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Que se cache-t-il derrière cette ère de l’Open (big data, science, etc.) ? | MU 04.02.2016

Avec Guillaume Dumas, co-fondateur de HackYourPhD, & Célya Gruson-Daniel, co-fondatrice de HackYourPhD

Epidemium
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Jan 20, 2017 · 14 min read

Trois questions à…

Pourquoi un tel engouement pour le terme open science aujourd’hui ?

GD&CGD : Le terme “open” est de plus en plus présent, attaché à divers concepts. C’est notamment le cas de l’expression “open science”. Employée d’abord par les chercheurs pour revendiquer une façon de faire de la recherche, cette formule est désormais employée par les politiques scientifiques (OCDE, Commission européenne, etc.). Ce terme est un mot valise regroupant différents projets mais aussi différentes réalités et conceptions de la science et des pratiques de recherche associées. Il permet de décrire en effet un ensemble de transformations du modus operandi de la science avec le numérique tels que l’open access, l’open research data, les citizen science, etc. Mais ce qui nous paraît intéressant, c’est qu’il offre un moyen de comprendre les raisons et les intérêts de différents acteurs à s’emparer de ce terme, et à en définir les pratiques associées.

Qui sont les différents acteurs de l’open science ?

GD&CGD : Les acteurs de l’open science sont nombreux et regroupent ceux impliqués dans le système de la recherche et de l’innovation, éléments moteurs d’une économie de la connaissance. Si l’on détaille, nous avons à un niveau “méta” les laboratoires de recherche, les entreprises/industries, les organisations de la société civile (notamment nouveau lieu innovant ou d’incubation), les agences de financement de la recherche, les structures de gouvernance de la recherche, les universités et lieux d’enseignements. A un niveau plus macro, il y a aussi le rôle des organisations supra-nationales (OCDE, Commission Européenne, UNESCO etc.). A un niveau micro, différents profils y sont regroupés : chercheurs, étudiants, entrepreneurs, bibliothécaires, citoyens, législateurs mais aussi ceux appelés “hackers”, activistes ou encore lobbyistes.

Que reflète le développement de l’open science ?

GD&CGD : Notre vision n’est pas celle d’une révolution de la science ou d’un changement complet de paradigme. Le développement de l’open science est plus le reflet de changements dans la production et la diffusion des savoirs mais aussi des valeurs et des représentations associées à la science, associés aux technologies numériques.


Compte-rendu

Introduction

HackyourPhD est une communauté, puis une association, créée il y a plus de trois ans autour de la question de l’open science, avec la volonté de créer le débat. Depuis le début, le cœur d’activité de la communauté est la veille, facilitée par les réseaux sociaux. Au fil du temps, des discussions se sont développées et les réseaux sociaux ont pris un rôle de cahier de doléances et d’information sur le système de la recherche scientifique : qui apporte des connaissances sur le domaine de la recherche, ce qui se fait, les problèmes rencontrés. La communauté a ensuite, dans un deuxième temps, développé des ateliers thématiques, participé à des événements autour de ces questions puis s’est structurée. Il y a eu la création d’un blog avec mutualisation de toutes ces informations et la création d’une association.

  • Événement : les derniers en date sont les ateliers Open Geek centrés autour du code (aujourd’hui, ne pas savoir coder tend à être la nouvelle forme d’illettrisme).

Open science : notion récente, encore mal définie et complexe

Il y a plus de 3 ans, apparition du terme open access désignant le libre accès aux publications scientifiques. Le terme open science est de plus en plus employé sans pour autant être complètement défini.

  • Partage des données, ressources scientifiques ;
  • Publications non enfermées dans des bases de données protégées dont il faut payer l’accès (pay wall) ;
  • Problème du modèle économique.
  • Les technologies numériques et leur façon de catalyser et de changer les pratiques ;
  • Les valeurs : transparence, ouverture & partage.
  • L’open research data (à ne pas confondre avec l’ouverture des données publiques : ouverture des données qui servent à faire de la recherche).
  • Pour la partie software : les universités mettent à disposition des étudiants des logiciels propriétaires et donc coûteux. De plus, ces derniers sortent les données sous des formats propriétaires. Dans le cadre de l’open science, les logiciels doivent permettre un processus le plus ouvert possible comme Python.

Pourquoi est-il nécessaire de libérer les “enclosures” ?

Article de John P.A. Ioannidis, “Why most published research findings are false”, 2005. Ioannidis dirige un observatoire de reproductibilité à Stanford. Il y a mis en place des méthodes de méta-analyse pour voir à quel point la recherche scientifique est contaminée par des fraudes et des problèmes statistiques, intentionnels ou non. L’ouverture du code et des données devient un gage de la véracité des propos (transparence) et permet d’aller à l’encontre de l’idée problématique du “publier ou périr” (importante pour la reconnaissance ou le financement).

Open science : un buzzword.

Depuis quelque temps, le terme open science est à la mode. HYPhd adopte une attitude de questionnement à son encontre en étudiant notamment les discours qui l’entourent. Il existe plusieurs visions de l’open.

  • Open innovation ;
  • Open to the world.
  • Creative Commons, qui s’est attaquée à tout ce qui concerne la propriété intellectuelle, le cadre légal et la licence ; donne un gradient de restriction ou d’ouverture à un objet (i.e. “share alike”).
  • Vision élitiste : l’open comme nécessité mais allant de paire avec une forme de gouvernance méritocratique. Exemple de Linus Torvald dans la communauté open source, qui garde le droit de veto sur le noyau de Linux.
  • Vision libre, “free like in freedom not like in free beer” (Richard Stallman). L’open c’est une question de valeur, notamment de transparence, de collaboration et de partage.

Open : controverses & débats

Le terme open recouvre plusieurs controverses, plusieurs débats notamment sur la façon de considérer la connaissance et les enjeux de pouvoir auxquels elle renvoie. Volonté de montrer, de poser les questions et les nouvelles problématiques que cela engendre en termes d’éthique, de propriété intellectuelle.

  • Uberized labor marketplaces and precariousness : ubérisation de la recherche. Système précaire de la recherche en France notamment pour les étudiants et les post-doc. Nécessité de faire attention que le terme open science ne vienne pas accentuer ça avec, par exemple, le crowd-funding de thèse. Évolution des cadres sociaux qui crée des zones grises et demande donc une certaine vigilance.
  • Distributed revolution or New form of neoliberalism ?
  • Discourse vs Practices : ouvrir ses données ne veut pas seulement dire les rendre accessibles.
  • The Failure of Moocs : confusion avec du e-learning plus classique et constat que ce sont les personnes les plus éduquées qui y accèdent.

Échange avec le public

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Illustration : Barbara Govin

Public : Pour Richard Stallman, la notion de propriété intellectuelle n’existe pas, un avis ?

GD&CGD : La propriété intellectuelle, c’est un cadre qui a été construit. Les licences Creative Commons ont produit un travail sur la loi pour qu’elle soit compatible avec le cadre de la propriété intellectuelle.

Public : Comment expliquer l’intérêt qu’il y a à ouvrir une base de données sans utiliser l’argument scientifique, l’entreprise ayant pour vocation d’avoir un revenu, répond à des règles économiques ?

GD&CGD : Il y a dans la science, un côté très pur. De modèles économiques ont été essayés. Par exemple, pour l’open data, celle-ci n’est pas toujours immédiate. Il y a parfois des périodes d’embargo qui permettent de donner de l’avance à certaines personnes. Les modèles vont évoluer.

Public : N’y a-t-il pas chez l’industriel une volonté de rechercher un équilibre vertueux entre le fait de redistribuer les outils en open source et l’externalisation de la R&D ?

GD&CGD : Oui, il y a pour certains une externalisation de la R&D claire.

Public : Dans le champ de l’open science en santé, y a-t-il eu une réflexion sur la place de la vulgarisation de la science ? Qu’est-ce qui a été prévu comme outil, notamment dans le free ? L’open science est-elle accessible à des non scientifiques ?

GD&CGD : Il ne faut pas confondre open et accessible. Au niveau de la science, il faut faire un effort pour la rendre réellement accessible. Par exemple, PLOS (publication libre accès) oblige les auteurs, en plus du résumé scientifique classique, d’en faire un pouvant être compris par un public plus large.

Public : Domaine de la santé renvoie à l’idée de démocratie sanitaire où le patient doit faire évoluer le système de soin. L’open science permet-elle une plus grande démocratie dans les sujets de recherche, notamment en santé ?

GD&CGD : Foundation non profit SAGE aux États-Unis où il y a une réflexion sur le patient center concerned : des consentements éclairés centrés sur le patient où ce dernier ne fait pas que signer un document qu’il ne lit pas. Volonté de faire un système où le patient reste maître de son consentement même après coup ; remettre dans sa main ses data pour qu’il décide à qui les remettre, quoi en faire et également un questionnaire pour vérifier qu’il comprend à quoi il s’engage.

Public : L’open science n’entraîne-t-elle pas la fin du copyright ?

GD&CGD : Il y a différentes visions de l’open science. Il est tout à fait possible de faire quelque chose de plus “enclosé” avec le label open. L’open science n’est pas en soi une réponse mais un catalyseur de débat.

Public : Qu’est-ce qui freine les chercheurs à publier au stade de la recherche ?

GD&CGD : Il y a plusieurs explications à cela :

  • Peur de se faire doubler liée à une pression pour faire perdurer son laboratoire ;
  • Économie de la crédibilité et de l’ego qui a un poids important : les chefs de laboratoire qui ne veulent pas se faire voler les découvertes.
  • Poids des éditeurs : en France, on publie dans des journaux qui appartiennent à des éditeurs. Un chercheur peut ne pas avoir le droit de publier ses résultats parce que l’éditeur a un droit d’exclusivité. Chez certains éditeurs, plus le chercheur veut ouvrir sa recherche, plus il doit payer (i.e. Nature). Or, les journaux dans lesquels un chercheur publie ont une influence sur sa carrière. Poids de la métrique de la recherche.
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EPIDEMIUM

Inclusive and community-based open science program…

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Exploring New Paths to Cancer Research with Epidemium: a data challenge oriented and community-based open science program #Open #Data #Science

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Inclusive and community-based open science program dedicated to cancer research through data challenges

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