
La maladie de l’information : Comment cela nous blesse et comment s’en échapper
Par Charles Chu traduit de l’anglais par Onur Karapinar
Ils appellent ça l’âge de l’information. Et pour une bonne raison.
Si je prends toutes les informations que nous avons aujourd’hui, les copie dans un CD-ROM, et les empile un par un, la pile atteindra la lune.
Dans The News: A User’s Manual, le philosophe Alain de Botton affirme que « plus de données s’écoulent dans le bâtiment [d’une entreprise mondiale d’information] en un seul jour que l’humanité en aurait généré dans son ensemble au cours des vingt-trois siècles entre la mort de Socrate et l’invention du téléphone. »
Ce sont beaucoup de données.
Mais, comme nous l’avons tous appris enfant avec des devoirs et des bonbons à Halloween, plus de quelque chose n’est pas toujours une bonne chose.
Nous, les humains, ne sommes pas conçus pour le monde de l’actualité et de l’information instantanée, il n’y a pas eu d’Instagram ou de cryptomonnaies dans la savane africaine.
Qu'est-ce que nous font toutes ces informations ? En échange de ce que nous avons gagné, qu'est-ce que nous avons perdu ?

La fatigue de l’information
Dans les années 1990, le dictionnaire anglais d’Oxford a ajouté un nouveau mot à sa collection : fatigue de l'information (information fatigue en anglais).
Un commentateur sur Hacker News a, je trouve, très bien décrit le sentiment :
Mon esprit est dans un état de course constant. C’est calme mais pas calme … Mon esprit semble avoir plusieurs niveaux. L’un d’entre eux est dirigé dans ce que je fais activement et un en dessous qui semble traiter l’information sans s’arrêter. … Toujours plus d’articles et de livres à lire, des spectacles à voir, des choses à faire dans ma vie personnelle et au travail. L’avancement de carrière.
Toutes ces choses ne s’arrêtent jamais … Elles restent dans l’arrière-plan tout en jacassant moi moi.
Ca devient épuisant.
Je connais des personnes qui ne supportent pas d’être séparées de leurs téléphones, pour se déconnecter du flux d’informations qui se répand sur Internet. Une simple conversation humaine les rend nerveux. D’abord, leurs jambes commencent à se tordre. Quelques minutes plus tard, leurs yeux commencent à courir autour de la pièce.
Ils sont devenus des cyborgs, et un seul coup d'œil sur leur téléphone ou sur leur appareil intelligent leur fournit un moment de fausse paix.
Stressé, malade et stupide aussi
La surexposition à l'information ne se contente pas seulement de nous stresser, elle nous rend aussi stupide.
Nous aimons penser que plus d'information signifie plus de connaissances et que cette connaissance, à son tour, conduit à des décisions intelligentes et à une vie meilleure.
Mais ce n'est pas toujours le cas. Dans Antifragile, l'ex-trader et philosophe Nassim Taleb écrit :
« …dans un environnement naturel, l’information est un facteur de stress. Trop d’information conduirait donc trop de stress, dépassant le seuil d’antifragilité. »
« En médecine, nous découvrons les pouvoirs de guérison du jeûne, comme éviter toute ruée hormonale qui accompagnent l’ingestion de nourriture. Les hormones véhiculent des informations sur les différentes parties de notre système, et trop d’entre elles embrouillent notre biologie. Là encore, comme avec les nouvelles reçues à une fréquence trop élevée, trop d’informations deviennent nocives — les nouvelles quotidiennes et le sucre perturbent notre système de la même manière. »
Dans le passé, l'information était rare et l'information était précieuse. Si un lion vous poursuit, vous faites attention.
Mais maintenant, dans l’économie de l’attention, tout le monde se bat pour être original, crie plus fort pour vendre leurs babioles ou son gadget qui est plus utile que celles des autres entreprises… Tout le monde, toute chose veut être un lion.
Nous sommes inondés dans un océan de bruit. Où est passé le signal ?
« Où est la sagesse que nous avons perdue dans la connaissance ? Où est la connaissance que nous avons perdue dans l’information ? »
— T. S. Eliot
Quelques solutions
« Pour atteindre la connaissance, ajoutez des choses tous les jours. Pour atteindre la sagesse, retirez les choses tous les jours. » — Lao Tzu
La plupart d'entre nous, moi-même inclus, recherchons des informations sans jamais nous demander si nous en avons vraiment besoin.
Si la surexposition à l'information conduit souvent à de mauvaises décisions. Si la consommer ne nous aide pas, notre famille, notre communauté ou notre travail, il est peut-être acceptable de se reposer et de prendre une pause, de quitter l'océan et de passer quelques instants dans le sable.
Comme les personnes à la diète qui doivent être judicieuses sur ce qu’ils mangent, nous pouvons prendre des décisions sages pour limiter et améliorer la qualité de l’information qui entre dans notre vie.
Voici quelques éléments qui ont fonctionné pour moi.
Quelques conseils :
- Jeûner. Passez un week-end (ou une semaine, si vous le pouvez) loin de la technologie. Donnez votre ordinateur portable et votre téléphone à votre grand-mère et faites-lui promettre de ne pas vous les rendre. Aller au parc. Rouler dans l’herbe. Boire du vin. Chasser les pigeons. Peu importe.
- Faire de longues promenades. Je me promène pendant 2 à 4 heures par jour. Cela m’aide à changer les idées après une longue session de lecture ou d’écriture. Même 30 minutes fait des merveilles.
- Méditer. Ne le prenez pas trop au, mais passez du temps seul avec votre propre esprit. Il suffit de 5 minutes. Si vous ne pouvez pas rester assis pendant 5 minutes, cela en dit long sur vous.
- Écrire un journal personnel. Prenez un certain temps chaque jour en vidant vos pensées sur le papier. Le matin ou le soir n’a pas d’importance. Je me sens rafraîchi et plus posé après cela l’avoir fait.
- Arrêtez les informations. J’ai évité les infos et la télévision en grande partie depuis 7 ans maintenant. Les nouvelles importantes me parviennent toujours quoiqu’il arrive.
Et pour la consommation de d’informations :
- Choisissez des sources « de qualité ». La qualité de l’information que vous obtenez dépend beaucoup de la source. Essayez de choisir des sources d’information qui vous sont réellement utiles (par exemple, The School of Life plutôt que BuzzFeed).
- Limitez-vous. Acceptez que votre cerveau ne puisse prendre qu’une certaine quantité d’information par jour. Prenez des décisions à cet égard.
- Lisez les choses anciennes. Les idées les plus utiles et les plus durables survivent à l’épreuve du temps. Les Lettres de Sénèque sont tout aussi pratiques aujourd’hui malgré le fait qu’elles ont 2000 ans.
Et, enfin, à chaque fois que je commence à ressentir le FOMO (peur de manquer quelque chose), je reviens sur les mots de Michel de Montaigne…
« Quand bien nous pourrions être savants du savoir d’autrui, au moins sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse. »
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