Factfulness : 10 instincts à retenir pour éviter les erreurs courantes et penser plus clairement

Explorez les raisons de notre incompréhension du monde et apprenez comment les éliminer

Onur Karapinar
Sep 22 · 10 min read
Photo de Tim Graf sur Unsplash

Temps de lecture estimée : 9 minutes

Nous vivons dans un monde où les organes de presse présentent des informations simples et dramatiques pour attirer des lecteurs.

En conséquence, notre vision du monde est devenue biaisée. Cette surexposition de mauvaises nouvelles donne l’impression que la situation du monde s’est détériorée et que la souffrance ne cesse d’augmenter.

Mais est-ce vraiment le cas ?

Dans son livre Factfulness, Hans Rosling démontre avec des arguments et des faits que le monde est en train de devenir un monde meilleur que les générations précédentes.

L’adoption d’une approche factuelle, c’est-à-dire de fonder son opinion sur des faits, peut nous permettre de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et de l’apprécier avec plus de clarté et de discernement.

Le fléau de l’ignorance généralisée bride notre compréhension du monde

En 2015, lors du Forum économique mondial, Gosling a posé une série de questions à choix multiples à un public composés de politiciens, d’hommes d’affaires, de chercheurs, de militants et autres.

Les questions portaient sur la pauvreté, les tendances démographiques et la disponibilité des soins de santé de base. Bien que la majorité de l’auditoire ait pu répondre correctement aux questions relatives à la pauvreté, ils ont eu des résultats épouvantables sur les deux autres sujets.

Leurs réponses à ces questions indiquaient une vision du monde extrêmement négative et totalement erronée.

Comment un tel groupe de personnes, instruites et accomplies, pourraient-elles résoudre les problèmes mondiaux si elles ont de fausses idées sur le monde ?

Gosling affirme que c’est dû à une combinaison de connaissances dépassées et d’une vision du monde ouvertement dramatique, qui conduit à des réponses systématiquement fausses.

Notre cerveau, qui ne cesse de porter des jugements rapides fondés sur l’intuition, nous pousse aussi à nous tourner vers le drame, ce qui, par essence, est à l’origine de notre ignorance et de nos croyances erronées.

Bien qu’une mise à jour des connaissances soit facilement possible, ce sont nos instincts dramatiques qui doivent être pris en compte afin que nous puissions développer une compréhension du monde basée sur les faits.

Voici les dix instincts à reconnaître pour éviter des erreurs courantes et prendre de meilleures décisions.

1. L’instinct du fossé

Nous avons tendance à voir les choses en noir ou en blanc, riches ou pauvres, nantis ou démunis. La réalité est tout à fait différente, les choses étant généralement dans une gamme lisse.

La notion de monde divisée en deux groupes distincts de pays : Les pays développés et les pays en développement, ou l’est et l’ouest appartiennent au passé.

Pour contrôler l’instinct du fossé, localisez la majorité. Y a-t-il vraiment un fossé ?

Au cours des quelque 50 dernières années, le monde a connu un changement remarquable et aujourd’hui, la grande majorité de la population vit dans des pays à revenu intermédiaire (environ 75 %) et seulement 9 % de la population vit dans des pays que l’on peut décrire comme pauvres.

Le monde peut être divisé en quatre niveaux de revenu et la grande majorité de la population vit au niveau 2 et au niveau 3, le groupe à revenu moyen.

Le niveau 1 correspond à l’extrême pauvreté et le niveau 4 aux pays les plus riches (Europe, Amérique du Nord, Japon, etc.).

Les choses se sont-elles améliorées ?

Oui ! En 1800, près de 85 % de la population mondiale vivait dans l’extrême pauvreté, sans accès aux soins de santé de base. En comparaison, aujourd’hui, près de 5 milliards de personnes sur 7 vivent dans la tranche de revenu moyenne. Les personnes à revenu élevé et moyen représentent aujourd’hui près de 91 % de la population mondiale.

Même dans les pays pauvres : ceux du niveau 4, les choses ne sont pas aussi mauvaises que la plupart des gens le pensent.

Près de 60 % des filles termine l’école primaire dans ces pays, la plupart d’entre elles mangent à leur faim et disposent d’installations sanitaires de base.

Bien sûr, dans des pays comme la Somalie, l’Afghanistan et le Soudan, les chiffres sont bien pires, mais ces pays sont davantage des exceptions que la règle.

2. L’Instinct du pessimisme

Il s’avère que nous avons la fâcheuse tendance à prêter plus grande attention pour le mal. Nous remarquons les mauvaises choses beaucoup plus vite et beaucoup plus que les bonnes.

Avec toutes les chaînes d’information, les journaux et les autres médias qui nous bombardent constamment de mauvaises nouvelles, comment pouvons-nous aborder le monde avec un regard plus optimiste ?

Plus d’informations sur les mauvais événements et les problèmes qui existent dans le monde ne signifient pas qu’il y en a plus. Cela signifie que nous en verrons plus.

Les journalistes sont aussi des êtres humains comme nous et, en tant que tels, ils sont eux aussi poussés par l’instinct dramatique. Ils choisissent les nouvelles ou les événements dramatiques qui seront diffusés pour gagner l’attention.

Des progrès normaux, graduels et progressifs sont ennuyeux et ne méritent pas d’être signalés dans les nouvelles.

En règle générale, il faut toujours s’attendre à de mauvaises nouvelles.

Pourquoi ?

Parce que, comme nous l’avons mentionné plus haut, une bonne nouvelle n’est pas une nouvelle. L’augmentation progressive des niveaux de revenus, les taux de mortalité infantile ou la baisse constante du nombre de décès dus au paludisme ne sont pas des faits nouveaux.

Être conscient de la perspective naturellement biaisée de l’information nous aidera à réaliser que plus d’informations ne signifient pas plus de souffrance.

Cela signifie probablement qu’il y a plus de distributeurs de nouvelles, armés d’un réseau qui peut atteindre et déterrer des événements dans plus de coins du monde que jamais auparavant.

3. L’instinct de la ligne droite

Tout ne suit pas toujours une ligne droite. On ne s’attend pas à ce que la population mondiale augmente indéfiniment et de façon linéaire.

Pour contrôler l’instinct de la ligne droite, demandez-vous pourquoi cette ligne ne pourrait pas plier.

Par exemple, le nombre d’enfants dans le monde est actuellement estimé à environ 2 milliards, il sera le même d’ici à 2100, et la population mondiale devrait se stabiliser à environ 10–12 milliards.

Cela s’explique par le fait que le nombre de bébés nés par femme a considérablement diminué et qu’on s’attend à ce qu’il diminue encore.

4. L’instinct de peur

Avoir peur peut nous protéger des menaces. Nos ancêtres ont développé cet instinct à des moments périlleux lorsqu’ils étaient exposés à des tigres à dents de sabre et des tribus rivales.

Aujourd’hui, il n’y a plus autant de menaces immédiates, mais nous avons conservé l’instinct de nous inquiéter du moindre élément qui ne nous est ni familier ni rassurant.

Avec une bande passante mentale limitée pour traiter l’information abondante, notre cerveau sélectionne automatiquement le dramatique.

C’est la raison pour laquelle vous n’entendrez jamais parler de la baisse progressive du taux de mortalité due aux catastrophes naturelles dans le monde (de 450 par million en 1965 à 10 par million en 2016), mais vous entendrez immédiatement parler d’un tremblement de terre qui tue quelques milliers de personnes au cours d’une année donnée.

Pour contrôler l’instinct de la peur, calculez les risques : est-ce réellement dangereux ? Qu’est-ce qui pourrait vous arriver de pire ?

5. L’instinct de la taille

Nous avons tendance à attribuer de l’importance à un nombre isolé. La vérité est que la plupart du temps, un nombre seul ne transmet rien, sauf s’il est comparé à d’autres nombres.

Pour contrôler l’instinct de la taille, vérifiez les proportions. Est-il grand en comparaison ?

En 2016, près de 4 millions de bébés sont morts selon les données publiées par l’UNICEF. Bien que le nombre semble énorme, si on le met en perspective avec 14 millions : le nombre de bébés qui sont morts en 1950, il devient évident que 10 millions de bébés en moins sont morts en 2016, comparativement à 66 ans auparavant.

6. L’instinct de généralisation

La généralisation nous a bien servis et permet à notre cerveau de porter des jugements rapides. Cependant, c’est aussi la cause de plusieurs de nos idées fausses.

Pour contrôler l’instinct de généralisation, interrogez vos catégories. En quoi sont-ils différents ?

Lorsqu’on leur a demandé quel pourcentage des enfants d’un an dans le monde ont été vacciné contre une maladie, la grande majorité des personnes très instruites ont massivement sous-estimé ce pourcentage, qui est en réalité d’environ 88 %.

Plutôt que de penser en termes de religion ou de culture, une vision du monde plus précise serait de voir le monde en termes de niveau de revenu.

Un pays qui voit cet indice se développer indique des améliorations prévisibles dans des domaines tels que l’éducation, les soins de santé et les infrastructures de base.

7. L’instinct du destin

Notre propension à assigner le destin d’un groupe de personnes, ou d’une culture, au destin, entrave également notre compréhension du monde et déforme notre perception de celui-ci.

Pour contrôler l’instinct du destin, remarquez la lenteur des changements. N’est-il pas toujours en train de changer lentement ?

Tant de gens croient à tort que les pays d’Afrique ne rattraperont jamais l’Occident, parce que les Africains ont certains traits innés qui ne leur permettront jamais de rattraper leur retard.

Mais si l’on pense ainsi, alors que dire de la croissance fulgurante de pays asiatiques comme la Chine, la Corée du Sud qui sortait d’une dictature militaire, le Japon qui avait subi une lourde défaite durant la Seconde Guerre mondiale ou encore de Singapour qui, malgré de très faibles ressources et problèmes sociaux économiques importants, est devenu l’un des pays les plus prospères au monde.

8. L’Instinct du point de vue unique

Si vous donnez un marteau à un enfant, tout ressemble à un clou. Nous sommes souvent en proie à une seule perspective.

Il est courant pour nous de rechercher des personnes et des informations qui confirment nos propres croyances. Il en résulte un biais de confirmation qui entrave une vision objective du monde.

Il faut constamment mettre ses croyances à l’épreuve afin d’en apprendre davantage sur un problème particulier.

Pour contrôler l’instinct du point de vue unique, utilisez plusieurs outils. Quelles autres solutions existent ?

Bien qu’il y ait beaucoup de choses qui doivent être améliorées ou changées, dans l’ensemble, nous avons fait des progrès remarquables au cours des deux derniers siècles.

La majorité de la population vit aujourd’hui dans les pays à revenu intermédiaire, alors qu’il y a à peine 200 ans, près de 85 % de la population était extrêmement pauvre.

Les progrès de la civilisation ont été considérables, et même les pays sous-développés ont fait des progrès à pas de géant.

Dans l’ensemble, bien que les choses restent mauvaises dans de nombreux domaines, elles sont encore bien meilleures qu’avant.

La vérité, c’est que le monde s’améliore d’année en année en règle générale, et bien qu’il ait encore plusieurs défis à relever, dont beaucoup sont assez sérieux, nos progrès sont indéniables.

Les lecteurs ne devraient pas compter sur une seule source pour toutes leurs informations. N’oubliez pas que la prise en compte de multiples points de vue est la clé d’une compréhension véritable.

9. L’instinct du blâme

Notre désir de trouver des explications simples nous amène à trouver un bouc émissaire. Pour mieux comprendre le monde, il est important de se concentrer sur les causes plutôt que sur un seul méchant.

Pour contrôler l’instinct du blâme, résistez à l’idée d’accuser ou de pointer du doigt. Posez-vous la question : quel système a rendu cela possible ?

Prenons la crise des réfugiés. Lorsque les Européens ont vu des photos de cadavres couler après l’effondrement des embarcations de fortune, de nombreuses personnes ont blâmé les trafiquants.

Si l’on creuse le problème central, nous découvrons que la raison pour laquelle les réfugiés se trouvent sur des bateaux minables vient du fait que la législation européenne exige qu’un réfugié voyageant sans visa soit approuvé comme réfugié valide par le personnel du bateau, avion, bus ou du train qu’il essaie de prendre.

Mais cela est une tâche pratiquement impossible. En outre, le droit européen autorise les autorités à confisquer les bateaux utilisés pour le transport des réfugiés, de sorte qu’un trafiquant n’est disposé à utiliser un bateau fiable et bonne qualité.

10. L’Instinct d’urgence

Nous sommes poussés par l’appel à l’action à plusieurs reprises. Souvent, cela obscurcit notre jugement et déforme notre vision du monde.

Alors que l’instinct d’urgence est, et était, essentiel pour les dangers immédiats, pour mieux comprendre le monde, il n’est guère utile et peut nous conduire à prendre de mauvaises décisions.

Pour contrôler l’instinct d’urgence, faites de petits pas. Pouvons-nous prendre des décisions au fur et à mesure ?

Le changement climatique est une question essentielle, mais certains souhaitent faire passer le message du pire scénario pour répandre la peur dans l’intérêt d’amener les gens à agir.

Mais à long terme, l’exagération peut donner l’impression que les gens se sont trompés, ce qui pourrait conduire des activistes du changement climatique à perdre leur crédibilité et leur espoir d’un monde meilleur ; ce qui est d’une valeur inestimable.

Bien que les pouvoirs politiques et économiques ont l’autorité pour imposer les mesures nécessaires à la résolution du problème climatique, nous pouvons tous agir à notre échelle pour réduire notre empreinte carbone, mettre en place des habitudes saines, éduquer nos proches, inspirer autrui à revoir sa consommation et son mode de vie.

Mais ne soyons pas naïfs non plus, il en est aussi de notre responsabilité à nous préparer au pire pour éviter d’être pris au dépourvu.

En apprenant à reconnaître les types d’histoires qui activent nos instincts dramatiques, nous reprendre le contrôle, prendre de meilleures décisions et éviter des erreurs courantes.

Infographie : Gapminder

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