Pourquoi le noir et blanc en photographie continue-t-il à faire tant d’élan ?

Henri Cartier-Bresson — Martine’s Legs, 1967 — imprimé : 1989 — (30,6 x 40,2 cm.) — Photographies, Gelatin silver print

L’une des premières raisons pouvant être évoquée serait la norme historique, certes la couleur existe depuis 1903, mais face à ses résultats imprécis la plupart des photographes restaient sur des films Noir et Blanc. Tout cela entraîne donc que lorsque l’on s’intéresse aux grands maîtres de la photographie des ses années là, lorsque l’on veut renouer avec la légende photographique, on découvre des œuvres en Noir et Blanc. Telle que les œuvres de Henry Cartier Besson, Robert Doisneau ou encore Walker Evans. Cette découverte instaure en premier lieu une sorte de « regard en Noir en blanc ».

Robert Doisneau — Le Baiser (The Kiss), Hotel de Ville, Paris, 1950
Printed: 1980s — (340 x 383 mm) — Photographies, Silver print, unmounted

Un autre argument pouvant être invoqué serait la “sur-consommation” d’image colorée. En effet, la société actuelle tend vers l’accumulation d’image riche en couleur comme dans la communication, les réseaux sociaux etc… Certaine marque tente de se différencier justement par le fait de se marginaliser en utilisant le Noir et Blanc car celui-ci viens restituer le monde qui nous entoure autrement. L’on vient donc instaurer un regard libéré des “parasites collectif”.

Ainsi le Noir et Blanc favorise le fait de briser les visions ancrées dans l’inconscient collectif.

Il vient instaurer une manière de porter un regard paisible sur les êtres et les situations, par l’offrande d’un décalage de réalité. En transformant les couleurs en nuances, en cachant les éléments qui ne sont pas là pour être vue, mais plutôt perçu par leur présence chromatique. Il vient sortir de l’ombre un réel et vient ainsi engager une conversation, il instaure une distance sans trahir le réel, vient donner à la photographie une sorte d’objectivité, vient appuyer le dialogue entre passé et présent.

Walker Evans — Main St., Ossining, New York, 1932 — Photographies, Gelatin silver print

Par son rendu âpre, contrasté, il vient rendre en image les fragilités et les imperfections d’un autre monde. Il laisse le regardeur saisir la fracture de l’interstice, le laissant ainsi s’émouvoir.

Nous ne pourrions conclure cette article, sans parler du rôle d’éducateur qu’il lui est inhérent. En effet, le Noir et Blanc vient rendre évident la séparation entre ce que l’on voit et ce que le boitier peut capturer. Il est là par sa pratique un exercice de composition, de compréhension des contrastes et des gammes colorimétriques.

Partons du principe que les raisons évoquées dans cette article sont non exhaustives.