Introduction — 1/5

Anton Deums
Oct 22, 2017 · 6 min read
Illustration de Jacques Azam — Tous droits réservés

Cet article est le premier d’une série dans laquelle je pose, avec mes mots, les premières graines de ce que serait pour moi un modèle de méta-organisation/gouvernance au service du commun.

Elle se compose comme suit :

La question à la base de ce projet est : comment faire émerger des consensus d’action entre organisations, collectifs et individus des Transitions ?

Voici une première ébauche de réponse. Je vous la transmets comme un plaidoyer pour un “Réseau politique des Transitions”.

À ceux qui s’organisent.

Ndlr : Nombreuses sont les références et valeurs communes nécessaires à la bonne compréhension que je prends pour acquis en écrivant cela. Cet essai n’est donc pas là pour convaincre du bien fondé du sujet mais plutôt pour proposer une première ébauche de projet collectif. Je vous demanderai donc même si vous êtes seulement de passage et que vous ne pensez pas (ou pas encore.. ?) participer à la co-construction de ce modèle de vous glisser quelques minutes avec moi dans la peau d’un contributeur.

Les acquis :

⁃ Nous dressons un constat similaire de l’état de notre société tant au niveau environnemental, que social (les problèmes..)
⁃ Nous partageons une base de valeurs communes (LowTech, TILIOS, buen vivir, convivialisme, permaculture, simplicité, etc. — les « aménagements » possibles en face des problèmes)
⁃ Nous recherchons quelque chose de perfectible et non de parfait immédiatement
⁃ Nous cherchons le consensus entre nous (individus, collectifs et organisations)
⁃ Nous essayons de dialoguer de manière constructive
⁃ Nous acceptons de remettre en question nos connaissances et certitudes
⁃ etc

Préambule

Poser les bases fonctionnelles d’un modèle de gouvernance de transition à grande échelle « horizontal, organique, dynamique, décentralisé, stigmergique, etc. » (peu importe le nom qu’on lui donne) semble quasi impossible aujourd’hui. Les mouvements et individus des transitions paraissent courir de plus en plus vite sans pour autant qu’aucun « seuil de transition » à l’échelle de la société ne soit franchi. L’absence de conscience globale et systémique des problèmes auxquels doivent faire face nos sociétés semble un frein considérable à tout changement d’ampleur. La société fonce ainsi dans son écrasante majorité droit dans le mur risquant d’entrainer dans sa chute une bonne partie de l’humanité telle qu’on la connait aujourd’hui.

Il apparaît malheureusement peu probable que nous arrivions à inverser le cours des choses. Ainsi, on préférera parler d’aménagements possibles en face des multiples crises à venir et non de solutions. Ceci étant entendu non comme fatalisme, mais comme une analyse « froide » et scientifique des faits. Nos espoirs se tournent donc non pas dans des solutions miraculeuses mais dans des multitudes de petits aménagements qui pourraient, s’ils en venaient à faire système, nous permettre de conserver un certain niveau d’interaction, de transmission de connaissance, de capacités à répondre à nos besoins de manière plus directe, locale et écologique et donc finalement, de vie.

Parmi ces aménagements il en est un qui m’apparait de plus en plus capital : notre capacité à nous organiser à grande échelle en dehors des institutions et entreprises dont nous dépendons encore en grande partie aujourd’hui. Car dans un contexte d’effondrement de la société thermo-industrielle, nous ne pourrons plus compter sur les mastodontes ultra-complexes et donc consommateurs de ressources que sont nos grandes institutions et entreprises, ils seront les premiers à péricliter (cf sélection r/K). Le modèle plus résilient vers lequel nous essayons de tendre s’articulerait lui autour de milliers de petites organisations diverses et variées qui auront et ont déjà besoin de communiquer des informations et de prendre des décisions communes rapidement.
Si nous sommes, individus, collectifs et organisations des « Transitions », de plus en plus à le penser, il reste encore beaucoup de chemin avant de voir émerger un tel modèle de gouvernance/organisation.

Je me propose ici d’ébaucher ce que serait un tel modèle. Ce court essai se veut comme une première proposition avant d’engager un travail collectif de rédaction. Il est issu de bien des discussions et échanges avec des personnalités toutes aussi concernées et passionnées que moi par le sujet ainsi que de nombreuses lectures.

Introduction

Pourquoi parler d’une méta-gouvernance ?

J’ai commencé à abordé la question dans le préambule, mais je vais me permettre d’insister encore un peu. Il semble aujourd’hui que nous soyons de plus en plus nombreux à réaliser l’importance des interactions et connexions entre nos organisations/initiatives/collectifs pour qu’une transition à l’échelle de la société puisse se réaliser. Je ne parle pas ici de développer des actions locales, bien que celles-ci soient une des briques de base de la transition, mais bien des connexions entre nos initiatives locales qui vont permettre de faire émerger un nouveau modèle. Pour ce faire, il semble nécessaire de disposer d’un moyen de communication ainsi que d’un levier d’action inter-organisations. On ne compte plus pourtant les fédérations et autres initiatives de réseaux centralisateurs mais aucune ne semble parvenir vraiment à transformer les « utopies locales » en système global.
J’emploierai donc le terme « méta-gouvernance » pour désigner un modèle capable de produire des « Actions Communes » ou des consensus d’actions entre les individus, collectifs et organisations des Transitions.
Avant de continuer, il est important de préciser que la méta-gouvernance en tant que telle n’a pas vocation à centraliser et uniformiser nos organisations bien au contraire, il est essentiel que les modes de gouvernance de nos organisations restent divers et variés, adaptés aux contraintes locales. Elle est envisagée seulement comme une couche supérieure qui nous permettrait d’agir en dépassant les cadres locaux. En d’autres termes, elle permettrait via des « Actions Communes » de réaliser des projets qui demandent l’implication d’une multitude d’acteurs et de ressources aujourd’hui laissés aux seules organisations capables de les réaliser, les institutions publiques et les grandes entreprises, avec tout ce que cela entraine (déconnexion des contraintes environnementales, dépossession du pouvoir politique des citoyens, incapacité d’une part importante de la population à répondre à ses besoins premiers, etc.)

Objectif : des consensus d’action ou Action Commune

La méta-gouvernance, finalement, c’est définir les « règles » qui nous permettraient de construire de telles actions/consensus en bottom-up (de bas en haut, depuis la base, nous les citoyens). Ces actions n’auraient à l’inverse d’aujourd’hui, pas de frontière commune ou de thématique définie, chacune serait unique, et répondrait à un besoin spécifique. Elle prendrait corps dans un territoire dont elle serait seule à poser les limites engageant ainsi à chaque fois des acteurs et de ressources différentes.
Ce système me semble avoir plus d’un avantage. En premier lieu, la simplicité/sobriété. En effet, des « dépenses » (entendu en terme énergétique) seraient engagées uniquement lorsqu’un besoin deviendrait suffisamment pressant pour qu’un ensemble d’acteurs s’emparent de la problématique. Il limiterait ainsi beaucoup de projets qui ne répondent pas directement à un besoin donné simplifiant grandement les systèmes administratif, financier et industriel actuels.

Un exemple pour illustrer :
Imaginons qu’un groupe de 2000 personnes habite un rayon de 50 km mais à la frontière de 3 pays et que ce groupe voudrait développer un réseau d’irrigation agricole commun. Aujourd’hui limité par les frontières administratives des pays, ils auraient énormément de mal à le faire. Une Action Commune passerait outre la problématique en spécifiant qui, comment et avec quels moyens cela sera réalisé et ce peu importe le système en place. Ce groupe serait ainsi à même de répondre à son besoin directement (développer une meilleur gestion de l’eau pour ne plus perdre ses cultures par exemple) et ce en prenant en compte les contraintes sociales et environnementales locales qu’il est le mieux placé pour connaitre puisque directement impacté par elles.

Prise en compte de la complexité — Introduction à la pensée complexe

Il me semble essentiel pour se prêter à un exercice d’une telle complexité (définir un modèle de méta-gouvernance/organisation) de s’attarder un moment sur le fonctionnement de notre société et la multiplicité des facteurs en jeu. Bien que la partie qui va suivre n’a pas vocation et ne peut évidemment pas résumer une telle complexité, s’y attarder un minimum me semble nécessaire pour tenter de dresser une « liste de conditions » pour qu’un tel modèle puisse a priori fonctionner. En partageant un constat commun, nous pourrons ainsi éviter nombre d’écueils dans le travail collectif titanesque à venir.

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