Séries pour ados : Tu ne te drogueras point

Article initialement paru dans Episode, le magazine web de toutes les séries par ARTE

On ne rigole pas avec la drogue : entre souci de réalisme et message de prévention, les séries pour ados ont dû prendre des pincettes pour évoquer la passion de la jeunesse pour les stupéfiants… quitte parfois, à frôler le ridicule.

Illustration de Fred Morin
Les personnages borderline n’ont pas toujours une seconde chance

« Je suis désolée. C’est la chose la plus stupide que j’aie jamais faite ». Allongée sur son lit d’hôpital dans la saison 4 de Dawson (Episode 6, « Great Xpectations »), Andie se répand en excuses auprès de son frère et son père, avec des trémolos dans la voix, sur fond de musique tire-larmes. Admise à Harvard, elle a voulu fêter ça. Et comme elle ne fait jamais rien à moitié, la blondinette a gobé une pilule d’ecstasy, subtilisée à Jen. Sous médocs pour soigner sa maladie mentale, elle manque d’y rester après ce mélange explosif. Tout est bien qui finit bien, mais on a tous eu très peur. Morale de l’histoire ? Drugs are bad.

La guerre des drogues

Teen drama pas franchement friendly avec les substances illicites (le papa de Joey est en taule pour trafic de marijuana puis trafic de cocaïne, Jen regrette sa traumatisante période sex, drugs & rock’n’roll à New York), Dawson vient de diffuser son traditionnel épisode “anti-drogues”, un vrai trope des séries américaines, surtout celles mettant en scène des adolescents. Beverly Hills est une championne du genre. La moitié de ses protagonistes principaux est tombée dans l’addiction avant de se ressaisir in extremis : David est accro à la crystal meth en saison 4 (promis, Heisenberg n’y est pour rien), puis Kelly s’envoie de la cocaïne en saison 6, sans oublier Donna et les amphétamines en saison 8.

Les personnages borderline n’ont pas toujours une seconde chance. Si Rayanne est sauvée d’une overdose à l’ecstasy par la maman d’Angela dans Angela, 15 ans, Newport Beach finira par tuer Marissa, dépendante à la cocaïne. Deux personnages “drugs friendly” de Dawson (encore elle), Abby et Jen, finiront par manger les pissenlits par la racine. Elles nous auront bien diverti, mais voyez-vous, Dieu ne pouvait sauver leurs âmes perverties !

De la Prohibition aux politiques de Nixon ou Reagan (remember la campagne de sa femme Nancy, « Just say no »), il faut dire que les États-Unis ont déclaré la guerre aux drogues depuis le début du 20e siècle. Tout est bon pour prêcher la bonne parole. À la fin des années 90, alors que les teen dramas sont regardés par des millions de familles américaines, le gouvernement (via le White House Office of National Drug Control Policy) ira jusqu’à payer secrètement 25 millions de dollars aux grands networks pour avoir le droit d’influer sur les scripts, entre autres de Beverly Hills ou Sept à la maison. Leur doit-on ce magnifique épisode dans lequel Matt déclenche une apocalypse chez les Camden en ayant mal caché un joint ? Dieu seul le sait.

Pendant ce temps-là en Angleterre

Skins propose une vision plus réaliste du rapport de la jeunesse aux drogues

« Sèche les cours. Pourquoi on irait pas plutôt au parc se défoncer ?» (Saison 1, Episode 5, Sid) Dans Skins, Jamie Brittain et Bryan Elsley ne font pas l’apologie des drogues. Ils prennent acte en revanche de leur utilisation récréative et régulière par les jeunes anglais. Cassie, Effy, Tony et les autres lycéens de Bristol ne tombent pas subitement dans l’addiction en deux épisodes après avoir consommé quelques médocs contre la douleur. Et ils n’arrêtent pas leur consommation aussi vite que Kelly ou Donna. Ils font la fête, fument des joints, se laissent tenter par une drogue plus dure à l’occasion d’une grosse soirée, ont la gueule de bois… Et voilà. La série, saluée pour son réalisme (avoir une équipe de jeunes scénaristes aux commandes, ça aide) est même devenue un éphémère phénomène de société avec ses Skins Parties. Il s’agissait juste là de mettre un nouveau nom sur un des loisirs favoris de la jeunesse depuis la nuit des temps : les soirées de débauche généralisée.

Si Skins propose une vision plus réaliste du rapport de la jeunesse aux drogues, elle ne fait pas dans la demi-mesure. Comme dans Glue, son héritière, elle dépeint surtout le mal-être d’une génération sans perspective d’avenir réjouissante. Les punk étaient “no future” par choix, eux le sont par pragmatisme. Alors autant se défoncer.

Skins a beau se faire le reflet d’une réalité, ce n’est pas celle de la majorité des adolescents, qui va expérimenter dans sa vie des cuites et quelques bad trips, le plus souvent au cannabis, sans que tout cela ne finisse en partouze généralisée ou en catastrophe à l’hôpital. Peu de séries prennent ce parti-pris. Freaks and Geeks est l’une d’entre elles. Les mecs défoncés ont l’air un peu débiles (normal, ils le sont) et Lindsay ne les comprend que quand elle tente à son tour de fumer de la marijuana.

Hélène et le space cake

Finalement, TF1 décidera de censurer la mésaventure “space cake” d’Hélène

Et en France alors ? Plus compliqué. Dans les années 90, les séries AB Productions règnent en maître. La sitcom phare, Hélène et les Garçons s’attaque au sujet de la drogue par deux fois, avec la subtilité qu’on lui connaît. Dans l’épisode « La Folie », la bande découvre que “Cri-Cri d’Amour”, le vrai thug de la série, se pique. Oui carrément. Il n’a pas supporté le départ de Johanna et part complètement en sucette. Plus tard, l’héroïne immaculée du show, Hélène, mange un space cake à son insu. Chocking ! Evidemment, ce sont des bad guys qui ont drogué la douce et l’ont embarquée en boîte. « La drogue, c’est vraiment terrible », conclut Laly, au chevet d’Hélène. Finalement, TF1 décidera de censurer la mésaventure “space cake” de son héroïne, de peur d’écorner son image auprès du public.

Se libérer des clichés

Les teen dramas se faisant encore rare en France, il faut également chercher la représentation des drogues dans de grands soaps populaires des années 2000 comme Plus belle la vie où, étrangement, ce ne sont pas forcément les jeunes qui en font usage. En 2014, une scène où Thomas montre à sa belle-mère comment rouler un jointfait grand bruit. Il n’empêche, elle témoigne du changement de la représentation plus décontractée du cannabis dans les séries françaises.

Dernièrement, le teen drama Les Grands a suivi le même chemin, en montrant deux de ses personnages fumer un pétard et passer un bon moment. Mieux, un des employés fait pousser de la beuh sur le toit du collège. Il est rejoint (dans l’épisode final de la saison 1) pour une petite pause oinj par… le Principal en personne. Dans Irresponsable, autre dramédie made in OCS, le trentenaire adulescent Julien fume des joints avec son fils Jacques pour créer des liens. Et oui, n’en déplaise à Hélène, les Français sont devenus les plus gros consommateurs de cannabis d’Europe. Il faut dire que nous n’avons pas eu la chance d’avoir Nancy Reagan comme Première Dame.

Marion Olité (Biiinge) — Illustration de Fred Morin pour Episode/ARTE

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