Le dernier bastion de l’ennui

Ulysse Lubin
Oct 13 · 4 min read

Petit, je m’ennuyais beaucoup. J’aimais ça.

Moi petit, probablement en train de faire une analyse socioéconomique de Oui-Oui

Avec deux figurines et une voiture, je construisais des histoires pendant des heures. Si j’avais des Geomag ou des Kapla en ma possession, alors ça pouvait partir très loin !

Dehors, j’étais le héros de mes propres histoires. Du jardin à la piscine en passant par la forêt, toutes les raisons étaient bonnes pour accomplir des quêtes.

Je faisais des courses de voitures avec moi-même. J’organisais des tournois entre figurines. Je faisais se combattre mes mains avec des baguettes chinoises en guise d’épées. J’avais peut-être un léger côté autiste en y repensant.

Lorsque l’heure de jouer était révolue, je passais des heures dans mon lit à me poser des questions tout en lançant mon ourson « Baptiste ». Le pauvre a dû réaliser des milliers de backflips. L’idée était de le lancer le plus proche du plafond, sans le toucher, tout en restant allongé dans le lit, puis de le rattraper (une sorte de pétanque revisitée). C’était assez satisfaisant quand bien exécuté.

De gauche à droite : Baptiste — Moi — Mistigri

Je me souviens avoir passé des nuits entières à me torturer les méninges avec le concept d’univers. Je ne comprenais pas comment quelque chose pouvait être infini. Vous, les adultes, ne devriez pas lancer un enfant de 5 ans là-dessus. J’ai vraiment perdu de nombreuses heures de sommeil. 20 ans après, c’est encore l’un de mes sujets préférés. Au moins, je n’y pense plus la nuit.

L’ennui est une telle source de créativité, que finalement, je ne m’ennuyais jamais très longtemps.


Aujourd’hui, je suis bien moins créatif qu’enfant. Pour cause, je ne m’ennuie presque plus. Je n’ai plus le temps. Du moins presque. Mon rythme de vie ne me laisse que peu de temps avec rien à faire.

D’ailleurs, s’ennuyer et ne rien faire sont deux choses bien différentes. L’ennui est souvent actif. Il en existe 5 types :

  • L’ennui indifférent : L’Homme lambda devant Netflix
  • L’ennui de calibrage : Moi sous la douche
  • L’ennui de recherche : Scroller son feed Instagram dans la salle d’attente chez le médecin
  • L’ennui réactif : Quitter énervé une file d’attente trop longue
  • L’ennui apathique : Souvent caractéristique d’une dépression

Il en ressort que la plupart du temps, nous essayons de sortir rapidement de cet état. Les distractions sont partout. Il suffit d’être dans un métro parisien un matin pour s’en rendre compte. La plupart des gens sont soit sur leur téléphone, soit en train d’écouter de la musique.

En même temps, pourquoi devrais-je chercher à m’ennuyer alors que je peux aller me regarder une série sur Netflix ? Bonne question. Finalement chacun fait bien ce dont il a envie.

L’essentiel est d’être heureux. Si vous vous sentez parfaitement en accord avec vos actions quotidiennes et que cela vous rend heureux, alors pourquoi changer vos habitudes ?

Oui, mais… Mais comment savoir si l’on est vraiment heureux sans se poser la question. Or, pour se poser la question, il faut bien pouvoir trouver du temps pour se recentrer sur soi-même.

Nous avons la flemme de nous ennuyer. Or l’ennui (notamment de calibrage) a bien des vertus que la paresse n’a pas.

Nous pouvons passer des heures à réfléchir à acheter tel ou tel smartphone, en fonction du prix et des fonctionnalités. Pourquoi ne pas passer ce temps à réfléchir à un investissement bien plus important : celui du temps qui passe. Est-il correctement employé ?

J’essaie de me poser la question du pourquoi chaque jour. Pourquoi est-ce que je fais ce que je fais ? Est-ce que cela me rend heureux ? Est-ce la bonne chose à faire ?

Je me pose généralement la question en me couchant. Problème : je m’endors (très) vite. Alors c’est souvent dans le dernier bastion de l’ennui que je prends le temps de la réflexion : la douche.

La douche survit encore aux distractions extérieures. Elle est l’un de ces derniers endroits où je peux librement entrer en introspection sans me faire déranger.

Ça ressemble à peu près à ça

Souvent, ce moment mène à des digressions étonnantes. Les douches s’éternisent. Je tiens à présenter mes excuses pour l’environnement. Je me rattraperai autrement.

Afin de ne pas perdre les pensées fumantes issues d’une douche bien trop chaude, j’écris souvent les titres de mes articles ainsi que quelques lignes avant même de m’habiller. J’y reviendrai plus tard, lorsque je prendrai le temps de me poser, afin de creuser le sujet.

Le titre de cet article existe depuis plusieurs semaines déjà. J’écris la suite aujourd’hui, un samedi après-midi. Il est actuellement 18 h 30. Je suis au sous-sol d’un café proche de Châtelet — Les Halles.

Je suis dans ma bulle.

J’ai un petit peu travaillé en arrivant, puis j’ai arrêté toute activité pendant 5 minutes. Ou peut-être 10. Je ne suis plus sûr. Je ne sais plus vraiment comment j’en suis arrivé là, mais voilà, je me retrouve à écrire sur l’ennui, et je ne m’ennuie pas.

Si j’écris un jour un livre, il s’appellera probablement : « Les digressions d’un gars sous la douche ».


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