La semaine de 4 heures de Tim Ferriss est-elle réaliste ?

Romane Salvador
Jan 21 · 5 min read

La semaine de 4 heures fait partie des lectures inspirantes incontournables pour toute personne qui souhaite améliorer son quotidien ou s’améliorer elle-même. Vous vous en doutez bien, je l’ai donc lu ! Que ce soit après avoir vu un film ou après avoir terminé la lecture d’un livre, j’aime rarement exprimer mon opinion sur l’instant. Je trouve qu’une œuvre, quelle qu’elle soit, mérite qu’on prenne un peu de recul pour pouvoir la juger dans son intégralité.

Cela fait maintenant une semaine que j’ai lu les dernières lignes de La semaine de 4 heures. Comme pour ma lecture de Père Riche Père Pauvre, j’en ressors plus que mitigée. Mon esprit pragmatique se méfie toujours lorsqu’il voit sur une couverture une accroche telle que « Travaillez moins, gagnez plus et vivez mieux ! ». Il m’envoie alors un signal d’alerte dont le message type pourrait être : « Non mais franchement Romane, tu vas vraiment lire ça, tu y crois ? » Les réponses sont : « Oui, bien sûr que je vais le lire » et « Non, je n’y crois pas vraiment. » Ça tombe bien puisque travailler 4 heures par semaine, ce n’est pas le vrai message de Tim Ferriss.

Un titre 100% marketing

L’auteur le dit lui-même dans son livre : le titre et l’accroche ont une vocation entièrement marketing. Vous allez me dire que c’est l’objectif de n’importe quelle couverture de livre et je suis bien d’accord. Il n’empêche que je pense que Tim Ferriss joue dans une catégorie au-dessus. Il raconte en effet s’être servi de Google Adwords pour tester ses différentes idées de titre/accroche avant de sélectionner celle qui avait été la plus efficace. Je trouve cette technique tout simplement brillante même si d’un autre côté, je m’agace moi-même d’en avoir été la victime.

Le vrai message est plus réaliste

Travailler seulement 4 heures par semaine n’est pas une réalité accessible au commun des mortels. Il est d’ailleurs improbable que Tim Ferriss ne travaille que 4 heures par semaine. Derrière ce titre racoleur se cache une idée plus abordable à laquelle je n’ai pas eu de mal à m’identifier. L’objectif de l’auteur est de transmettre à ses lecteurs un certain nombre d’outils leur permettant d’augmenter leur niveau de productivité. L’idée du livre n’est pas d’inciter les gens à ne pas travailler mais de parvenir à faire en quelques heures ce que l’on fait habituellement en 40h.

« Si tu fais ça, tu peux soit réduire ta semaine de travail de 40 à 4 heures et accomplir la même chose, ou tu peux continuer à travailler 40 heures, mais accomplir 10 fois plus, soit faire quelque chose entre les deux. » Tim Ferriss dans un Interview pour Blogueur-pro.

Pour y parvenir, il livre des conseils qu’il affirme être le premier à appliquer. Parmi ces préconisations, on trouve la notion de sous-traitance. Il parait que nous pourrions tous externaliser la plus grande partie de nos tâches pour se concentrer uniquement sur celles qui ont une véritable valeur ajoutée et desquelles nous retirons le plus de satisfaction.

Tim Ferriss met en avant le principe de Pareto qui dit que 80% des effets sont le produit de seulement 20% des causes. En ce qui concerne le travail, cela signifierait que 20% de nos activités nous rapportent 80% de notre revenu. L’auteur considère que tout ce qui ne fait pas partie de ces 20% n’est rien d’autre que ce qu’il nomme le travail pour le travail, « Work for Work ». Le travail pour le travail, ce sont toutes ces petites choses que nous faisons pour nous sentir occupés et utiles, bien que ce ne soit pas le cas.

Mais que fait-on de ces 80% à éliminer ? Tim Ferriss prône à plusieurs reprises les mérites d’un assistant virtuel. Je ne savais même pas que ça existait. Ces assistants virtuels font à peu près tout et n’importe quoi. Vous pouvez leur confier la gestion de vos emails, de votre agenda, leur demander d’organiser vos rendez-vous, de faire des recherches sur un sujet ou même d’acheter le cadeau d’anniversaire pour la fête de ce soir que vous aviez complètement oublié. Bon, mis à part si je deviens cheffe d’une multinationale et que je n’ai plus une minute pour moi, j’ai beaucoup de mal à m’imaginer déléguer ma vie de la sorte. J’ai tendance à penser que cela s’applique à bon nombre d’entre nous.

Contrôler son temps pour contrôler sa vie

Réussir à se dégager plus de temps, avoir le contrôle de son temps : comme l’auteur, je suis en harmonie avec ces principes. Tim Ferriss vante de nombreuses fois les mérites du télétravail et va jusqu’à donner des modèles de conversation pour convaincre votre patron de vous accorder des journées de home-office. La procédure paraît enfantine, on passe de 1 jour à 5 jours par semaine en un rien de temps.

C’est l’un des aspects qui me dérange dans ce livre. Je le trouve trop généraliste car basé sur l’expérience unique de l’auteur. Il y a bien sûr une avalanche de témoignages dans lesquels des gens « comme nous » racontent comment ce livre a changé leur vie notamment grâce au télétravail. Mais comment vous dire… j’ai quelques difficultés à accorder de la crédibilité à ces récits.

Si 25% des français salariés pratiquaient le télétravail en 2018 (de manière informelle et occasionnelle), il nous reste tout de même un petit bout de chemin avant que cela soit pleinement intégré dans nos mœurs. J’ai donc du mal à trouver l’intérêt d’un mail type à envoyer à son boss pour le convaincre de nous laisser travailler à la maison. Et puis imaginez qu’il ait également lu le livre et reconnaisse le texte, la situation serait plutôt gênante !

Tout l’intérêt du télétravail selon Tim Ferriss est de pouvoir s’offrir ce qu’il nomme des « mini-retraites ». Au lieu d’attendre la retraite pour voyager et faire ce qui nous plaît, pourquoi ne pas partir quand l’envie nous prend ? C’était justement l’une de mes motivations dans mon choix de devenir indépendante. Si je peux choisir quand je veux travailler, je peux aussi décider d’où j’ai envie de travailler. C’est un luxe auquel je me familiarise peu à peu. D’ailleurs pendant ma lecture du livre, j’ai décidé de prendre des billets pour Barcelone. Juste comme ça, parce que j’en avais envie. Mon ordinateur viendra avec moi, cela va de soi. Mais je me donne la possibilité d’allier voyage et travail.

Je ne peux pas nier le fait que je sois en accord avec les grandes lignes de ce livre : éviter le travail pour le travail, optimiser son temps et viser le gain de performance, pouvoir parcourir le monde sans attendre la retraite. Pourtant, peut-être à cause de l’usage abusif que l’auteur fait des mots, j’ai trouvé que ce livre sonnait faux. Pour résumer mon avis : de belles idées mais un discours inadapté.

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Romane Salvador

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Je manie les mots pour rendre mon monde plus beau. romanesalvador.fr

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