Magnéto : faire rayonner la culture par l’audio

Alors que le festival Résonance aura lieu du 18 au 20 août prochain à l’Esplanade, rencontre avec Zoé Gagnon-Paquin, cofondatrice de Magnéto pour discuter de l’avenir de la création radiophonique.

Rappelons que Magnéto est un organisme sans but lucratif, fondé en juin 2016 à Montréal, qui fait parti de la communauté Esplanade. L’entreprise collective souhaite faire rayonner la culture par l’audio ainsi que contribuer au développement de la création sonore et radiophonique au Québec par le biais des nouveaux outils numériques. L’équipe est composée de Zoé Gagnon-Paquin, Marie-Laurence Rancourt, Olivier Gignac et de nombreux collaborateurs et créateurs associés.

Esplanade : En quoi consiste les activités de Magnéto exactement?

Zoé Gagnon-Paquin : Notre activité principale est la réalisation de créations radiophoniques indépendantes : raconter des histoires qui sont à la fois prenantes, contemporaines et québécoises. Nous voulons fédérer une société d’auteurs et de créateurs au sein de la province, non seulement en créant des oeuvres nous-mêmes mais en aidant aussi ceux qui veulent s’y initier. Par exemple, les journalistes et les documentaristes souhaitent de plus en plus s’essayer à ce format. Il y a une forte demande dans ce domaine et nous sommes la première initiative de ce genre au Québec à vouloir y répondre. Nous nous sommes inspirés des innovations en radio à l’ère numérique qui connaissent une grande popularité aux États-Unis, en Belgique et en France. Des expériences sonores originales conçues par des créateurs, professionnels et amateurs qui conduisent à une redéfinition de la radio.

L’équipe de Magnéto (de gauche à droite : Antonin Wyss, Jérémie Bédard-Wien, Zoé Gagnon-Paquin, Marie-Laurence Rancourt et Olivier Gignac) — Photo : Marie-Ève Rompré

D’ailleurs quelle est la différence entre création radiophonique et radio selon vous?

D’un côté on a la radio (FM, AM, webradio) qui repose sur le modèle de diffusion classique que l’on connaît tous et de l’autre, on a la création radiophonique qui vient rétablir la distinction d’une matière sonore qui aura été conçue avec le souci de l’expérience vécu de l’écoute et la sensibilité de l’auditeur. Nous continuons de parler de « radio » pour décrire nos contenus mais nous nous sommes libérés des exigences des ondes AM et FM. Cette radio traditionnelle implique un contenu le plus souvent en direct avec une durée donnée ainsi qu’un ton convenu et la présence d’animateurs au micro. Avec notre modèle, qui est de créer des émissions en baladodiffusion directement sur le web, nous pouvons réaliser des documentaires et des fictions affichant une grande variété de formats et de tons tout en prenant le temps d’aller enregistrer sur le terrain des voix saisissantes. Nous cherchons à plonger et surprendre les auditeurs par les univers que nous créons.

En tant qu’entreprise collective, comment définissez-vous votre impact social?

Nous voyons Magnéto avant tout comme un projet social, qui fait la promotion de valeurs d’écoute, d’empathie et de découverte d’autrui. Magnéto c’est une entreprise collective à plusieurs titres. Par exemple, nous avons tous le même salaire, ce qui permet une gestion horizontale et démocratique.

L’impact qu’on souhaiterait atteindre est d’inspirer des attitudes de découverte et d’écoute pour les artistes, les acteurs sociaux et les chercheurs pour permettre de se donner le temps de s’écouter et se découvrir.

Aujourd’hui, il y a trois sphères de personnes que nous touchons : le grand public d’abord parce que toutes nos créations sont disponibles gratuitement. Il est important pour nous d’offrir nos contenus en libre accès pour participer à l’émancipation culturelle de la province. Nous avons ensuite un impact auprès des créateurs, venant de milieux très variés, parce qu’on leur permet de développer leurs activités dans un cadre structuré. Enfin, nous avons un impact au sein du milieu culturel qui est le premier public de Magnéto et qui nous a permis de nous développer en nous commandant nos premières créations. Depuis longtemps, le milieu culturel dénonce la disparition de la chaîne culturelle de Radio-Canada et pour eux avoir accès à un service comme Magnéto est nécessaire au bon fonctionnement de la culture au sein de la province.

Vous organisez le festival Résonance du 18 au 20 août prochain à l’Esplanade, à quoi peut s’attendre le public?

Résonance, c’est trois jours d’échanges, de découvertes et de formations pour les passionnés de la radio mais aussi pour ceux qui souhaitent s’y initier. C’est faire résonner la création radio québécoise, son histoire et ses auteurs. Nous souhaitons offrir un tour d’horizon de cette discipline en pleine effervescence avec 5 séances d’écoute. Le public pourra à la fois découvrir des documentaires, des fictions et des paysages sonores à la fine pointe de la création contemporaine. C’est vraiment le moment de découvrir la crème de la crème de notre discipline : nous avons invité les meilleurs créateurs sonores disponibles à Montréal. La programmation est adaptée à un large public y compris les plus jeunes pour qui nous avons développé un segment spécial. Entre deux séances d’écoute, les participants pourront bénéficier de formations sur divers aspects de la création radio et écouter des entretiens alors que des moments de réseautage permettront de réfléchir collectivement au rôle de la création radio dans l’espace public et culturel québécois. Cela va être trois jours vraiment inspirants et nous sommes très contents que cette première édition se déroule à l’Esplanade. Nous sentons que c’est un lieu favorable à ce genre d’initiative. Nous encourageons les gens de tout horizon à nous rendre visite pour nous rencontrer, discuter ou bien faire une séance d’écoute, ce qui est en soi une expérience que peu de gens ont l’habitude de faire.

Pour consulter la programmation du festival Résonance, cliquez ici.