! A privilégier donc les fibres naturelles sur les fibres synthétiques autant que possible car elles sont biodégradables, renouvelables et sont la référence par rapport au tombé et au confort du tissu — les matières synthétiques sont souvent développées pour imiter le naturel (la viscose par exemple a été développée pour simuler la soie).
  • Il faut quand même souligner que le coton conventionnel s’avère être une fausse bonne solution. En effet, l’agriculture du coton est extrêmement consommatrice d’eau et de produits chimiques. Alors qu’il ne recouvre que 2,5% de la surface agricole mondiale, le coton consomme 25% des insecticides et 10% des herbicides produits dans le monde (2). Ce chiffre donne le vertige! Tout ceci engendre des problématiques graves qui méritent que j’en parle dans un article séparé. Le coton bio vise, et réussit sur de nombreux points, à pallier ces problèmes.
  • Les vêtements fait à partir de plastique recyclés offrent une option intéressante, explorée par des marques comme Patagonia ou Lolë. Il est important de savoir que d’après une recherche menée en 2011 par des chercheurs en Australie, 85% des déchets récupérés sur les côtes mondiales sont en fait des microfibres provenant des vêtements en polyester, recyclé ou pas (3). La production de vêtements par des fibres recyclées pourrait même exacerber le problème: en effet, le recyclage des fibres synthétiques contribue aux résidus appelés “micro-fibres”, qui pénètrent la chaîne alimentaire et se retrouvent dans nos assiettes. Cela ne semble donc pas être une solution idéale, mais je salue l’effort fourni par ces marques qui tentent de réduire leur impact sur l’environnement!
  • Les fibres semi-synthétiques sont une autre paire de manches. Nous avons souvent droit à du greenwashing concernant ces matières. Dans les faits, elles sont issues de matières premières naturelles, certes, mais leur procédé de transformation est loin d’être écologique. En effet, la viscose provient de la pulpe de bois (ou de bambou, en ce qui concerne la viscose de bambou), et est liée à une forte déforestation. Cette pulpe est ensuite transformée par un procédé très lourd en produits chimiques (utilisant notamment du soude caustique, du disulfure de carbone ou du vitriol) et en consommation d’eau. Il faut donc être prudent face aux marques qui clament les bienfaits écologiques de la viscose. Le lyocell, par contre, est issue d’une nouvelle génération de production de viscose qui offre une solution très intéressante par rapport à la viscose traditionnelle. Le Tencel, marque déposée du Lyocell par la compagnie Lenzing en Autriche, provient d’arbres d’eucalyptus, qui nécessitent beaucoup moins d’eau et poussent sur des terres arides avec un rendement jusqu’à dix fois supérieur à du coton conventionnel. Lenzing utilise un procédé de fabrication du Tencel qui recycle jusqu’à 99.8% du solvant utilisé pour la transformation, et le tissu généré ne contient pas de produits toxiques (4). Ca n’est pas loin d’être la solution miracle! En revanche, le tencel est encore peu utilisé, et reste assez cher. Mais si jamais vous trouvez des vêtements en Tencel, allez-y!

Afin de consommer de manière plus responsable pour notre planète et notre santé, il ne suffit pas uniquement d’aller à la recherche de fibres en feuilles d’ananas ou de canne à sucre (5) — même si c’est extrêmement encourageant de suivre l’innovation dans un secteur qui en a connu très peu par le passé. Nous pouvons d’abord nous intéresser à ce que disent les étiquettes. Même si nous n’y trouvons pas toute l’histoire du parcours d’un vêtement — de la culture/production des fibres à notre garde-robe — ces fameuses étiquettes nous permettrons de dévoiler quelques secrets d’une industrie qui cache bien des surprises.

(1)http://www.greenpeace.org/international/Global/international/briefings/toxics/2016/Fact-Sheet-Timeout-for-fast-fashion.pdf

(2)http://www.natura-sciences.com/environnement/impacts-environnementauxindustrie-textile.html

(3)https://www.theguardian.com/environment/2016/jun/20/microfibers-plastic-pollution-oceans-patagonia-synthetic-clothes-microbeads

(4)http://www.yesitsorganic.com/rayon-modal-tencel-environmental-friends-or-foes.html#axzz4OMmuKYGs

(5)https://www.theguardian.com/environment/2017/may/21/the-eco-guide-to-unusual-materials