Fear the walking dead : la meilleure série de tous les temps sur la famille

J’affirme !

Illustration de Nicolas Gazut pour Episode

Et si le meilleur endroit pour questionner le lien familial n’était pas une table à manger ? On ne teste jamais mieux les contours du clan que quand il est question de vie ou de mort, Fear the walking dead le prouve.

« Blood or Bond ? » Famille de sang ou famille de cœur ? En une question lâchée sur un parking pour départager ceux qui méritent d’être sauvés de l’apocalypse zombie, le docteur Bethany Exner énonce dans Fear the Walking Dead la dialectique fondamentale sur laquelle se construit toute famille, pour ne pas dire tout groupe humain. Ensemble par affinités ou par liens du sang ? Rarement, une baseline aura été aussi efficace, au point d’énoncer clairement la problématique : c’est quoi une famille aujourd’hui ? Fear the Walking Dead n’est peut-être pas le plus grand survival du siècle, mais c’est sans doute la meilleure série sur l’identité familiale de ces dernières années.

Ce qui fonctionne déjà, c’est la proximité que nous, spectateurs, entretenons avec ce que recomposent devant nos yeux Madison, Travis, les enfants et leurs amis : une entité polymorphe, davantage composée d’individualités naviguant à vue que d’archétypes conduits par des idéaux un peu fumeux. Pour resituer l’affaire, Madison et Travis sont les parents d’une famille comptant trois enfants (Nick et Alicia les enfants de Madison, et Chris, fils de Travis). Quand les premiers zombies sortent du bois, tous se retranchent dans le pavillon de banlieue du couple et y accueillent Liza, la mère de Chris, mais aussi la famille Salazar rencontrée fortuitement lors des premières émeutes. Ce clan qui prend forme sous nos yeux se coagule autour de la seule valeur qui a encore un sens : le pragmatisme, autrement dit, l’unique possibilité de survie.

“ Finie la famille-modèle, place à la famille-miroir.”

Il y a trente ou quarante ans, la famille dans les séries, c’était papa, maman, les enfants et le chien réunis dans une piaule sentant les napperons et la litière pour chat. Était alors survendue l’image packagée de la cellule familiale comme seule porte donnant sur le bonheur. En 2016, outre le fait de garantir aux scénaristes des tonnes de rebondissements faciles à justifier (le type recherché par Madison au début de la saison 1 n’est pas seulement un petit con qui se défonce la tête dans un squat, c’est son fils et ça suffit à justifier une arche narrative longue de dix épisodes), la famille est une agrégation de personnages qui auraient très bien pu ne jamais se rencontrer. Finie la famille-modèle, place à la famille-miroir. Et si elle est éclatée, ce n’est pas seulement que les rôles ne sont plus clairement définis mais aussi que les personnages eux-mêmes paraissent à bout de souffle. La hiérarchie des valeurs et des positions est remise en question, le père pas plus que le fils n’ont de solution pour tirer le groupe des nombreuses embûches qui vont se présenter. Dans ce contexte, la famille est le dernier radeau auquel se raccrocher, car l’on sait que la survie des uns dépend de celle des autres. Jusque-là fagotée comme un carcan, elle est la dernière chose qui surnage, l’ultime fondation d’un monde sur pilotis à laquelle se raccrocher, avant qu’elle aussi ne se mette à sombrer.

“ La famille est à la série ce que le flingue est au roman policier ”

Éclatée, mixte, homoparentale, en prise avec les questions du deuil, de la guerre ou du chômage, mille fois déconstruite, la famille demeure le nœud gordien de toute bonne fiction, parce qu’elle justifie à elle seule tous les actes extrêmes que des personnages acculés seraient amenés à commettre. La famille est à la série ce que le flingue est au roman policier : l’accessoire ultime, celui par lequel peuvent irradier toutes les tensions.

Bruno Masi

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