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Lexique Startup : 31 mots pour s’y retrouver

C’est un livre modeste qui fait un grand bruit médiatique. Sorti en février 2017, l’essai-récit de Mathilde Ramadier “Bienvenue dans le nouveau monde. Comment j’ai survécu à la coolitude des start-ups” (éditions Premier Parallèle) ose donc s’attaquer au mythe contemporain des start-ups, l’entreprise moderne et avenante avec aussi ses travers.

Cet ouvrage de Mathilde Ramadier offre un contrepoint à la représentation emblématique et économique toujours très positive de la startup : un méta-discours d’un modèle d’entrepreneuriat qui ne peut pas être remis en cause ou peu discuté parce qu’il recouvre l’avenir dans toute sa puissance : la puissance économique, l’innovation, la créativité, la nécessité de penser “disruption”, l’organisation managériale non pyramidale… Une fuite en avant qui fait qu’on ne peut pas ontologiquement avoir un discours contre la startup.

Critique de la startupshère

Rares sont les intellectuels à se positionner pour s’étonner de tant de mansuétude et de béatitude devant le modèle start up.

Peu invités dans les grands médias, ces penseurs ne cherchent pas à détruire ce qu’est la startup mais à en montrer les limites et les représentations : citons notamment le philosophe Eric Sadin (dont l’essai “La Silicolonisation du monde” connaît un grand écho depuis l’automne 2016) ou encore Bernard Stiegler qui s’intéresse de près au mot “disruption” employé à toutes les sauces.

Tous les deux ne sont pas des chercheurs et essayistes anti-numérique ou anti-technologique. Ils pointent certaines dérives.

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La start up : Enfer ou paradis ?

J’ai lu le livre de Mathilde Ramadier “Bienvenue dans le nouveau monde. Comment j’ai survécu à la coolitude des start-ups”.

A travers un récit très bien écrit, cette jeune auteur indique les travers d’une dizaine de start up pour lesquelles elle a travaillées à Berlin dans la Silicon Allee durant 4 ans (dont principalement deux dans l’ouvrage qui sont rebaptisées Vesta et The Base).

Elle ne prend jamais pour argent comptant la “novlangue” start upienne en vogue et analyse avec finesse une suite de situations cocasses qui, certes, peuvent déclencher le sourire (à distance) mais pointent l’absurdité de certains arguments, de méthodes de management, d’un marketing creux ou d’un discours infantilisant.

A son corps défendant, Mathide Ramadier ne cherche pas à détruire la “start up” : elle décrit et montre que le bagage de compétences, de connaissances et de savoir-faire qu’elle a acquis pourrait servir intelligemment aux startups dans leur développement mais que ce qui est institué au sein de ces jeunes pousses ne le permet pas. Son argumentation se base aussi sur le recours aux sciences humaines.

Considérez ce livre comme une enquête, lisez-le avant de juger des propos et du récit (vécu) de son auteur.

La start up érigée comme l’indispensable et incontournable modèle de l’entreprise contemporaine et du futur s’en trouve quelque peu malmenée de son piédestal ; un retour dans le monde réel avec ses avantages mais aussi ses inconvénients, ses espoirs et ses limites.

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Le vocabulaire startup façon critique

Voici 31 termes du vocabulaire startup selon Mathilde Ramadier :

Aventure

“Comme la plupart des jeunes débutant dans ce secteur, c’est un rêve auquel j’ai cru. Sur le papier, le projet est toujours ultra-valorisant : on nous fait croire que l’on va faire partie d’une aventure que l’on pourra écrire à notre tour, c’est un conte de fées qui repose sur une série de malentendus (…) Quand quelqu’un est viré, on nous dit qu’il est parti pour de ‘nouvelles aventures’.”(Elle, 6 mars 2017)

Bonheur

“Dans la plupart des boîtes règne une vraie tyrannie du bonheur. Il ne faut jamais se plaindre, être partant pour tous les pots. On fête les anniversaires, on nous propose des bonbons comme à des enfants de 10 ans.” (Elle, 6 mars 2017)

Bore-out (ou ennui)

“Au bout de six mois à éditer les mêmes newsletters et à supporter le « flicage » des logiciels de mesure de la productivité, c’est la démission pour cause d’ennui. Il n’y a soudain plus aucune perspective d’évolution personnelle.” (Les Echos Business, 20 février 2017)

Chef

“Pour certains patrons, ceux de Vesta et The Base que j’ai le plus approchés, c’était une vraie figure emblématique du chef, et je dirais même du messie. C’était le gars intouchable : quand il rentrait dans le bureau le matin, c’était comme s’il marchait sur les eaux.” (L’Obs, 7 mars 2017)

Communauté

“On ne parle pas d’équipe mais de communauté, et il est mal vu de se différencier, de sortir du lot. Il y a parfois un véritable culte de la personnalité autour du patron. Dans l’une des boîtes, ce dernier déboulait comme une furie dans l’open space pour nous demander un par un de liker son dernier post sur Facebook.” (Elle, 6 mars 2017)

Collègues

“Les collègues sont supposés devenir nos amis. On vit en vase clos et c’est comme ça que les heures supplémentaires passent comme une lettre à la poste.” (Les Inrocks, 4 mars 2017)

Country manager

“Je suis country manager France. Loin de m’occuper du développement commercial de la startup pour la France, comme le titre pourrait le laisser croire, je suis chargée de collecter des informations dans certains secteurs culturels en France afin d’établir une gigantesque base de données — la plus importante au monde en la matière, cela va de soi.” (France Inter, 4 mars 2017)

Discours start up

“Le discours start-up est sexy, il produit du rêve.” (Les Echos, 2 mars 2017)

Disruption

“C’est toujours un discours messianique, elles révolutionnent ceci, elles “disruptent” cela, elles apportent des solutions à vos problèmes — que souvent, vous n’aviez pas d’ailleurs ! Ça s’applique à tous les domaines de la vie.” (Les Inrocks, 4 mars 2017)

Entrepreneur de soi même

“Dans une start up, il faut être entrepreneur de soi même comme un homme sandwich 2.0. Il faut incarner toute l’idéologie de l’entreprise et gommer sa vie privée ou tout du moins la confondre avec la vie professionnelle.” (Arte, 28 février 2017)

Esprit de compétition

“Les salariés devaient afficher tous les jours leurs objectifs sur un tableau. Chaque matin, la responsable qualité de 23 ans passait nos résultats en revue. Nous étions tous sous pression. J’ai vu des gens aller mal. Une fille qui venait de Tel-Aviv s’est faite licenciée du jour au lendemain faute d’avoir atteint ses objectifs.” (L’Express, 21 février 2017)

Frigo

“Le frigo était plein de choses bonnes pour la santé, bio et à la mode (on y trouvait par exemple toutes les sortes de limonade : au maté, aux fruits rouges…) : c’est un peu comme si on voulait donner le sentiment qu’on était les pionniers de quelque chose et que la moindre chose ingurgitée devait forcément être le symbole du changement.” (L’Obs, 7 mars 2017)

Google

“J’écrivais pour des robots. J’étais manager du vide.” (L’Usine Digitale, 21 février 2017)

Hiérarchie plate

“On vous fait aussi croire qu’il n’y a plus de rapports hiérarchiques, que seule subsiste « une hiérarchie plate » : c’est faux, et je n’ai jamais pu prendre librement des initiatives. Pour ne rien arranger, tout cela s’accompagne d’un sentiment d’appauvrissement intellectuel.” (Capital, 3 mars 2017)

Licorne

“La start-up idéale, valorisée à plus d’un milliard de dollars, est d’ailleurs nommée “licorne”, preuve de plus s’il en fallait qu’il s’agit bel et bien d’un fantasme.” (Le Huffington Post, 4 mars 2017)

LOL

“La culture du «LOL» est partout, Cette amitié sert souvent à faire passer plus facilement des heures supplémentaires non rémunérées.” (Le Figaro, 8 mars 2017)

Manager

“Dans les offres d’emploi tout le monde est manager (…) Le problème est que ces faux managers sont recrutés avec des niveaux de diplômes qui permettraient justement d’aspirer à ce type de poste mais qui n’en sont pas vraiment.” (L’Usine Digitale, 21 février 2017)

Métiers

“Tous les boulots ont l’air intelligents. En tout cas, ils impressionnent (…) Ainsi “réparateur de bonne humeur” ou “magicien” désigne en réalité un vendeur ; “customer success professional” un agent du service clients ; bras droit du CEO, l’assistant du PDG ; “assistant talent recruiter”, un stagiaire en RH ; “office manager”, un secrétaire pour l’accueil et “growth hacker” un jeune geek bon à tout faire en alternance.” (Néon, 28 février 2017)

Mort de la start up

“On met les start-ups et leurs PDG sur un piédestal alors que 90% de ces entreprises échouent et qu’on ne s’intéresse pas aux petites mains qui œuvrent loin du feu des projecteurs.” (Le Huffington Post, 4 mars 2017)

Multitâche

“Lorsqu’on ne répond pas du tac au tac à une demande sur Skype, on nous ordonne d’aller plus vite, d’être encore plus « multitâche ». Dans la majorité des cas, une vraie discussion en face à face ferait pourtant gagner beaucoup de temps à tout le monde. Être interrompu en permanence dans son travail par des messages qui surgissent de nulle part nuit à la concentration et est extrêmement fatigant pour le cerveau. Enfin, quand il nous en reste un.” (France Inter, 4 mars 2017)

Novlangue

“Dans chaque nouvelle start-up, j’apprenais de nouveaux mots donc ça m’a paru amusant d’étudier ce nouveau langage adopté par ces entreprises (…) J’avais l’impression d’être face à des messies, qui prônent sans en avoir l’air une idéologie ultracapitaliste diffusée par un nouveau langage. Et ce dernier est séduisant car il tend à faire croire que tout le monde peut participer, que l’on peut être le héros de demain alors qu’en fait, on est comme Charlie Chaplin à l’usine, le petit maillon d’une chaîne qui va permettre à certains d’accéder à la notoriété.” (Les Inrocks, 4 mars 2017)

Ordinateur portable (laptop)

“Aujourd’hui, même les étudiants ont leur propre laptop. Nous ne sommes pas comme BCG ou Siemens, qui fournissent téléphone portable, laptop, voiture, mutuelle, secrétaire et chauffeur… Nous sommes une start-up, alors s’il te plaît, apporte ton propre laptop.” (Les Inrocks, 4 mars 2017)

Process

“Aucune marge de manœuvre, aucune créativité n’est laissée aux employés : tout est cadenassé par l’utilisation systématique des “process”, ces successions d’actions indiquant la manière de faire une tâche pour parvenir à un certain résultat. L’individu n’est plus qu’un rouage du process, ce qui permet de transformer sa prestation en données chiffrées.” (Grazia, 5 mars 2017)

Produit

“Il ne s’agissait plus de travailler pour une boîte en échange d’un salaire, mais de se transformer en “chasseur de trésors” et de mettre toute sa personne à disposition de l’entreprise, lui donner tout ce qui constituait notre identité. Je le découvrirai bientôt : l’employé n’oeuvre pas pour créer un produit, il est ce produit.” (Néon, 28 février 2017)

Réparateur de bonne humeur

“Joli euphémisme pour parler de la personne qui a un casque vissé sur les oreilles et qui écoute des clients toute la journée qui sont mécontents. C’est le service client.” (Arte, 28 février 2017)

Silicon Valley

“Le modèle, celui de la Silicon Valley, se retrouve dans toutes les start-up partout dans le monde.” (Les Echos, 2 mars 2017)

Smartphone

“Les rémunérations sont très faibles dans les start-ups, sans compter le fait que l’on doit souvent apporter son propre matériel de travail (ordinateur portable et smartphone). On disait qu’on avait une chance inouïe de travailler là, il était donc facile de nous convaincre d’apporter notre matériel. C’était un moindre mal!” (Le Huffington Post, 4 mars 2017)

Startuper

“Certains startuper sont heureux.” (Le Figaro, 8 mars 2017)

Uberisation

“Les conséquences sociales de tout ce que j’ai vu dans les open spaces de start-ups recoupent les méfaits de l’uberisation. Nous savons désormais que les petites mains qui livrent des repas à vélo et les chauffeurs Uber ont en réalité des conditions de travail misérables, bien loin de la liberté promise sur le papier. Certains chauffeurs Uber de San Francisco sont obligés de dormir dans leur voiture pour enchaîner les heures et parvenir à un salaire décent, parce qu’ils n’ont pas le temps (et donc l’argent) de rentrer chez eux en banlieue.” (Le Huffington Post, 4 mars 2017)

Utopie du numérique

“Nous visons une époque où nous avons besoin de rêver. L’utopie du numérique et des start-up est tombée à pic. Elle nous fait croire qu’une personne comme vous et moi peut, avec une bonne idée et les bons investisseurs, révolutionner le marché et changer le monde. C’est un discours très rassembleur qui ne concerne pas seulement une élite intellectuelle ou un establishment.” (La Vie, 28 février 2017)

Welcome kit

“C’est le kit de bienvenue fait pour s’économiser quelques mots pour l’arrivée de l’employé. On n’a pas de temps de perdre donc on lui fournit un PDF quelques jours avant où on lui apprend tout : l’esprit de l’entreprise… On lui fait comprendre la chance qu’il a de venir travailler là.” (Arte, 28 février 2017)


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A propos de l’auteur…

Jean-Luc Raymond est Consultant formateur conférencier en stratégies numériques.

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Mon site : http://www.jeanlucraymond.fr

  • Social Media Manager senior. Consultant en stratégies numériques. Formateur expérimenté. Conférencier.
  • Expert EPN (espaces publics numériques).
  • Chargé de cours Universités (CELSA Paris Sorbonne, Paris 3 Sorbonne-Nouvelle…) en Stratégies numériques, Communication mobiquitaire, Sociologie des Médias Informatisés et Innovation.