Le dialogue et l’exemplarité

Recréer les conditions de possibilité d’une parole politique

Note de l’auteur : Ce texte a été écrit en décembre dernier (2016). Il constituait le troisième volet de ce nouveau Grand Récit que j’ai tenté d’esquisser à la suite du livre Révolution d’Emmanuel Macron. Le premier élément de ce nouveau Grand Récit peut être lu ici : Le travail. Retrouver une “spiritualité du travail”. Et le deuxième élément : Le vivre-ensemble. Thématiser ce terme républicain de “fraternité”. “L’ouvrage” est évidemment provisoire et ne saurait être que collectif, si l’on veut qu’il puisse durer.

Dialoguer, c’est d’abord ouvrir une porte en soi pour aller vers l’Autre.

La question, bien en amont de celle de la pertinence d’un programme ou d’une méthode politique tel que celui ou celle impulsé par Emmanuel Macron, est très fondamentalement la suivante : comment recréer les conditions de possibilité de l’exercice politique, les conditions de possibilité d’une parole politique ? La bataille, ou la Révolution la plus difficile à mener sera celle-là : faire en sorte qu’une parole politique puisse à nouveau exister, puisse à nouveau être rendue audible, dans un espace qui n’est pas tant saturé (comme on voudrait le croire) que vidé : vidé de toute substance, de toute réelle consistance.

Je n’ai jamais milité, je me sens cependant très engagée, et le point précédent m’a sauté au visage lorsque j’ai souhaité il y a peu me rendre sur un marché, non pas pour « tracter » pour le mouvement En Marche !, mais pour recréer un espace d’échange, une possibilité de discuter et de rencontrer réellement l’Autre. Quelle ancre peut-on imaginer jeter, qui permettra qu’un discours (celui d’un homme politique, le mien, celui de n’importe quel passant faisant l’exercice de son jugement) paraisse bel et bien arrimé au réel, dise quelque chose du réel et permettre de le transformer ? « Tous les mêmes », « un banquier », « un traître », etc. L’espace est à la fois saturé de bruits de village et vidé de toute possibilité d’énoncer, de chercher ou de construire ensemble une parole nouvelle.

Le savoir quel qu’il soit (politique, en particulier) est chose qui s’élabore…

L’espace politique, qui est fondamentalement un espace de réflexion, de discussion, de négociation, de proposition et d’action, est jour après jour un peu plus menacé par une espèce invasive, la communication. Que l’on bascule dans une ère de communication généralisée, et tout ne sera plus que bruits. Il n’y aura plus possibilité de l’inouï.

Le procès récemment fait à Facebook d’avoir favorisé (pour ne l’avoir pas empêché) la circulation de n’importe quelle rumeur au bénéfice du candidat républicain Donald Trump, et d’avoir permis ce faisant son élection à la présidence des Etats-Unis, est un procès que l’on pourrait tenir contre la société de communication en entier.

Je citerai à nouveau ici la philosophe Simone Weil, qui (en 1943) écrivait : « Le besoin même de liberté, si essentiel à l’intelligence, exige une protection contre la suggestion, la propagande, l’influence par obsession. Ce sont là des modes de contrainte, une contrainte particulière, que n’accompagnent pas la peur ou la douleur physique, mais qui n’en est pas moins une violence. La technique moderne lui fournit des instruments extrêmement efficaces »[1].

“Le besoin même de liberté, si essentiel à l’intelligence, exige une protection contre la suggestion, la propagande, l’influence par obsession.” (Simone Weil, 1943)

Ce qu’elle imaginait alors opposer à ce pouvoir de suggestion : « l’action publique, comme mode d’éducation du pays »[2]. « Depuis la Renaissance, l’activité publique n’a jamais été conçue sous cet aspect, mais seulement comme moyen pour établir une forme de pouvoir regardée comme désirable à tel ou tel égard »[3] (ou encore : « On ne regarde presque jamais la politique comme un art d’espèce tellement élevée. C’est qu’on est accoutumé depuis des siècles à la regarder seulement, ou en tout cas principalement, comme la technique de l’acquisition et de la conservation du pouvoir »[4], ce à quoi elle oppose donc « l’action publique, comme mode d’éducation du pays »).

On en revient à cette mission d’éducation, au cœur du projet émancipateur de la République. Et à tout ce que notre époque laisse entrevoir de neuf pour se remettre inlassablement au service de cette mission, que l’on parle des nouveaux outils de travail ou de transmission de savoirs en ligne (les Massive Online Open Courses, ou MOOC, en particulier), de la dynamique créatrice de professionnels de l’éducation en de nombreux points du territoire, de la place que peuvent avoir « l’erreur » et « l’échange entre pairs », etc.

François Taddéi, véritable chercheur (penseur et disrupteur) dans le domaine de l’éducation et de la recherche, directeur de recherche à l’Inserm et directeur du Centre de Recherches Interdisciplinaires, pointe ceci d’essentiel à mes yeux : nous n’apprenons pas (nulle part ou insuffisamment…) à nos enfants cette forme d’intelligence qui est pourtant la plus décisive aujourd’hui, celle de savoir redéfinir soi-même les problèmes.

Nous n’apprenons pas à nos enfants cette forme d’intelligence qui est pourtant la plus décisive aujourd’hui, celle de savoir redéfinir soi-même les problèmes.

Cette capacité de recherche (toujours elle ! — cf. Entrepreneurs, chômeurs, réfugiés… Des figures de mobilité), qui est d’abord capacité à formuler un problème qui vaille la peine d’être résolu, voilà ce que nulle machine ne peut faire à notre place ; voilà où « se crée [une grande partie de] la valeur aujourd’hui ». Je cite in extenso François Taddéi, pour rendre raison de son raisonnement :

Question des journalistes[5] : « Le système éducatif souffre de nombreux maux. N’est-il plus adapté au monde d’aujourd’hui ? »

Réponse de François Taddéi : « Souvenez-vous de ce jour de 1996 où Garry Kasparov, alors champion du monde d’échecs, a perdu contre l’ordinateur Deep Blue. Cette année-là, le magazine The Economist titrait « Si votre métier ressemble à un jeu d’échecs, préparez-vous à changer de métier. » Aujourd’hui, notre système éducatif est fondé en grande partie sur la capacité des élèves à développer leur logique et leur mémoire, un peu comme au jeu d’échecs. Donc très clairement, on peut dire : « si notre système éducatif ressemble au jeu d’échecs, préparons-nous à changer de système éducatif. » On pourrait dire qu’il y a trois niveaux d’intelligence. Le premier consiste à résoudre des problèmes déjà connus. Le deuxième, à résoudre des problèmes que personne n’a résolu avant (ce qui nécessite d’innover). Le troisième consiste à redéfinir soi-même les problèmes et à les résoudre, tout en se posant des questions d’ordre éthique. Aujourd’hui — et dans le meilleur des cas — nos systèmes éducatifs forment les élèves à résoudre des problèmes. Or, les machines résolvent déjà les problèmes connus. Si on veut avoir du travail et faire des activités utiles à l’avenir, il faut au moins être au niveau 2 ou au niveau 3. Le système éducatif français promeut tout sauf la capacité des enfants à coopérer pour résoudre de nouveaux problèmes, ce que les entreprises font pourtant au quotidien. Quant à la capacité à redéfinir les problèmes, elle n’est pas du tout enseignée. Pourtant, c’est là que se crée la valeur aujourd’hui. »

Il faudrait probablement amender, car c’est bien l’objet de l’enseignement de la philosophie au moins, en classe de Terminale, que d’apprendre à interroger, ou à redéfinir soi-même les termes de questions qui vaillent la peine d’être posées. Un ami, professeur de philosophie, me racontait récemment la détresse d’une de ses collègues, professeure principale d’une classe « Gestion-Administration » dans un lycée professionnel. « Classe poubelle » d’un « lycée poubelle », me dit-il attristé, non pour créditer ces termes de quelque réalité, mais pour pointer ce fait, trop généralement avéré, du peu de considération et par là de moyens que l’on accorde à ceux qui en ont le plus besoin. Sa réponse : proposer quelques heures de philosophie à ceux à qui on ne propose rien[6]. Une heure une première fois, devant une classe d’une vingtaine de lycéens / lycéennes, sur le thème : peut-on maîtriser ses émotions ? Et puis, une deuxième heure. Et une troisième. Et finalement une sortie dans un musée et dans une librairie de la grande ville à côté, que la plupart n’avaient jamais visitée. On ne parle pas ici de moyens ou de remèdes extraordinaires. Mais d’une simple attention à des situations réelles : celles d’adolescents tout aussi assoiffés que d’autres, auxquels on ne juge pas décisif de s’adresser (d’adresser le message, ou l’exercice de la philosophie, en l’occurrence) ; celles de jeunes « assignés » d’une banlieue mal cotée, qu’on ne pense pas à aider afin qu’ils puissent franchir les quelques kilomètres les séparant d’un centre économique, culturel, etc.

On ne parle pas ici de moyens ou de remèdes extraordinaires. Mais d’une simple attention à des situations réelles.

J’en reviens à François Taddéi et à cette ossature manquante, le plus souvent, dans nos enseignements [7] : apprendre à redéfinir les problèmes et à coopérer. Si c’est là un enjeu décisif pour notre système éducatif, c’en est un également, plus généralement, pour notre société. J’ai l’habitude de considérer que là où il n’y a pas de solution, c’est que le problème est mal posé. « Chômage de masse », « crise des réfugiés » (voire même « environnement », « sécurité », « inégalités »…) : il faut sans cesse retravailler les termes, voir ce qui peut bouger et nous faire avancer.

Là où il n’y a pas de solution, c’est que le problème est mal posé.

L’autre face de cette dynamique de recherche, qu’elle soit experte ou profane, est un « droit à l’erreur » qu’Emmanuel Macron a thématisé par ailleurs[8]. Il n’y a pas d’échec, il n’y a qu’une capacité à se relever. L’échec est un autre de ces crochets auxquels on voudrait pendre la plupart de ceux qui ont essayé. J’en sais quelque chose pour avoir vécu la liquidation d’une société, dans laquelle je m’étais financièrement et professionnellement très lourdement engagée et que je traine encore comme un boulet. Et je connais, moi aussi, une façon de ne pas tomber : c’est de ne jamais se lever !

François Taddéi évoquait un jour devant moi les maillons d’une chaîne menant à la sagesse. Ce que je pourrais traduire comme suit : data < information < connaissance < sagesse. Les data doivent être élaborées pour devenir de l’information ; l’information doit être élaborée pour devenir de la connaissance ; la connaissance doit être élaborée pour devenir de la sagesse. Mais ne vit-on pas aujourd’hui sous la menace de plus en plus réelle d’une rupture entre information et connaissance (sous le poids des data ?) ?

Nous devons accompagner, nourrir, faire grandir partout une dynamique de recherche (d’essais — erreurs, d’apprentissage et d’élaboration de nouveaux savoirs) d’ores et déjà existante en de nombreux points. Nous devons organiser ce temps, ou cette dynamique sociale de la recherche. Nous devons l’organiser à l’école (à l’exemple des expérimentations remarquables portées par François Taddéi). Nous devons l’organiser pour les chômeurs, ou « chercheurs d’une activité rémunérée qui convient ». Mais nous devons aussi l’organiser pour les professionnels en activité (salariés d’entreprise, fonctionnaires, travailleurs indépendants…), afin que le travail ne soit pas, comme il menace tendanciellement très régulièrement de le (re)devenir, cette chose qui abrutit, qui épuise et qui vide, travail réduit à un « faire » indéfiniment répété, jusqu’à ce que le travailleur soit bon à jeter.

Nous devons organiser ce temps, ou cette dynamique sociale de la recherche : à l’école, pour les chômeurs, pour les professionnels en activité…

J’insiste sur les trois termes : le travail est à la fois le lieu d’un « faire », d’un apprentissage et d’un partage. Quand bien même nos meilleures théories oublient de le thématiser, il faut le rappeler fermement[9]. Il y a bien longtemps que le travail / notre capacité de travail serait épuisée (et remplacée purement et simplement par celle de quelque robot)[10], s’il n’en était ainsi ; s’il n’y avait pas chaque fois (ou le plus souvent), en même temps qu’un « faire », un apprentissage et un partage. J’apprends de l’autre, de la situation, et je renouvelle, ce faisant, ma capacité à faire. Je partage ou transmets quelque chose de moi dans la situation et, ce faisant, j’en entraine un autre que moi dans cette capacité productive.

Le travail, c’est l’actualisation très pratique d’un certain vivre-ensemble, je l’écrivais dans un autre billet. Il n’y a pas d’à-côté. Ou plus exactement : s’il y a des à-côtés (car toutes les activités ou les temps de la vie individuelle et sociale n’ont pas vocation à s’inscrire sous le rapport du travail), ils ne doivent pas nous amener à désinvestir le travail, le moment du travail, comme fin en soi.

Le travail est à la fois le lieu d’un “faire”, d’un apprentissage et d’un partage. C’est l’actualisation très pratique d’un certain vivre-ensemble.

Le travail n’est pas un moyen (gagner de l’argent, exister socialement…) pour, dans un second temps (après une journée de travail, après une semaine harassante, ou même après quarante années de vie professionnelle menée tambour battant), réussir humainement (s’engager dans des activités qui font sens, prendre soin de soi et des autres, etc.). Car alors, il ne reste que la portion congrue (si même il reste quelque chose), que la disponibilité d’un travailleur épuisé qui a cru pouvoir « séquencer » (d’abord le travail, ensuite le sens, pour le dire rapidement).

Le travail, comme n’importe quel instant, doit être investi pleinement, comme une fin en soi, comme cette actualisation très pratique, ordinaire, quotidienne, de notre vivre-ensemble. Il ne faut pas attendre l’instant d’après. C’est ici et là que j’existe, que cet « ici et là » désigne ce que je suis en train d’accomplir en tant que travailleur salarié sollicité sur telle ou telle tâche, ou ce que je suis en train d’accomplir en tant que membre d’une association, résidant de mon quartier, mère de deux jeunes enfants, etc.

J’en reviens à cette capacité de recherche, et à cette dynamique qu’il faut accompagner partout, à l’école, à l’université, dans les laboratoires de recherche, bien sûr ; mais également tout au long d’une vie professionnelle, que l’on soit en recherche ou en poste. Ce pourrait être, à ce titre, un élément intéressant à verser au débat du « temps de travail » en France : comment organiser / accompagner ce temps social de la recherche, y compris pour des travailleurs salariés ?

On connaît la réponse apportée par une entreprise comme Google, sur le papier : 80% de temps de travail consacré à la mission pour laquelle le travailleur est payé, 20% de temps de travail dédié à « ses recherches personnelles ». On a moins communément en tête d’autres « mises en forme » d’une dynamique de recherche, apparues dans nombre d’entreprises (sans être toujours perçues comme telles) et qui grignotent de fait le temps de travail des collaborateurs mobilisés : elles ont pour point commun d’interrompre le cours « normal » de leur activité, dans l’idée qu’ils y reviennent « augmentés », stimulés par une expérience d’un ou de quelques jours, d’agilité, de créativité, de découverte engageante d’autres univers, d’autres savoirs, d’autrui.

Je pense à deux formats en particulier (ou deux intrusions d’une certaine forme de recherche, dans la dynamique temporelle de l’entreprise) : « Lab session » d’une part (et variantes : « learning expedition », « conférences du futur », « hold-up », « hackathon », « atelier de simulation », « de co-création », « de prototypage rapide », etc.) et « mécénat de compétences » d’autre part.

Il faudrait reconsidérer cette question du mécénat de compétences en France, afin qu’on soit bien à même de le penser, non comme un « simple » dispositif permettant de libérer du temps de travail d’un salarié, au bénéfice d’une association, avec très forte incitation fiscale de l’Etat ; mais comme une véritable stratégie RH, permettant de développer de nouvelles compétences (capacité de comprendre et d’agir) de collaborateurs volontaires dans l’entreprise, au moyen de ce détour par un autre que soi / son business / ses tâches habituelles.

Il faudra à l’avenir reconsidérer et penser le mécénat de compétences comme véritable stratégie RH, permettant de développer de nouvelles compétences (capacité de comprendre et d’agir) de collaborateurs dans l’entreprise, au moyen de ce détour par un autre que soi.

Si le sujet m’importe[11], je ne le traiterai pas dans le détail ici, m’en tenant à ce point : se développe dans de plus en plus d’entreprises, presque incidemment (ou sans que la chose soit nommée), une « dynamique de recherche », qu’il y aurait à mieux saisir ou caractériser que je ne le fais, pour être à même surtout de mieux l’organiser et de l’accompagner.

Porte-parole : celui qui porte une parole d’un point à un autre et, ce faisant, la transforme…

Chacun, et d’abord tout homme politique, doit avoir un triple souci. Il faut avoir le souci d’apprendre. Le souci de réfléchir et de poser une opinion personnelle (= le souci de poser une parole). Et le souci de transmettre. Le souci de transmettre, sans souci de la parole donnée, c’est ce qu’on appelle la communication. Le souci de la parole, sans le souci d’apprendre et d’écouter, c’est ce qu’on appelle l’orgueil. Le dialogue est à la fois en amont et en aval de la possibilité d’une véritable parole politique.

Le dialogue (le « dialogue social » en particulier, quel beau programme !) n’est pas un luxe. Il doit être au cœur. C’est l’approche d’Emmanuel Macron. Le dialogue, ou l’intelligence de ceux qui circulent entre les points de vue et entre les mondes. L’intelligence des passeurs, des connecteurs, de ceux qui prennent le risque d’énoncer une parole entre (entre les disciplines, entre les religions, entre les groupes d’intérêts quels qu’ils soient, politiques, économiques, communautaires, etc.), plutôt que d’être les dépositaires des termes d’un seul monde.

L’intelligence des passeurs, des connecteurs, de ceux qui prennent le risque d’énoncer une parole entre (entre les disciplines, entre les religions, entre les groupes d’intérêts quels qu’ils soient), plutôt que d’être les dépositaires des termes d’un seul monde…

A ce titre, au passage, il est attristant de voir reprocher à Emmanuel Macron d’être passé par la banque, et par le gouvernement, et par je ne sais quoi d’autre encore. Comme si la politique des mains vierges, de celui qui n’a jamais été voir, n’a jamais endossé d’autres habits que ceux sous lesquels il se présente, pouvait être tenue pour un titre de gloire. Comme s’il n’y avait pas au contraire, et pour chacun, à circuler entre de multiples points de vue sur le monde, pour essayer de les comprendre (étymologiquement : prendre ensemble) toujours plus. Mais comment fera-t-on société ?

Aussi, il ne suffit pas de « durcir notre réponse face aux discriminations », celles qui « se construisent sur les différences de sexe, d’origines, d’orientation sexuelle, d’opinions, de handicaps ou d’états de santé » (Emmanuel Macron, op. cit., p. 141), quoique cette réponse puisse compter. Il faut faire entendre, et travailler à montrer en tout point que ce soit, la valeur véritable de la diversité. A l’heure où on ne parle que « créativité », « agilité », nécessité de penser « out of the box », etc., il y a un douloureux paradoxe à ne même pas savoir adopter le point de vue de celui qui est en face.

J’ai beaucoup appris de Bruno Latour, autre compagnon de route et maître à penser, et d’abord à me poser ces questions simples : « Combien sommes-nous ? » et « Pouvons-nous vivre ensemble ? »[12]. C’est la tâche du sociologue en particulier que de prendre la mesure des distances à combler, des différences à composer, du monde à relier, afin que nous tenions ensemble. « Etudier revient toujours à faire de la politique, au sens où cette activité collecte ou compose ce dont le monde commun est fait. La question délicate est de découvrir quelle sorte de collecte et quelle sorte de composition sont nécessaires. »[13] Autrement dit : quelle sorte d’attachements construit l’individu en même temps que le collectif. « La question n’est pas de combattre les catégories, mais plutôt de se demander : cette catégorie contribue-t-elle à vous assujettir ou à vous subjectiver ? La liberté ne consiste pas en l’absence d’attachements, mais bien à s’affranchir des mauvais attachements. »[14]

C’est la tâche du sociologue en particulier que de prendre la mesure des distances à combler, des différences à composer, du monde à relier, afin que nous tenions ensemble.

Je voudrais m’arrêter un instant sur cette question de l’attachement, que d’autres abordent de manière immédiatement plus rigide ou plus dure via les termes d’appartenance (appartenance de classe, appartenance communautaire…) ou d’identité (identité religieuse, identité nationale…). Termes extrêmement lourds, qui d’une certaine manière kidnappent l’individu (l’être réel ou le « je ») ou, dans le langage d’Emmanuel Macron, « l’assignent à résidence (« tu es un ouvrier », « tu es un patron », « tu es un musulman », « tu es un catholique », etc.), sans espoir qu’aucune partie de lui-même en réchappe, échappe à cette appartenance, ou cette identité une fois pour toute donnée.

« L’appareil disciplinaire » en quoi consiste, comme tout autre discipline, la sociologie (outillage intellectuel, ou appareil à domestiquer, en le décryptant, le réel) n’a pas été pour rien dans l’apparition de tels énoncés. Même si la sociologie a depuis fait sa mue, pour penser moins des identités (à la façon de la sociologie critique de Pierre Bourdieu notamment) que les activités ou les actions réelles dans lesquelles chacun se trouve engagé, et par lesquelles se trouvent ou non exprimés, et actualisés, des appartenances, des attachements.[15]

Il faut prendre garde à un point cependant, ou à un risque dormant sous le refus de réifier par trop l’identité ou l’appartenance de tel ou tel individu à un groupe communautaire, une religion, une catégorie socioprofessionnelle, etc. : celui de ne jamais considérer, ou de ne jamais encourager assez l’enracinement de chacun, les multiples enracinements qui donnent force à chacun.

L’enracinement n’est pas l’appartenance. L’appartenance muselle. Elle réduit l’individu à l’ensemble auquel il appartient. L’enracinement libère tout au contraire. Qui plante loin ses racines peut s’élever haut et tenir quelles que soient les tempêtes. Ce thème est très présent chez Simone Weil. J’y reviens par la suite.

L’appartenance muselle. Elle réduit l’individu à l’ensemble auquel il appartient. L’enracinement libère tout au contraire. Qui plante loin ses racines peut s’élever haut et tenir quelles que soient les tempêtes.

Je signale simplement à ce stade qu’au risque du déracinement s’ajoute celui du relativisme. Sans attache réelle, travaillée, approfondie et actualisée par tel ou tel de mes actes, je ne suis qu’un fétu de paille, emporté au grès des modes ou de l’actualité. Tout se vaut. Et je ne m’engage en rien. C’est un contresens complet de ce que signifie ce devoir de reconnaissance de l’Autre, de son altérité, de sa respectabilité. Reconnaître qu’il y a de nombreux chemins d’accès à la vérité (reconnaître l’égale dignité de plusieurs religions, en particulier) ne signifie aucunement que je ne dois m’engager sur aucun. Je n’ai aucune chance d’approcher peu ou prou quelque vérité (que l’on parle du vrai, du beau, du juste, etc.) si je n’avance pas, moi, avec une exigence perpétuellement renouvelée, sur au moins l’un de ces chemins. Cette proposition est une évidence, une fois énoncée.

Je cite une nouvelle fois Simone Weil : « L’art de transposer les vérités est un des plus essentiels et des moins connus. (…) Au reste, la transposition est un criterium pour une vérité. Ce qui ne peut pas être transposé n’est pas une vérité ; de même que ce qui ne change pas d’apparence selon le point de vue n’est pas un objet solide, mais un trompe l’œil. »[16]

Ce qui ne peut pas être transposé n’est pas une vérité ; de même que ce qui ne change pas d’apparence selon le point de vue n’est pas un objet solide, mais un trompe l’œil. (Simone Weil)

Voilà ce à quoi l’on devrait très solidement s’arrimer pour se prémunir toujours et partout contre tout absolutisme de la pensée. La vérité ne peut être possédée, elle peut seulement être cherchée. L’éclat trouvé et partagé par chacun (l’éclat du beau avec tel artiste, l’éclat du juste avec tel citoyen, l’éclat du vrai avec tel scientifique ou penseur, etc.) permet, point à point, de l’approcher. Invitation forte à ouvrir et à entretenir le dialogue.

L’espace politique et le risque du déracinement

Je termine à ce stade sur quelques fragments piochés chez Simone Weil sur cette notion de déracinement et son possible lien à la question d’une parole et d’un espace politique où chacun se sente « chez soi ».

Simone Weil analyse un phénomène historique en particulier : le déracinement ouvrier, pris dans un déracinement plus général qui touche toute la société[17]. « Depuis plusieurs siècles, les hommes de race blanche ont détruit du passé partout, stupidement, aveuglément, chez eux et hors de chez eux. (…) La destruction du passé est peut-être le plus grand crime. (…) Il faut arrêter le déracinement terrible que produisent toujours les méthodes coloniales des Européens, même sous leurs formes les moins cruelles. Il faut s’abstenir, après la victoire, de punir l’ennemi vaincu en le déracinant encore davantage (…) Il faut aussi avoir en vue, dans toute innovation politique, juridique ou technique susceptible de répercussions sociales, un arrangement permettant aux êtres humains de reprendre des racines. »[18]

Et encore, cette lecture radicale du malheur ouvrier : « On ne détruira pas la condition prolétarienne avec des mesures juridiques, qu’il s’agisse de la nationalisation des industries clefs, ou de la suppression de la propriété privée, ou de pouvoirs accordés aux syndicats pour la conclusion de conventions collectives, ou de délégués d’usines, ou du contrôle de l’embauche. Toutes les mesures qu’on propose, qu’elles aient l’étiquette révolutionnaire ou réformiste, sont purement juridiques, et ce n’est pas sur le plan juridique que se situe le malheur des ouvriers et le remède à ce malheur. (…) On ne peut pas chercher dans les revendications des ouvriers le remède à leur malheur (…) Ce qu’on peut chercher dans leurs revendications, c’est le signe de leurs souffrances. Or les revendications expriment toutes ou presque la souffrance du déracinement. »[19]

Vient cette proposition que l’on peut entendre encore aujourd’hui, et pour bien d’autres que les seuls ouvriers : « Il faut qu’ils se sentent chez eux dans le monde de la pensée. Quelle participation, et quelle culture ? C’est un débat qui dure depuis longtemps. (…) Si notre culture était proche de la perfection, elle serait située au-dessus des classes sociales. Mais comme elle est médiocre, elle est dans une large mesure une culture d’intellectuels bourgeois, et plus particulièrement, depuis quelque temps, une culture d’intellectuels fonctionnaires »[20].

La question politique devient : comment faire en sorte que chacun, le plus grand nombre, puisse à nouveau se sentir « chez soi », dans un espace de pensée et d’action qui ne soit pas réservé à quelques-uns ? que chacun puisse poser une parole et en entendre d’autres ? etc. C’est à la fois, mais ce n’est pas seulement une question d’instruction (Simone Weil : « la formation d’une jeunesse ouvrière implique une instruction, une participation à une culture intellectuelle »[21]). C’est aussi une question de repérage et de balisage de l’espace politique.

La question politique devient : comment faire en sorte que chacun, le plus grand nombre, puisse à nouveau se sentir « chez soi », dans un espace de pensée et d’action qui ne soit pas réservé à quelques-uns ?

On m’a parlé récemment d’une proposition qui allait dans le bon sens : que tous les étudiants, quelque cursus qu’ils suivent, dans quelque établissement que ce soit, sortent de leurs études en maîtrisant non pas une, mais deux langues européennes (si l’on retient cette échelle de l’Europe, où il y a tant à faire) : le français et une autre langue européenne. Pourquoi deux langues, et pourquoi cela irait-il dans le bon sens ? Parce que l’apprentissage d’une langue autre que la sienne (et on peut entendre ce mot « langue » en un sens large : apprentissage de la langue « des anciens », apprentissage de la langue « des travailleurs » ou « des patrons », « des blancs » ou « des beurs », etc.) est déjà apprentissage de l’altérité : d’une autre façon d’énoncer, mais aussi de penser, et donc d’agir dans le monde.

Il n’y a rien de plus essentiel que cette capacité à passer d’une langue à une autre ; rien de plus essentiel que cette capacité à mesurer ou faire le trajet d’une différence. En introduction d’un travail phénoménal commencé sous sa direction (le Vocabulaire européen des philosophies, ou dictionnaire des « intraduisibles »[22]), Barbara Cassin note : « Les perspectives sont constitutives de la chose, chaque langue est une vision du monde qui attrape un autre monde dans son filet, qui performe un monde, et le monde commun est moins un point de départ qu’un principe régulateur »[23].

Le « monde commun » est un principe régulateur : je trouve la formulation assez juste. C’est à la fois ce qui autorise des positions particulières ET une circulation entre ces positions. Ce que l’on pose, ou ce que l’on se reconnaît comme espace commun (famille, ville, entreprise, région, nation, Europe…, et l’on appartient toujours à plusieurs de ces espaces) est ce qui permet à la fois d’occuper une position particulière (sans espace donné, délimité, que l’on se reconnaît, il n’y a pas de coordonnées, et pas d’enracinement possible ; sans « famille », il n’y a pas de « père » ; etc.) ET de se rapporter à d’autres, de faire déjà le voyage d’une position à l’autre, en prenant la mesure d’une distance.

Ce que l’on se reconnaît comme espace commun (famille, ville, nation, Europe…) est ce qui permet à la fois d’occuper une position particulière ET de se rapporter à d’autres, de faire déjà le voyage d’une position à l’autre, en prenant la mesure d’une distance.

L’espace politique commun quel qu’il soit (et il y en a donc de nombreux, selon l’échelle à laquelle on se place — de la ville à l’Europe, pour le dire rapidement) est une volonté. Ce n’est pas un point de départ (un fait géographique, un fait de sang ou autre, auquel on devrait se plier), mais un principe régulateur qu’on se donne, qui consiste à la fois à reconnaître les dimensions de l’espace en question (et donc la diversité des points qu’on y peut occuper) et à reconnaître dans le même temps ses propres coordonnées (son enracinement).

Pour le faire vivre, il y faut la volonté de chacun.


[1] Op. cit., p. 1042.

[2] Op. cit., p. 1144.

[3] Op. cit., p. 1145.

[4] Op. cit., p. 1163.

[5] Jérémie Ferrer-Bartomeu et Olivier Cohen de Timary, dans la revue Socialter, n°3, février — mars 2014 (Dossier spécial Education « Allumer le feu. Ceux qui font les innovations éducatives de demain »). L’interview de François Taddei se trouve p. 44 à 47. La réponse citée se trouve p. 45.

[6] L’enseignement de la philosophie n’est pas prévu dans ces filières professionnelles.

[7] Je me sens moi-même concernée par cette difficulté, ayant eu l’occasion d’intervenir un certain nombre de fois à l’université, en école supérieure ou au lycée.

[8] Meeting du 10 décembre 2016 à Paris, notamment.

[9] Ce qu’entreprend du reste de faire le collectif réuni autour d’Olivier Favereau, dans un ouvrage récent (Olivier Favereau (dir.), Penser le travail pour penser l’entreprise, Paris, Presses des Mines, 2016). Je le cite : « L’institution « entreprise » est aujourd’hui en péril, non seulement en tant que collectivité humaine mais aussi en tant que moteur du dynamisme économique, depuis son apparition dans le dernier tiers du XIXème siècle. Un double péril avec une même logique : la « grande déformation » de l’entreprise, assimilée à un quasi-actif financier, évaluable à tout instant sur un marché financier globalisé et indéfiniment sécable en centres de profit. (…) Avec cette conséquence : se trouvent directement et gravement menacées non seulement cette chose essentielle et énigmatique qui s’appelle le goût du travail, mais aussi la capacité de création collective, cette autre chose essentielle et énigmatique, qui est, selon nous, le marqueur historique et le ressort principal de l’institution « entreprise » » (op. cit., p. 16). Suit cette « autre » modélisation du travail, nouvelle arme de l’analyse : « Nous allons faire du travail, tel qu’il est sollicité par l’entreprise, une variable à trois dimensions : capacité de production / capacité de coopération / capacité d’innovation » (idem, p. 17). Ce qui résonne avec les termes que j’emploie (le travail comme lieu d’un « faire », d’un apprentissage et d’un partage).

[10] Je l’ai dit, je ne crois pas à cette « menace » de la robotisation ; pas telle qu’elle est le plus souvent formulée, en tout cas.

[11] C’est de fait un des enjeux du programme pilote lancé par l’association Kodiko dans de premières entreprises partenaires : former, et accompagner l’engagement des collaborateurs volontaires aux côtés des personnes réfugiées, afin que le mécénat de compétences puisse être perçu et valorisé pour ce qu’il est, un véritable développement de compétences des collaborateurs dans l’entreprise. Du reste, cette forme d’engagement, mentorat par un professionnel en activité d’un professionnel en (re)devenir (que l’on parle de personnes réfugiées, de chômeurs de longue ou de moins longue durée, de jeunes en attente d’entrer sur le marché du travail, etc.), ou « co-training » comme nous préférons l’appeler au sein de l’association Kodiko, est une réponse concrète, qu’il y aurait à systématiser, à cette dualité du marché du travail qui se trouve partout pointée (des insiders d’un côté, qui le plus souvent ignorent tout de la recherche d’emploi ou de la création d’activité aujourd’hui, et par là se trouvent bloqués ; et des outsiders de l’autre côté, qui peinent eux à entrer ou ré-entrer sur le marché). L’accompagnement bénévole de chômeurs au sein des groupes « entreprises » de Solidarités Nouvelles face au Chômage notamment, le parrainage par des actifs de jeunes dans le cadre de Mozaïc RH ou de l’Association Frateli sont d’autres déclinaisons de cette volonté de « jeter des ponts » entre insiders et outsiders.

[12] Interrogations travaillées dans de nombreux ouvrages, écrits à une ou à plusieurs voix, en particulier : Bruno Latour, Changer de société — Refaire de la sociologie, Paris, La découverte 2006 ; Bruno Latour & Pasquale Gagliardi (dir.), Les Atmosphères de la politique. Dialogue pour un monde commun, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Seuil, 2006 ; ou encore : Bruno Latour, Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie, Paris, La découverte, 1999.

[13] Bruno Latour, Changer de société, op. cit., p. 370.

[14] Op. cit., p. 332.

[15] J’ai thématisé ce glissement en sociologie, notamment dans un travail de thèse : Penser la valeur d’une œuvre. Propositions pour une sociologie de la musique responsable, thèse de doctorat en sociologie et musicologie, soutenue à l’Université Lille 3 (2005), prix de thèse du Musée du Quai Branly (2007), dont la première partie a été publiée aux éditions du Cerf, sous le titre : Le Bel aujourd’hui. Bach ou Boulez, des œuvres à faire (2011). Je cite ces termes qui composent « l’ouverture » : « L’action est ce qui nous rassemble, de fait. La densité du filet (ce que l’on nomme « communauté », ou « collectivité ») tient à la densité de ce que l’on fait ensemble. Encore faut-il ne pas se méfier de l’action ! Ne pas la borner à un champ étriqué (telle et telle entité agissent, mais non pas telles autres — et ce ne sont pas les mêmes que les uns et les autres prennent pour agissantes : Dieu pour les uns, la Nature pour d’autres, le Social ici, l’Inconscient là-bas ou bien l’Individu…) ; ne pas la déduire d’identités arrêtées (l’action ne serait jamais que l’expression d’une position dans l’espace social) ; et encore ne pas l’étouffer, la trahir par un vocabulaire limité (un vocabulaire ajusté aux seules actions des hommes). Autrement dit : encore faut-il se donner la possibilité d’être réellement surpris par l’action. L’action est toujours invention, disons plus exactement : réinvention du monde, requalification de ce et ceux qui y participent, réappropriation d’objets, de discours, de techniques passés et de projets futurs. L’action spécifie les actants, leur renvoie en retour une « identité » (toujours temporaire) d’agents ; non l’inverse. (…) Voilà comment travaillent un certain nombre de sociologues aujourd’hui. Voilà le message qu’ils peuvent colporter, en lieu et place de ce qui domine encore trop généralement nos esprits, et les déprime : la sociologie des grandes forces, de ce qui nous dépasse, nous fait (prétendument) agir et (plus certainement) nous pousse à ne plus agir (car, de toute façon, « ça » agit). Non pas que les pensées critiques, constructivistes, etc., n’aient eu leur efficacité pour décrire et construire le monde dans lequel nous vivons. Mais elles semblent aujourd’hui dépassées, ne plus coller à notre réalité faite de quantité d’existants et d’autant de formes d’action et d’expression (…) » (Maÿlis Dupont, op. cit., p. 13–15).

[16] Op. cit., p. 1068.

[17] « Le déracinement qu’on pourrait nommer géographique, c’est-à-dire par rapport aux collectivités qui correspondent à des territoires. Le sens même de ces collectivités a presque disparu, excepté pour une seule, pour la nation. Mais il y en a, il y en a eu beaucoup d’autres. » (Simone Weil, L’Enracinement, op. cit., p. 1087). Et plus loin elle précise : « La nation seule, depuis déjà longtemps, joue le rôle qui constitue par excellence la mission de la collectivité à l’égard de l’être humain, à savoir assurer à travers le présent une liaison entre le passé et l’avenir. (…) [La famille, la profession… ne comptent pas ou plus à cet égard.] Le village, la ville, la contrée, la province, la région, toutes les unités géographiques plus petites que la nation ont presque cessé de compter. Celles qui englobent plusieurs nations ou plusieurs morceaux de nations aussi » (id., p. 1088).

[18] Id., p. 1057–1058.

[19] Id., p. 1058.

[20] Id., p. 1066.

[21] Id., p. 1066.

[22] « Le Vocabulaire européen des philosophies est un « dictionnaire des intraduisibles » en ce qu’il explicite dans son domaine [la philosophie] les principaux symptômes de différence des langues » (Vocabulaire européen…, sous la direction de Barbara Cassin, Paris, Ed. du Seuil / Dictionnaires Le Robert, 2004, p. XVIII). Il y aurait à entamer ce travail en bien d’autres domaines, politique et social en particulier.

[23] Op. cit., p. XX.

[24] « Tous avec moi sont convaincus que pour y parvenir nous devons faire confiance à nos concitoyens et ne jamais perdre de vue la réalité. (…) Ils renouent avec ce que la politique a de plus noble : transformer le réel, déployer l’action, restituer le pouvoir à ceux qui font. » (op. cit., p. 262).