Bruce Lee, super-héros chinois made in USA

Article initialement paru dans Episode, le magazine web de toutes les séries par ARTE

Enchaînant les coups de poing dans un bureau, Bruce Lee décroche son premier rôle, celui de Kato, l’aide de camp du Frelon Vert. Un succès commercial qui le révèle aux Etats-Unis comme à Hong Kong.

Illustration de Sébastien Iglésias

Bruce Lee a 24 ans quand il se présente à un casting à Los Angeles. Il faut le voir répondre avec panache et expliquer son art à des gens qui ne connaissent rien au kung fu. Le sourire narquois, le phrasé posé, il répond avec assurance. Illustre, inconnu en Chine aussi, il sait qu’en 1966, être asiatique est un handicap à Hollywood. La chance est avec lui ce jour-là. C’est le coiffeur des stars Jay Sebring qui l’a repéré au cours d’une de ses exhibitions et l’a recommandé au producteur William Dozier qui bosse sur un projet de polar. Bruce Lee se retrouve à donner des coups de poing dans son bureau. Le projet achoppe mais qu’importe, il a estomaqué tout le monde. Quelques mois plus tard, c’est Batman qui viendra le tirer d’affaire.

La légende veut que lors de sa première prestation, Bruce Lee a bluffé toute l’équipe du tournage

Playboy et coups de pied sautés

Car William Dozier travaille sur la série Batman au succès fulgurant. “Krak, boum, zbaam” entrent dans l’histoire de la télé. Mais Dozier veut proposer aussi une autre série moins pop et plus “réaliste”. C’est le début du style “grim & gritty”, l’envie de faire plus sombre et donc plus adulte qu’on retrouve aujourd’hui dans les sinistres films DC. Ce super-héros plus sérieux, c’est Le Frelon Vert. The Green Hornetest l’adaptation d’une émission de radio des années 1930, lointain spin-off de Lone Ranger. Britt Reid, riche playboy-millionnaire et patron d’un grand quotidien, à l’époque où la presse avait encore du pouvoir, se déguise la nuit en Frelon Vert. Recherché par la police, il est en fait un justicier qui se joue de la pègre. Et pour l’aider dans sa lutte, il lui faut, comme tout bon super-héros qui se respecte, un sidekick pour que le jeune public puisse s’identifier. Bruce Lee va devenir Kato, mystérieux chauffeur du Frelon Vert qui donne des coups de pied sautés comme on n’en a jamais vu à la télé. La légende veut que lors de sa première prestation, Bruce Lee a bluffé toute l’équipe du tournage en retenant à peine ses coups.

Le Frelon Vert devient le “Kato Show

Le Frelon Vert et Kato vont même affronter très brièvement Batman et Robin au cours de deux épisodes crossover mythiques. Bruce Lee se dit qu’il est impossible d’avoir un combat cohérent avec le clown qu’est Burt Ward dans le rôle de Robin. Pourtant, le combat va se finir sur un ex-aequo parfait, dans la grande tradition des confrontations Marvel et DC.

Après une saison de 26 épisodes, c’est fini. Bruce Lee traverse un passage à vide, car il n’existe toujours pas de rôles asiatiques dignes de ce nom à Hollywood. Il propose à ABC l’histoire d’un moine métis traversant les Etats Unis comme dans un Western. Ce concept va devenir plus tard Kung Fu dont le rôle titre est confié à David Carradine, qui ne sait pourtant pas lever la jambe, encore moins donner un coup de pied convaincant. Oublié au générique, Bruce Lee a les boules mais comprend que c’est un business où tout va se jouer pour lui en Asie. Justement, Le Frelon Verty devient un phénomène lors de sa diffusion à Hong Kong. The Green Hornet y est vendu là-bas comme le “Kato Show”. Certains épisodes sont même remontés pour devenir des films, comme cela se faisait parfois à l’époque. Raymond Chow, célèbre producteur de cinéma, insiste pour qu’il revienne à HK. La légende est en marche, un nunchaku à la main.

Tarantino utilise le thème du générique du Frelon Vert dans son Kill Bill

L’impact du Frelon Vert a été colossal pour la reconnaissance des comédiens asiatiques à la télé occidentale au point que Tarantino utilise le thème du “vol du bourdon” — générique du Frelon Vert — dans son Kill Bill, tout en donnant à tous les yakuzas des masques de Kato. Mort prématurément à 32 ans, “le Petit Dragon” n’a jamais vraiment vu l’impact que cette très courte série a eu sur le monde. Quatre films d’anthologie plus tard, sa flamme s’est fait éternelle. Bruce Lee ne fait plus qu’un avec le soleil.

Daniel Andreyev — Illustration de Sébastien Iglesias pour Episode / ARTE

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