Irresistible : Comment les nouvelles technologies nous rendent dépendants

Découvrez comment nous pouvons tous être victimes d’addiction comportementale au numérique

Onur Karapinar
Jun 8, 2017 · 8 min read

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Au moment où vous lisez ces lignes, des milliers de personnes d’une intelligence diabolique travaillent à concevoir des produits auxquels vous ne pourrez pas résister.

Notre attention est une ressource précieuse que des entreprises convoitent. C’est pourquoi elles cherchent à faire de leur mieux pour s’assurer que nous prêtions attention à leur produit plutôt qu’à celui d’un concurrent.

Avec l’essor des appareils mobiles et des réseaux sociaux, le contexte de l’addiction n’est plus limité chez soi. Partout, nous sommes entourés de déclencheurs addictifs qui peuvent entraîner le stress, la dépression et l’insomnie.

Dans « Irresistible : The Rise of Addictive Technology and the Business of Keeping Us Hooked », le psychologue social Adam Alter nous explique l’apparition des comportements addictifs, les astuces psychologiques qui rendent les produits si irrésistibles et quelles stratégies adopter pour avoir une relation plus saine avec nos appareils.

Dans cet article, vous allez découvrir

  • Les six ingrédients pour rendre accro n’importe qui si les bonnes conditions sont réunies

Nous sommes tous vulnérables aux addictions

Pendant longtemps, on a pensé que l’addiction était principalement liée aux substances chimiques : l’héroïne, la cocaïne, la nicotine. Il y avait une fausse idée populaire selon laquelle les toxicomanes étaient immorales et faibles.

Au cours des dernières années, les comportements addictifs sont devenus plus communs, plus difficiles à résister et plus grand public. Des personnes développent des addictions cliniques aux jeux vidéos, aux plateformes de réseaux sociaux (Facebook, Instagram et Snapchat).

Quels sont vos vices de l’Internet ? — Illustration : Patrick Moberg

Ces nouvelles addictions n’impliquent aucune substance, mais elles produisent les mêmes effets parce qu’elles sont attirantes et bien conçues ; elles activent les mêmes régions cérébrales, et sont alimentées par certains des mêmes besoins humains fondamentaux : l’engagement social et le soutien social, la stimulation mentale et un sens de l’efficacité.

Une étude de 2011 a suggéré que plus de 40 % de la population souffrent d’une forme de dépendance liée à Internet (courriels, jeux, pornographie). Ce chiffre est certain d’avoir augmenté avec l’adoption des tablettes, smartphones et autres applications.

La Chine est devenue le premier pays à déclarer l’addiction à Internet comme un trouble clinique, l’étiquetant comme « la menace de santé publique numéro un » pour sa population d’adolescents. C’est un problème de masse dont les conséquences à venir demeurent inconnues.

Les ingrédients de l’addiction comportementale

La dépendance est essentiellement la volonté de s’engager dans un comportement immédiatement gratifiant malgré des conséquences négatives à long terme pour le bien-être physique, mental, social ou financier.

L’addiction comportementale se compose de six ingrédients :

  1. Des objectifs irrésistibles qui sont à notre portée

En théorie, vous pouvez être accro à tout un tas de choses. Tant que cela parvient à répondre à un besoin profond et que vous le faites de façon compulsive en négligeant d’autres aspects de votre vie.

Nous sommes conçus de telles sortes que, tant qu’une expérience touche les bons boutons, nos cerveaux libéreront le neurotransmetteur de la dopamine, ce qui déclenche un sentiment de plaisir intense à court terme. Si vous mettez quelqu’un en face d’une machine à sous, son cerveau ressemblera à celui d’une personne qui prend de l’héroïne.

Mais ce plaisir initial diminue progressivement lorsque le comportement se répète. Cela fait que les gens aggravent l’addiction en dépensant de plus en plus de temps en ligne, dans une tentative futile de retrouver cette première sensation de dopamine.

L’addiction n’est pas seulement une réponse physique ; elle est aussi une réponse psychologique à cette expérience physique.

Nos usages technologiques ont évolué

Combien de temps pensez-vous passer par jour à regarder votre téléphone ? Kevin Holesh, un développeur, s’est posé la question alors il a conçu Moment, une application pour mesurer le temps que passe un utilisateur devant son écran.

Parmi les personnes qui ont téléchargé l’application, plus de 88 % utilisent leur téléphone plus d’une heure par jour, la moyenne étant de trois heures. L’utilisateur typique consulte son téléphone 40 fois en 24 heures. En 2008, avant l’ère des smartphones, c’était à peine 18 minutes par jour.

De façon troublante, cette relation moderne avec les téléphones a révélé un nouveau type de dépendance. Les chercheurs ont inventé le terme « nomophobie » pour décrire la peur d’être sans contact avec un téléphone portable (abréviation de « no-mobile-phobia »).

Pour beaucoup d’entre nous, vérifier son téléphone est devenu un acte compulsif et contraignant puisque l’indulgence ne fait que soulager l’inquiétude soulevée.

Une telle dépendance nous empêche de développer notre capacité à mémoriser ou à être créatif puisque le téléphone se charge de tout à votre place, il est intelligent après tout…

Les récompenses imprévisibles augmentent les chances de dépendance

Lorsque nous sommes récompensés pour la réalisation d’une action simple, nous pouvons commencer à développer une dépendance. Cela est particulièrement vrai si nous ne savons pas quand cette action simple sera récompensée.

Plus la récompense plus imprévisible, plus la poussée de dopamine est grande. Ce même système de rétroaction peut être trouvé dans les médias sociaux. Le bouton « like » est un exemple parfait qui exploite nos vulnérabilités psychologiques.

L’apparition du bouton « like » ( « j’aime ») remonte en 2008. Facebook l’a présenté comme une nouveauté pour fournir aux utilisateurs un moyen rapide et facile de donner à leurs amis des commentaires sur leurs contenus.

Chaque publication sur les réseaux sociaux est comme tirer sur le levier d’une machine à sous. Si vous n’avez pas le moindre like, ce n’est pas seulement douloureux, c’est aussi une condamnation publique : soit vous n’aviez pas assez d’amis en ligne, soit, pire encore, vos amis en ligne n’étaient pas impressionnés.

Les gens ne sont jamais vraiment sûrs de leur propre valeur, qui ne peuvent être mesurés comme le poids, la taille ou le revenu. Le like est devenu un indice de popularité, une forme de soutien social de base — l’équivalent en ligne de rire de la blague d’un ami en public — une validation qui cimente la vie sociale.

Il n’est donc pas surprenant que presque toutes les plates-formes de médias sociaux, y compris des sites comme LinkedIn et YouTube, comportent ces boutons de rétroaction addictifs.

Comme toute autre dépendance, les dépendances technologiques peuvent être surmontées. Il existe des solutions créatives et pratiques pour aider à briser le cycle.

Comment lutter contre l’addiction numérique

Ayez conscience de votre addiction. C’est le premier pas que vous pouvez faire pour reconnaître que votre problème existe. Prenez un moment, éteignez vos appareils et demandez-vous :

  • Quelle est la technologie qui devient irrésistible dans ma vie ?

Créez un environnement qui limite vos impulsions addictives en installant des applications utiles.

Désactivez toutes les notifications qui proviennent des machines. Gardez uniquement actives les notifications pour les personnes qui veulent vraiment votre attention (WhatsApp, Facebook et Messenger).

Limitez vos choix à l’écran principal. Lorsque vous débloquez votre téléphone, seules les applications vraiment utiles — comme les outils — doivent figurer dans cet écran. Déplacez toutes les autres loin de la première page ou dans des dossiers.

Lancez vos applications en les tapant dans la barre de recherche. Cela vous oblige à faire un choix conscient, à faire une pause pour interroger la pertinence de votre besoin.

Dormez à l’écart de votre téléphone pour ne pas que vous soyez tenté de l’allumer. Mettez-le dans une autre pièce.

Évitez d’ouvrir plus de deux onglets sur votre navigateur Internet. Chercher à être multitâches est totalement contre-productif. Concentrez-vous sur une seule chose à la fois, vous serez beaucoup plus efficace.

Envoyez des messages audio plus souvent. Parfois, c’est plus rapide que de taper un message et puis c’est plus sympa !


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