Alamaailma, la série qui a ajouté la Finlande sur la carte des séries

Article initialement paru dans Episode, le magazine web de toutes les séries par ARTE

C’est un fait, la Finlande est plus connue pour ses groupes de métal, ses pilotes automobiles ou le cinéma d’Aki Kaurismäki que pour ses séries. Ce serait oublier Underworld : trilogy ou Alamaailma en VO, qui, en 2010, nous plongeait dans le trafic de drogue de ce pays au carrefour de l’Europe.

Illustration de Jussi Karro

C’est peu dire que les amateurs de séries ont appris à connaître et apprécier la Scandinavie : Borgen et The Killing (Danemark), Bron (Suède-Danemark), Real Humans (Suède), Occupied (Norvège) ou encore Meurtre au Pied du Volcan(Islande). Un paysage dans lequel la Finlande fait office de parent pauvre, aujourd’hui comme en 2010, quand Vertigo productions lance la production de Alamaailma. Minna Virtanen est alors productrice et réalisatrice : « Les séries finlandaises n’étaient pas diffusées à l’étranger, et on a donc dû faire cette série avec 1,55 millions d’euros par saison ». Une série low cost consacrée au trafic de drogue dans un pays à l’image proprette. « Tout a commencé dans les journaux, avec des saisies de centaines de kilos d’héroïne à la frontière russe. Venue de Russie, la drogue passe par la Finlande pour inonder ensuite l’Ouest de l’Europe ». Un monde que Virtanen et son équipe découvrent en immersion avec la police : plusieurs personnages en seront inspirés dont celui de Reijo Sundström, baron de la drogue opérant depuis sa prison. Du côté des références, Minna Virtanen ne donne pas dans l’originalité : « HBO faisait tant de séries incroyables à l’époque : The Shield, The Wire, Les Soprano… »

Un format inédit pour une histoire de grande ampleur

Chaque centime se voit à l’écran

Mais Alamaailma trace sa voie : la série n’est pas linéaire, chacune des trois saisons racontant une histoire différente mais connectée aux autres. La première saison, en 5 épisodes de 50 minutes, est ainsi sous-titrée « Le Prisonnier ». Les deux suivantes, de 3 épisodes chacune, « Le Flic » et « L’Avocat ». « On trouvait ça cool parce qu’on ne voulait pas être trop classiques, explique Virtanen, et parce que plusieurs de nos personnages avaient besoin de leur propre série ». Reste à tourner cette série ambitieuse, réaliste et naturellement internationale (puisque partagée entre trois pays voisins, la Russie, la Finlande et la Suède). « Nous avons l’habitude des petits budgets en Finlande, crâne Virtanen : chaque centime se voit à l’écran. On a pu tourner à Saint-Pétersbourg, Stockholm et Helsinki, en utilisant des acteurs locaux, mais on a fait très attention au planning pour ne pas perdre une minute ». Si beaucoup de plans sont tournés sur place, la production loue aussi à bas prix un immeuble désaffecté du port d’Helsinki et le transforme en studio, y installant un décor de commissariat et de plusieurs appartements. Et économise ainsi de précieux euros de déplacements.

Pas question de romancer le trafic de drogue

La série est diffusée en 2010 sur Yle TV1, la première chaîne finlandaise. Le résultat est sombre, nerveux, trilingue (finnois, russe, suédois) et froid, forcément. Une esthétique réaliste qui colle avec le sujet, à en croire la réalisatrice : « Nos personnages opèrent dans des zones grises, où la moindre erreur va bouleverser leurs vies. Ce sont de bonnes personnes qui doivent survivre dans la criminalité, et c’est facile pour eux de confondre le bien et le mal ». Voilà peut-être une autre particularité d’Alamaailma : pas question ici de “romancer” le trafic de drogue. « Ce n’est pas de l’argent facile, reprend Virtanen, bien au contraire. Contrairement aux personnages de Narcos par exemple, nos personnages ne vivent pas dans le luxe : nous voulions être réalistes, et la vie de ces gens est très difficile ». Selon Virtanen, la différence avec les aventures de Pablo Escobar tient aux réalités différentes qu’elles décrivent : « La Colombie était très corrompue à l’époque d’Escobar, ce qui permettait à un dealer de devenir quelqu’un d’important dans la société civile : c’est impossible en Finlande ».

“On est le dernier pays scandinave à exporter nos séries” Minna Virtanen

Les critiques sont dithyrambiques, le public au rendez-vous (les jeunes en particulier) : la série sera diffusée sur Eurochannel et achetée en Amérique du Sud (au Brésil notamment) puis par Netflix. « C’était très difficile de vendre une série en finnois à l’époque, conclut Virtanen, mais c’est en train de changer : on est le dernier pays scandinave à exporter nos séries ». Et ça tombe bien : Minna Virtanen et Vertigo planchent sur une nouvelle série policière…

David Alexander Cassan — Illustration de Jussi Karro pour Episode/ARTE

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