Yahoo, l’annuaire

Il y a 20 ans, le Mythe Internet, notre rêve à tous d’un monde meilleur

Souvenons, c’était juste il y a 20 ans…

Qu’avons-nous gardé comme instants de mémoire de nos premières connexions avec Modem 28,8 Kbps et consorts chez Compuserve, HavasOnLine, Infonie, WordOnLine et autres fournisseurs d’accès à l’Internet ?

De la découverte des premières pages de sites foisonnants où les textes régnaient en maître.

L’image était rare et souvent en bandeau ou carré.

Les forums se faisaient discussion.

Les FAQ (Foires aux Questions) orientaient tant bien que mal les internautes dans leurs pérégrinations de navigation.

Modem des années 90

Surfer se faisait alors avec Netscape NavigatorYahoo était alors un annuaire et Amazon, un lilliputien du Web.

Nous étions d’un enthousiasme naïf : Internet comme espoir de rompre avec les frontières, Internet comme bien commun de l’humanité, Internet comme vaste encyclopédie pour tous. Internet comme démocratie et pouvoir d’agir pour tous et par tous.

Naïveté ou aveuglement patent. Idéalistes d’Internet, nous nous dopions à coup de Gopher, de listes de discussions, d’emails salvateurs et toujours cet émerveillement d’un ailleurs possible.

Via Google, il est possible de faire marcher la machine à remonter le temps, ces moments où des chercheurs, journalistes, futurologues et experts en herbe, chercheurs et penseurs signifiaient l’Internet comme un monde en devenir, un univers bienfaiteur…

Nous parcourions alors les autoroutes de l’information avec des regards ébahis et souvent émerveillés… Pour combien de temps encore ?

Le navigateur Netscape Navigator 2.0

Internet est insupportable et ça le vaut bien

Chez Uzine, Internet c’est bien (et donc c’est insupportable) dixit Lefayot en décembre 2000, un univers déjà entamé de contradictions avec un final textuel d’un réalisme annonciateur :

“Tout cela pour dire qu’Internet est vraiment révolutionnaire, au sens strict du terme. Il promet un autre monde, qui, certes, a des chances nulles d’advenir, mais qui au moins permettra à quelques espaces de libertés de survivre. Et ça, c’est insupportable.”
Bill Gates et l’Internet

Internet ou la peur du non visible

En mars 2000, Monsieur Bisson représentant d’un fournisseur Internet à Montréal propose un espace métaphorique empli de bon sens et d’une verve acidulée pour Communautique :

“ Peur d’Internet? Regarde la gamme de toutes les expériences de ta vie, c’est la même chose avec Internet. Combien de personnes vont gagner un million à la loterie, sortir avec Ricky Martin et tomber du haut de l’Everest? La gamme d’expériences avec Internet, c’est pareil.”

Avant de conclure :

“Le but d’Internet est de devenir aussi invisible que l’électricité.”

Le site d’IBM en 1995

La bibliothèque mondiale for ever

En février 2001, le commerce électronique éveillait les passions et Daniel Gervais versait dans un lyrisme bibliothéco-optimiste :

“L’Internet permet aux créateurs du monde entier d’accéder à toutes les oeuvres mises à leur disposition pour en créer de nouvelles. Il leur permet également, dans tous les pays, d’accéder aux oeuvres qui existent déjà par-delà frontières et cultures, ce qui crée peu à peu une énorme bibliothèque mondiale à la portée de ceux qui sont reliés au réseau. Le développement économique devrait s’en trouver accéléré, car il devient possible d’accéder rapidement à l’information technique la plus récente et aux meilleures pratiques existant dans les diverses régions de la planète.”
Internet Dreaming, oeuvre de 1995

Et il faisait un rêve…

En janvier 1997, le perspectiviste Joël de Rosnay faisait le rêve d’un Web “socialisant” qui se révélerait d’une aide précieuse pour l’évolution de la société tel un sage des temps modernes… se remettant à l’épreuve des années :

“Les nouvelles technologies en elles-mêmes ne peuvent être des solutions aux problèmes de société. Comme cela a été le cas pour l’imprimerie, le téléphone, la télévision, l’automobile… ces technologies n’auront un impact social qu’en fonction de ce que les hommes (politiques, industriels et usagers) en feront.
La société informationnelle ne peut pas résoudre les grands problèmes sociaux actuels, d’un seul coup de baguette magique, mais elle permet de les poser différemment et de réunir des hommes par des informations, de leur donner le sentiment d’appartenir à des communautés et d’être utiles… Si nous parvenons, par la pédagogie de ces réseaux, à aider les hommes à donner du sens à leur vie, alors nous pouvons en partie contribuer à évoluer vers des solutions permettant de traiter ces problèmes de racisme, d’exclusion, de chômage…”

La route est encore longue, avouons-le!


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A propos de l’auteur…

Jean-Luc Raymond est Consultant formateur en projets numériques.

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  • Social Media Manager senior. Consultant en stratégies numériques. Formateur expérimenté. Conférencier.
  • Expert EPN (espaces publics numériques).
  • Chargé de cours Universités (CELSA Paris Sorbonne, Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, Paris-Dauphine…) en Stratégies numériques, Communication mobiquitaire et Sociologie des Médias Informatisés.