Des héros vraiment super : pourquoi les super-héros de Sense8 et de Misfits nous consolent vraiment

Article initialement paru dans Episode, le magazine web de toutes les séries par ARTE

Les super-héros en cape et collants font aujourd’hui figure de vieux pantins arrogants et inutiles auxquels il est devenu impossible de s’identifier. Heureusement, la fiction nous en propose de nouveaux, plus humains, certes, mais dotés d’un nouveau pouvoir qui fait rêver : l’empathie.

Illustration de Thomas Pons
Qu’a fait Batman pour que le monde aille vraiment mieux ?

Avec son justaucorps et ses super-pouvoirs, qu’a fait Superman pour le bien de l’humanité à part collaborer avec la police pour l’aider à maintenir un ordre social délétère basé sur la propriété privée ? Rien du tout. Qu’a fait Batman pour que le monde aille vraiment mieux à part chasser les voleurs de Gotham et donner des bals de charité ? Pas grand-chose. Quant aux X-Men, n’en parlons pas. Qui croit encore que givrer le décor, tordre des rames de métro ou provoquer des tempêtes est utile pour se débarrasser du racisme, de la guerre ou de la misère ? On rêvait secrètement que quelqu’un nous débarrasse de ces vieilles allégories guerrières et paternalistes pour nous offrir de nouveaux super-héros plus en phase avec notre époque. C’est chose faite avec les cinq ados “super-losers” de Misfits, et les huit “sensitifs” de Sense8. Treize nouveaux personnages doués de facultés surhumaines mais surtout d’un sens de l’autre hors du commun pour restaurer nos espoirs et notre désir d’action. C’est moins voyant qu’une cape mais c’est déjà énorme.

Sense8, un réseau super-empathique

Dans Sense8, Kala, Will, Capheus, Nomi, Sun, Riley, Wolfgang et Lito sont des gens comme vous et moi, des héros du quotidien qui luttent pour survivre dans un monde pas terrible, des gens qui n’ont ni costume de chauve-souris, ni double-vie, mais un vrai travail fatiguant et des qualités plutôt ordinaires. Ils sont de toutes nationalités, de toutes origines sociales, de toutes identités et orientations sexuelles et vivent leurs différences comme un non sujet. Des gens comme vous et moi, donc, qui, un jour, se font sortir de leur aveuglement individualiste et mettre en réseau par une dame blonde mystérieuse. En les regardant dans les yeux, elle dégoupille en eux un petit gène tordu qui va booster leur empathie naturelle jusqu’à un niveau surnaturel : pour eux, cette faculté de comprendre ce que les autres ressentent ne se vivra plus au sens figuré mais au sens propre. Désormais “super-empathes”, ils pourront rentrer dans une connection parfaite avec leurs semblables, sentir dans leur chair et dans leur esprit ce qui les anime, et éventuellement intervenir dans leur réalité, avec leurs compétences, pour les aider.

Imaginez que soudain, l’homme ne soit plus un loup pour l’homme mais un bon copain

Le pouvoir de se mettre littéralement à la place des autres, voilà qui nous serait bien utile pour éradiquer cet instinct de prédation qui détruit l’humanité. Imaginez que soudain, l’homme ne soit plus un loup pour l’homme mais un bon copain. Imaginez un monde où nos insuffisances ne seraient plus un problème, où il suffirait de demander de l’aide pour en obtenir et où la collaboration l’emporterait sur la compétition… Bon, on peut bien sûr se moquer de l’imaginaire mystico-hippie un peu nineties des sœurs Wachowski, imaginer qu’elles continuent d’avaler des space-cakes pour regarder Baraka allongées sur plaid tye and dye et cracher dans l’épais porridge arc-en-ciel qu’elles nous proposent. Mais on peut aussi voir dans cette histoire une utopie réparatrice capable de nous consoler durablement en rouvrant le champ de nos possibles.

Misfits ou la médiocrité rendue super

Un superpouvoir qui naîtrait de nos faiblesses humaines mais qui, combiné à celui de nos voisins, nous rendrait tous invincibles? C’est aussi l’idée qui sous-tend l’hilarante série Misfits, créée par Howard Overman. Nathan, Simon, Kelly, Curtis et Alisha sont cinq jeunes losers un peu arrogants condamnés à faire le « bien » malgré eux lors de travaux d’intérêt général. Alors qu’ils zonent en combi orange dans un centre de réinsertion au fin fond d’une banlieue, survient un orage. Frappés par la foudre, il se retrouvent soudain dotés de superpouvoirs qui correspondent, là aussi, à ce qu’ils avaient déjà en eux — désirs mais surtout défauts — portés à leur paroxysme. Simon est un hypertimide qui rase les murs et écoute Joy Division ? Son superpouvoir sera l’invisibilité. Kelly craint toujours qu’on ne dise du mal d’elle ? Elle entendra désormais les pensées des autres. Et ainsi de suite.

Là comme dans Sense8, ce que nous dit la fable, c’est que la médiocrité n’est pas une fatalité et qu’au lieu d’errer dans un monde sans dieu ni lumière, il faut se servir de ses qualités et en faire profiter les autres. Ainsi, on pourrait passer vite fait à la « troisième révolution industrielle », comme l’appelle l’économiste Jeremy Rifkin dans son livre Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Civilisation de l’empathie dans lequel les sœurs Wacho ont l’air d’avoir globalement tout pompé.

Anne Pauly — Illustration de Thomas Pons pour Episode/ARTE

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