“Pour un avenir serein. Merci”

Un personnage, un masque, mais surtout un symbole de mise en perspective de notre société : Mr. Mondialisation. Mais, que se cache-t-il derrière le masque aux 650.000 abonnés? Le NOISE a voulu en savoir plus sur cette figure devenue mythique de la défense de l’environnement et des droits humains, et nous avons la chance aujourd’hui de vous faire découvrir un peu plus de son univers.

Mr. Mondialisation et son développement :

Crée initialement en 2004, Mr. Mondialisation vit son succès grandir au fil des ans, non sans obstacles. Notre anonyme d’origine belge a tout d’abord insisté sur le fait que son blog ne s’est pas construit comme un projet, mais que le chemin qu’il a suivi a été guidé par un processus naturel, aléatoire. Parti seulement d’un blog centré sur les prérogatives posées par la mondialisation, l’accroissement du nombre de lecteurs entraina logiquement une certaine professionnalisation, d’autant plus grande qu’il gagna en crédibilité au fil du temps.

Toutefois, cette aventure rencontra hauts et bas. Comme signalé sur son site — https://mrmondialisation.org — , Mr Mondialisation fut confronté au “blocage graduel de ses vidéos sur Youtube, Dailymotion et Viméo”, ralentissant son activité pour la recentrer ensuite sur le “partage d’informations avec le public”.

Aujourd’hui, bien que le site de Mr. Mondialisation, avec ses 2 millions de visiteurs mensuels, témoigne d’une certaine “rationalisation”, les perspectives futures de notre personnage masqué demeurent inchangées, se laissant guider par un hasard “familial” ne se détachant ni des valeurs de liberté qu’il défend, ni du “droit à l’erreur”, pierres angulaires de la construction de ce personnage. Mais, ce travail colossal ne peut se faire seul, et s’organise conséquemment grâce à une équipe de trois personnes, se partageant la rédaction des articles publiés. Après nous avoir dit être influencé par les théories de la décroissance, notre personnage masqué avoue posséder un autre trait d’une extrême importance, soit l’esprit d’indépendance. En effet, Mr. Mondialisation revendique son indépendance totale et refuse toute proposition de sponsoring par un acteur privé. Peut-être est-ce ici que tient une grande part de son originalité et de son succès.

L’échange se poursuit, la confiance s’installe, nous avons donc décidé d’approfondir le débat. Mr Mondialisation nous livre sa vision des choses, avec une certaine sagesse qu’on ne peut qu’apprécier.

Le regard de Mr. Mondialisation sur la COP21 :

Un point incontournable de l’actualité est sans nul doute la COP21, venant de s’achever à Paris. Face à un tel événement, l’analyse de Mr. Mondialisation témoigne d’une réelle prise de recul, ce dernier ne voulant pas se “placer dans un extrême ou l’autre”. Pour lui, “le débat est inévitable à ce stade. De ce fait là, on ne peut qu’être ouvert à ce débat même s’il y a des critiques à émettre par rapport aux sponsors”. En effet, avec AirFrance ou BNP Paribas — entre autres — comme sponsors, la COP21 laisse dubitatif.. Toutefois, notre personnage souligne la nécessité d’encourager le dialogue : “on a tous un rôle à jouer dans ce changement climatique, les grosses entreprises et les gouvernements en tête, le débat doit se faire avec eux”.

Le doute se fait légitime donc, mais il ne faut pas perdre espoir. Mr. Mondialisation, lui, se dit curieux, étant plus dans l’expectative que dans l’euphorie. Étonné par la décision de Barack Obama d’annuler le grand projet KeyStone, il ajoute qu’une prise de conscience semble avoir lieu, même dans les sphères les plus élitistes de la société. Pour lui, “soutenir la COP21, c’est soutenir le débat citoyen par rapport au changement climatique, c’est montrer que les gens veulent du résultat qui ne sont pas seulement sur leurs épaules, mais qui contraigne les puissants et les industriels, c’est ça le résultat qu’on attend, on ne veut pas d’une taxe qui tombe du jour au lendemain”. Un message réfléchi qui ne nous laisse pas de marbre.

Le regard de Mr. Mondialisation sur l’ESS :

Un léger rappel tout d’abord sur l’ESS — économie sociale et solidaire — , concept qui désigne un ensemble d’entreprises dont le fonctionnement interne et les activités sont basés sur un principe d’utilité sociale et de solidarité. Rappel fait sur ce concept qui nous tient à coeur, voyons à présent le regard qu’y porte notre personnage masqué.

Dans l’ensemble, Mr. Mondialisation émet un jugement positif sur l’ESS, il faudrait seulement que les consommateurs emboitent le pas : “il faut absolument que deux approches se fassent en même temps. Les acteurs privés (des jeunes qui veulent développer quelque chose de positif) ont joué un rôle positif dans la transition. Est-ce que ça va suffire? Non, si les consommateurs n’emboitent pas le pas, s’ils ne suivent pas, il y aura toujours quelqu’un pour satisfaire leur “mauvaise” demande.” Ensuite, après un petit point législatif pour préciser qu’il existe des “statuts clairs dans toute l’Europe pour créer des entreprises de type social”, Mr. Mondialisation se veut vecteur d’optimisme, croyant en ces projets. “À force de les rencontrer, on sent que les gens sont sincères dans leurs démarches” déclare-t-il. Toutefois, même si une prise de conscience a eu lieu parmi la jeunesse et que des actions concrètes prennent place pour promouvoir des valeurs sociales et environnementales, la génération Y reste ambivalente tant elle était affectée par la sur-consommation. “Cette génération est partagée entre deux grosses mentalités. Comment faire avec? Je n’ai pas la réponse, il faut en débattre, pour trouver une solution avec internet comme zone de débat”.

Le regard de Mr. Mondialisation sur les nouvelles technologies :

“Internet comme zone de débat” : une idée qui peut en laisser plus d’un dubitatif au vu de notre dépendance accrue, de cette vie virtuelle, et de tant d’effets pernicieux de la technologie qui sont dénoncés quotidiennement. Or, ce grand changement des dernières décennies constitue la base même de ce personnage. Alors, qu’en pense Mr. Mondialisation? Le contexte est différent selon les époques, et selon lui, “Internet n’était pas aussi riche en débat à l’époque, c’était très cloitré. Il n’y avait pas Facebook, il faut reconnaitre que, bien utilisé, c’est un outil incroyable pour échanger des informations”. N’étant cependant pas pleinement satisfait de Facebook (notamment pour sa dimension corporatiste), Mr Mondialisation (avec l’aide de Gregory Wojtalik, un informaticien bénévole) a développé des alternatives open-source à Facebook tel qu’un réseau Diaspora et Movim dont les possibilités sont identiques voire supérieures à Facebook.

Mais, qui dit communication dit interactions, et le débat peut parfois s’envenimer. De son point de vue, la critique est saine, même si des internautes peuvent parfois s’emporter, ce qui constitue une source de démotivation — à court-terme surtout. Il ajoute néanmoins : “si tout le monde était d’accord dès le départ, on arrêterait de travailler, c’est normal qu’il y ait des divergences. Cela fait partie du pourcentage de personnes en désaccord avec nos idées, on est là pour animer le débat”. Et ces débats s’avèrent fructueux, puisqu’il nous annonce que beaucoup de personnes changent d’avis, “reviennent en disant qu’ils pensaient noir et que, désormais, ils pensent gris.” La démotivation prend surtout place à court-terme. “Cela peut être déprimant de voir la radicalité et la violence verbale alors qu’on essaie de présenter des faits objectifs avant tout, ce n’est pas évident tous les jours. Ce qui me maintient à flot, c’est le salaire symbolique : je reçois par jour une dizaine de messages privés de remerciements”

L’interview touchant à sa fin, la question de la conscience collective demeurait, ce à quoi notre personnage masqué répond : “On est terriens avant toute chose, cela ne veut pas dire qu’on renie ses origines locales ou autres. C’est comprendre que les problèmes environnementaux concernent tout le monde actuellement. Il y a plus de 80 pays qui suivent la page, ce qui montre que, partout dans le monde, on a les mêmes envies, les mêmes besoins, les mêmes constats”. Cet appel à garder l’esprit terrien, à partager les constats et problématiques, semble constituer le fondement même de notre rôle en tant qu’individus et membres d’une société.

Le conseil de Mr. Mondialisation :

Nous ne pouvions pas laisser cette interview se conclure sans même demander à notre personnage masqué un conseil pour nous autres étudiants. Pour Mr. Mondialisation, il faut avoir le courage de voir les choses sur le long-terme. “C’est le problème actuellement, autant dans les entreprises que dans les pouvoirs publics, tout le monde pense de façon court-termiste, dans une société où tout va de plus en plus vite, cela demande du courage de penser à l’horizon de 10–20 ans. Qui fait ça aujourd’hui dans la sphère politique? (…) Un jeune doit penser au-delà, et réfléchir à l’impact de son projet”. Le courage d’aller à contre-courant d’un trop de court-termisme : pierre angulaire d’une nouvelle orientation pour le monde.

Thomas Person et Léo Lamotte