Pourquoi les artistes français sont-ils moins bien cotés que les étrangers ?

Légende photo: Robert Heinecken, Figure Horizon #4, 1972
7 photographic emulsion prints on canvas
11.875 x 124.25 inches, 30.16 x 315.6 centimeters

Il y a plusieurs facteurs itinérants à cette question, nous en parlerons ici de manière assez grossière, pour dégager les principaux axes de réponses.

Le premier facteur pourrait être un facteur historique, en effet, le premier facteur daterait de 1964, quand pour la première fois, Robert Rauschenberg, un américain, emporta le lion d’or à la Biennale de Venise. Cela fit d’or et déjà basculer le soleil du côté de l’Amérique triomphante. Les commissaires-priseurs français, avaient raté le coche estimant le rachat de la maison de ventes new-yorkaise Parke Bernet « sans intérêt », ils avaient ainsi laissé la voie libre à Sotheby’s.

Dans les années 80, Jack Lang tenta de faire renouer les artistes français avec la réussite et l’épanouissement en prônant la multiplication des centres d’art, la création du Fonds régional d’art contemporain (FRAC) et des Fonds national d’art contemporain (FNAC) et enfin l’injection de fond par l’Association française d’action artistique (AFAA). Mais tout cela ne fit pas remonter pour autant l’économie des artistes français, ni leur reconnaissance.

Le fait d’acheter des œuvres et de les regrouper en un lieu « caché »[1] ne peut en effet, pas favoriser la reconnaissance et la renaissance de l’art français. Car les œuvres achetées, ne seront peut-être même jamais exposer dans un musée ou dans un lieu d’exposition. L’idée est de renflouer les comptes des artistes à court terme, mais en aucun cas de faire grimper leur réputation et du coup leur valeur sur le marché mondial.

Restons pour le moment, sur les problèmes d’ordre étatique, économique et sociologique. Le problème en France, c’est une fiscalité « assassine », plusieurs lois, dont les lois sur les import/export ou encore sur l’augmentation de la TVA vers les 10% ne favorisent en aucun cas un climat propice aux échanges « artistico-commerciaux », et favorise plutôt les fuites économiques vers les paradis fiscaux. Cette lourde fiscalité à d’ailleurs pousser hors de nos frontières nos collectionneurs, partis gouter à l’herbe fraiche, des pays fiscalement plus indulgents.

Nous pourrions comme l’on soumit certains économistes dans des articles tendres vers une déductibilité fiscale envers les entreprises et les collectionneurs lorsqu’ils font don à un musée d’un œuvre ou encore d’un avoir fiscal correspondant à la valeur du tableau.

L’instabilité de la cote des œuvres française, dû par ailleurs à l’instabilité du marché financier, elle même dû aux « pirouettes économiques et sociales » de nos dirigeants ont renforcé l’idée des investisseurs d’investir justement à l’étranger jugeant les marchés moins flottant. Nous disposons donc de quelques amateurs d’arts en France, mais trop peu de collectionneur.

Comme dit précédemment, notre marché instable entraine forcement des spéculations négatives envers les œuvres des artistes français, du coup, les galeries où autre organisme censés développer la cote des artistes sur le marché international n’exerce pas leur fonction et se rabattent sur des « valeurs sûr » comme les artistes américains, allemands, asiatique etc… pour rentabiliser les coûts de productions, comme lors des expositions à la FIAC ou à la Biennale.

Ces spéculations négatives dû au climat économique ne sont pas l’unique facteur, du « désenchantement » de l’art français, le fait que nos artistes soient vieillissant (1960–1990) viens renforcer « la peur d’investissement » des galeristes, les artistes ne produisent plus forcément assez pour être rentable à court terme et ne sont plus forcément présent lors des grands événements, comme les foires qui sont les « gagne-pain » des galeristes.

Un autre facteur à envisager, est le problème du médium, en effet, la plupart des artistes français (C.Boltansky, S.Calle, etc…) travaillent sous formes d’installation, l’installation est un format beaucoup moins commercial, les acheteurs étrangers préfère la peinture qui est justement un format beaucoup plus commercial sur le marché. Une peinture peut s’exporter et s’installer plus facilement qu’une installation. Il faut ainsi noter que c’est surtout pour la peinture que les enchérisseurs se battent.

Nous avons parlé précédemment de la fuite des collectionneurs, parlons maintenant de la fermeture de grande galerie durant ses dernières années, comme la galerie Sollertis à Toulouse ou encore la galerie Gaillard ou encore la disparition d’une des plus importantes galeries parisiennes, le galerie Jerôme de Noirmont. Tout cela viens renforcer encore une fois un contexte économique malsain et viens également faire perdre des atouts aux artistes français.

Un autre problème majeur en France, c’est l’indifférence du peuple pour l’art contemporain, partant de cela il est tout de suite difficile d’envisager du marketing avec les médias actuels, difficile de mobiliser des entreprises, il est juste impossible d’entreprendre quoi-que-ce-soit face à ce manque d’intérêt, face à cette demande anémiée. Il n’est guère possible de briller sur la scène internationale sans un marché interne vivant et solide, sans un peuple qui soutient des valeurs artistiques.

[1] Cette collection regroupe plus de 90 000 pièces d’arts plastiques, de photographies, d’arts décoratifs ou de design, conservées depuis 1991 dans un bâtiment de 4 500 m2 à Puteaux, sous l’esplanade de La Défense. Il s’agit donc d’un dépôt et non d’un lieu d’exposition, les œuvres étant prêtées en fonction des demandes des musées, administrations ou autres évènements.