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Bien choisir ses amis

L’intérêt de l’amitié est plus profond que sa nécessité

Temps de lecture estimé : 4–5 minutes

Dans notre ère de l’instantanéité, entretenir une amitié est une épreuve difficile et de longue haleine. Un exercice nécessaire qui forge l’existence, mais pouvant aussi énormément décevoir.

C’est dans la troisième lettre envoyée à Lucilius que Sénèque évoque l’importance de bien choisir ses amis.

La solution au problème de l’amitié se trouve dans la définition d’un sens objectif, de ce dont l’amitié devrait être faite, au lieu de la subir passivement, sans but.

Une définition de l’amitié

Pour Sénèque, le grand caractère de la véritable amitié réside dans la mise en commun des pensées et des soucis.

Nous ne parlons pas des « amis » comme le désignent les réseaux sociaux pour toute personne à laquelle vous avez accordé l’accès à vos données personnelles. Mais plutôt du sens premier de l’amitié, celui qui lie deux personnes par un sentiment réciproque d’attachement et de sympathie.

Toute relation d’amitié engage une saine réciprocité. Trop de déséquilibre conduit à la jalousie ou à la tyrannie. Si nous n’y prenons garde, même le plus grand des amis peut finir par être notre pire ennemi.

Dans Les 48 Lois du Pouvoir, Robert Greene raconte l’histoire de Michel III, empereur de Byzance, qui avait placé bien trop de confiance en son ami Basile. Les deux s’étaient rencontré quelques années plus tôt lorsque Michel avait fait le tour des écuries. Un étalon encore indompté s’était détaché et Basile, jeune palefrenier, avait sauvé la vie du souverain.

Impressionné par la force et le courage de son sauveteur, Michel a immédiatement promu Basile, grand écuyer, le couvrant de cadeaux et de faveurs. Ils deviennent rapidement inséparables.

Mais Michel ne s’arrête pas là, il transforme Basile, obscur palefrenier en un courtisan raffiné éduqué dans les meilleures écoles. Ce dernier en deviendra avare de richesse et de pouvoir au point d’en tuer Michel, son bienfaiteur et meilleur ami.

Michel III avait misé son avenir sur la gratitude que Basile aurait dû éprouver pour lui. Il avait créé un monstre assoiffé de pouvoir.

Basile, encombré par la charité du souverain, a simplement fait ce que beaucoup de personnes auraient fait dans une telle situation : ils oublient les faveurs reçues et s’imaginent devoir leur succès qu’à leurs propres mérites.

Avant d’être un ami, soyez juge. Choisir un ami réclame du temps car il s’agit de sélectionner les rares personnes qui feront partie de votre cercle intime : ceux en qui vous avez autant confiance en eux qu’en vous-mêmes.

Deux excès à éviter

Aujourd’hui, il est facile de faire de nouvelles rencontres, d’accueillir des milliers d’hôtes dans sa vie. Ces passagers n’offrent aucune consistance, ils ne favorisent pas les bonnes conditions que nécessite toute entente cordiale.

« Ce qui ne doit se confier qu’à l’amitié, certains hommes le racontent à tout venant ; toute oreille leur est bonne pour y décharger le secret qui les brûle ; d’autres, en revanche, redouteraient pour confidents jusqu’à ceux qu’ils chérissent le plus, et, s’ils le pouvaient, ne se fieraient pas à eux-mêmes : ils refoulent au plus profond de leur âme leurs moindres secrets. »— Sénèque, Lettre 3

Ceux qui se livrent à tous sont dans une mobilité toujours inquiète et déstabilisante. Ceux qui ne disent rien sont dans une continuelle inaction qui confine à l’énervement et au marasme. Ces deux excès sont à éviter.

Comme le disait Pomponius : « II y a des gens qui se sont tellement réfugiés dans les ténèbres que tout leur paraît trouble au grand jour. »

Comme la nature qui a crée le jour et la nuit, il faut équilibrer l’action et l’inaction. La personne oisive, celle qui ne se livre à personne par complaisance, doit aussi agir. La personne agissante, qui partage tout au premier venu, doit se reposer.

Quatre types d’amis

D’après une vidéo de School of Life, il y a au moins quatre exercices que nous pourrions essayer de faire avec les gens que nous connaissons pour identifier ce qu’ils peuvent nous apporter et mesurer notre compatibilité.

L’ami collaborateur : est celui qui peut aligner ses capacités et énergies avec les nôtres pour exaucer les souhaits de nos imaginations comme déménager, nous présenter à un milieu ou construire une pyramide.

L’ami rassurant: nous donne accès à un sens nécessaire et précis de ses propres humiliations et folies, des aperçus avec lesquels nous pouvons commencer à nous juger (confessions, regret, rage, confusion), nous et nos tristes vies compulsives de façon un peu plus compatissante.

L’ami amusant : nous délivre de la pénibilité d’être sérieux en toutes circonstances. Avec lui, nous pouvons être stupides de manière thérapeutique (faire des accents, partager nos fantaisies lubriques). L’ami amusant règle nos problèmes de honte autour de ces côtés de nous qui sont importants, mais médiocres.

L’ami penseur : répond à nos attentes. Il pose des questions gentilles mais inquisitrices, qui agit comme un miroir qui nous assiste avec la tâche de nous connaître. Il offre du recul pour déterminer les problèmes qui restent coincés en nous et propose de nouvelles perspectives pour y remédier.

Opérer une sélection consciente

Je vois les relations sociales comme une sorte de compte bancaire qui enregistre toutes les transactions que chacun a investi. Plus l’équilibre des comptes est grand, plus la confiance est grande entre les deux parties.

Ceux qui se livrent à tous misent des petites sommes émotionnelles. Ce sont des joueurs qui peuvent passer du temps avec des gens pour aucune bonne raison identifiable. Dans toute loterie, le gain de consolation relativise les pertes.

Ces pseudo-amis ne partagent aucune de nos ambitions professionnelles ou intérêts, ils ne sont pas rassurants, et peuvent jouir en secret à l’idée d’imaginer notre échec probable comme un Basile.

Ils sont, comme beaucoup de gens dans nos vies sociales, simplement dans notre orbite par quelconque malheureux accident que nous étions trop sentimentaux pour pouvoir le corriger.

Lorsque Michel avait prit conscience de la situation, il pouvait encore sauver sa vie. Mais l’amitié et l’amour aveuglent ; ils font perdre le sens des réalités. Personne ne peut croire à la trahison d’un ami. Michel s’y refusa et finit la tête au bout d’une pique.

Mon exigence pour l’amitié me pousse régulièrement à faire l’examen des relations que j’entretiens. Est-ce que cette personne m’enrichit quand je discute avec ? Est-ce que je prends plaisir à la retrouver ? Est-ce que je peux compter sur lui dans les moments difficiles ? Notre relation est-elle sincère et réciproque ?

Ce filtre me permet de savoir ce que je peux faire avec mes amis et éviter ceux qui sont incompatibles avec moi.

Nous devons oser être un peu plus impitoyables dans ce domaine. Éliminer sélectivement nos connaissances n’est pas un signe que nous avons perdu toute croyance à l’amitié ; c’est une preuve que nous commençons à être plus clairs et, par conséquent, plus exigeants à propos de ce qu’une amitié pourrait vraiment être.


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