Super français : les héros qui attendent leur série

Article initialement paru dans Episode, le magazine web de toutes les séries par ARTE

Il faut l’admettre : le monde des super-héros est le pré carré des producteurs américains. Et pourtant ! La France n’est pas en reste quand il s’agit de créer des personnages dotés de super-pouvoirs. En voici quelques exemples, ainsi que la meilleure façon de les adapter pour en faire des séries télé.

Illustration de Apollo Thomas
Les producteurs n’ont qu’à plonger le nez dans nos archives nationales pour repartir avec des Reboots en série

Une idée reçue voudrait qu’en France on n’ait pas plus de pétrole que de super-héros. S’il vous plaît. Soyons sérieux. S’imaginer que le pays de Jules Verne et du Comte de Monte-Cristo manquerait de personnages fantastiques relève tout simplement de l’hérésie. Car Super Dupont n’est que le béret qui cache la forêt. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir le livre de Xavier Fournier, Super-Héros, une histoire française. Si jamais les filons Marvel et DC venaient à s’épuiser (sait-on jamais), les producteurs n’ont qu’à plonger le nez dans nos archives nationales pour repartir avec des Reboots en série.

Les tribulations de l’Oiselle fantastique

Voudrait-on nous faire croire que les femmes sont incapables de s’envoyer en l’air ? Il faut reconnaître que les hommes volants défient toutes les lois de la parité. La solution pour inverser la tendance ? L’Oiselle. Née en 1909 sous la plume de René d’Anjou, pseudonyme de la romancière Renée Gouraud d’Ablancourt, dans La Mode du Petit Journal, un hebdomadaire féminin, L’Oiselle narrait les tribulations de Véga de Ortega, grande dame qui, en plus d’avoir la capacité de voler dans les airs au moyen d’un costume baptisé « Ladybird », disposait également de nombreux gadgets, dont une lunette de vision nocturne et les « 12 tubes de vie » qui augmentaient ses sens.

Science-fiction naturaliste, à mi-chemin entre Sherlock et Doctor Who, voilà le genre de projet qui serait bien à son aise sur la BBC, (on pourrait même imaginer le retour des Daleks, tiens). Pour le rôle principal, la moue rieuse et délurée de Phoebe Waller-Bridge (Crashing, Fleabag) s’impose comme une évidence. Côté réalisation, presque 30 ans après Tetsuo, Shinya Tsukamoto trouverait matière à redorer son blason cyberpunk.

Les aventures sous-marines de l’incroyable Hictaner

Ce n’est pas Poséidon qui me contredira : sous prétexte qu’ils ne volent pas haut, on a tendance à négliger les super-héros qui boivent la tasse. Bien avant le Sub-Mariner (1939), bien avant Jacques Cousteau, l’écrivain Jean de la Hire a pourtant raconté sous forme de feuilleton, paru dans le journal Le Matin, les aventures de L’Homme qui peut vivre dans l’eau (1909). Mi-homme mi-requin, ce personnage surnommé l’Hictaner (rien à voir avec NTM) était le dernier survivant de son espèce qui se lançait dans une guerre enragée contre le peuple de la terre pour venger ses congénères (Spoiler alert : jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il n’était pas issu d’un peuple qui avait beaucoup souffert mais le fruit d’une expérience qui avait mal tourné).

Seulement voilà, la jurisprudence Waterworld le prouve : ce genre de projet peut vous couler un studio. Il faudrait donc avoir les reins solides d’un grand réseau, comme ABC ou NBC, pour accueillir les aventures de cet être amphibie. En showrunner, James Cameron de par sa connaissance des abysses serait le candidat idéal (n’a-t-il pas réalisé Aquaman dans Entourage ?) mais comme on peut se douter qu’il ait d’autres Avatars à fouetter, autant s’adresser à son double maléfique, Michael Bay, qui a prouvé avec Pearl Harbor qu’il avait le pied marin. Quant au rôle titre… Eh bien. Est-il besoin de rappeler que Michael Phelps ne sait plus trop quoi faire depuis qu’il s’est retiré des bassins ? Sinon, on peut toujours demander à Samir Guesmi qui a démontré dans L’Effet Aquatique qu’il n’avait pas peur de mettre la tête sous l’eau (en plus de porter beau le slip de bain)…

La riposte de l’Homme-tigre

En matière de super-héros comme ailleurs, il faut parfois revenir aux fondamentaux. Après tout que demande le peuple ? Des capes en satin ? Des go-go-gadgets au poing ? Des pouvoirs improbables ? Que Nenni. Les gens veulent des bourre-pifs, de la castagne, un peu d’action, que diable ! HBO comme Netflix l’ont bien compris en développant respectivement Banshee (sur Cinemax) et Luke Cage. Des gros bras qui n’ont pas peur de taper du poing sur la table, ça marche. Toujours. Voilà pourquoi les aventures de Félifax, l’Homme-Tigre, personnage créé en 1929 par Paul Féval, seraient parfaites pour fournir son quota de pop-corn à France Télévision. Synthèse de Tarzan, Wolverine, Mowgli (et donc un peu de PNL), ce rude gaillard vit à Bénarès, en Inde, entouré de deux tigres qui se trouvent être aussi ses frères de lait (une manière subtile de rappeler qu’on choisit pas forcément sa famille). Mais là où Félifax se distingue de ses semblables aux tenues légères, c’est qu’il arbore dans le dos les rayures caractéristiques d’un tigre et le devient complètement dès lors qu’une personne lui tape un peu trop sur le système (ce qui pourrait donner une catchline du genre, « ne m’obligez pas à monter sur mes grands félins »). Pour le rôle titre, la concurrence serait rude entre Pierre Niney, Louis Garrel et Gaspard Ulliel (pour le côté animal à fleur de peau). On pourrait aussi demander à Joey Starr mais entre le tigre et le jaguar, il y a quand même un monde. À voir. Quant à la réalisation, Antonin Peretjatko a déjà montré que La Loi de la Jungle ne lui faisait pas peur.

S comme Satanax

Si l’on énumère les caractéristiques de Satanax — force herculéenne, lycra moulant, capacité de voler (dans les airs, hein, pas à l’étalage) — on a tôt fait d’en conclure à l’ersatz de Superman. Sauf qu’ici l’éphémère vient se mêler à la fête. Dans cet illustré lancé en 1948 par Auguste Liquois, on suit les aventures d’Arsène Satard, petit bonhomme effacé, dominé par son épouse, qui un jour croise la route du Père Athanase, une sorte de sorcier, qui lui confie des pouvoirs hors du commun, non pas parce qu’il le trouve sympa ou bien coiffé, mais parce que sa moralité est à toute épreuve. Résultat : Arsène s’étoffe. Il lui suffit désormais d’entrer en contact avec une flamme pour se transformer en Satanax « le surhomme d’une heure » (non, il ne s’agit pas d’une publicité pour du Viagra).

Si ce n’est pas le format parfait pour une adaptation télé, ça ! Pour Canal +, on pourrait imaginer quelque chose entre 24 Heures Chrono et Ma Sorcière bien aimée, mêlant science-fiction, satire sociale et cocasserie. Question casting, misons sur l’inénarrable Vincent Macaigne dans le costume principal et Thomas Salvador, le réalisateur deVincent n’a pas d’écailles, derrière la caméra. Sinon, il y a toujours le ticket gagnant Vincent Lacoste / Riad Sattouf.

Antoine Santaille et sans reproche

Sorti aux alentours de 1944, le roman L’Étrange faculté d’Antoine Santaille de Pierre Jouvet met en scène un jeune garçon maltraité qui pourrait être décrit comme le chaînon manquant entre Ant-Man et L’Incroyable Hulk. Pris de terreur, il se transforme en mini-pouce. Sous l’effet de la colère, le voilà qui se change en colosse. Dure loi des métamorphoses. C’est un peu Kafka qui rencontre Jonathan Swift sur fond de guerre imminente (l’histoire se conclut en 1938 lorsque Santaille réalise que ses pouvoirs pourraient servir à son pays).

Imaginons un petit changement de sexe, ni vu ni connu, pour permettre à la merveilleuse Millie Bobby Brown (Stranger Things) de prêter son aura mystérieuse à cette fable. Made in Netflix, si possible. Et comme la science des rêves, ça ne s’improvise pas, Michel Gondry serait l’homme de la situation pour donner corps à cet imaginaire espiègle.

Bendor le magnifique

Sorte de Buzz l’éclair avant l’heure, Bob Bendor est un joyeux drille qui, pour tuer le temps, explore l’espace dans une combinaison jaune, marquée d’un B qui veut dire Bendor ou bien… dieu sait quoi. Toujours accompagné de sa fiancée, la jolie Béryl, ce super-héros affronte de multiples ennemis, robots, martiens, voyous, hiboux, cailloux, sans jamais perdre de vue l’essentiel.

En effet, ce super astronaute célèbre chacune de ses victoires par une tournée de jus de raisin. Pourquoi tant de soif ? Parce qu’il s’agit tout simplement d’un personnage publicitaire dessiné par Georges Potier en 1959 pour le compte d’une filiale du groupe Ricard, spécialisée dans le jus de raisin. S’il venait à France 5 l’envie de se caler une petite série de science-fiction célébrant les joies du voyage et du compagnonnage, peut-être pourraient-ils en confier les clés au duo Benoît Délépine et Gustave de Kervern… Surtout que l’ami Benoît Poelvoorde, dans la lignée de Saint Amour et des Portes de la Gloire, ferait un excellent Bendor.

Romain Monnery — Illustration de Apollo Thomas pour Episode/ARTE

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