L’art subtil de s’en foutre : un guide à contre-courant pour être soi-même

Onur Karapinar
Jul 10 · 11 min read
Photo de Dawid Zawiła sur Unsplash

Temps de lecture estimé : 10 minutes

Est-ce qu’il existe une manière toute tracée d’atteindre le succès et le bonheur, où cela constitue un travail à toute épreuve ?

Qu’est-ce qui compose le bonheur ? Est-ce l’absence d’échecs et d’expériences négatives où l’on éprouve de la culpabilité, de la peur et de l’anxiété ou le fait d’accumuler et d’afficher toujours plus de possessions matérielles ?

Face à la mortalité humaine, l’inéluctable mort qui nous attend tous, et du caractère éphémère de toutes les expériences que nous sommes amenés à vivre, qu’est-ce qui conduit à mener une bonne vie qui fait sens ?

Voici les questions auxquels l’auteur Mark Manson cherche à répondre dans son livre L’art subtil de s’en foutre. L’ouvrage a connu un franc succès, par son franc-parler et son approche à contre-courant des poncifs présentés dans les ouvrages de développement personnel classique.

L’idée principale de l’ouvrage pourrait se résumer à l’idée d’accepter et d’embrasser ses limitations et toute expérience négative comme un moyen d’accélérer ses apprentissages.

Prendre le chemin non conventionnel : accepter le négatif

Pour Manson, les expériences négatives doivent être non seulement vécues, mais doivent même désirables. L’échec et le rejet sont les ingrédients essentiels pour favoriser la croissance personnelle.

Toute tentative d’échapper aux problèmes ne fait que retarder l’inévitable : la souffrance, la déception et l’échec qui permet de ressortir grandi de toute expérience difficile.

Le poète et auteur à succès Charles Bukowski était pendant des années l’archétype même de la définition d’un échec ; quelqu’un dont la vie n’aurait pas trouvé la place dans un livre de développement personnel.

Les mots dans son épitaphe « N’essaye même pas » (Don’t try), signale la raison essentielle derrière son succès.

C’était une compréhension honnête et inflexible de ces déficiences et de ces failles. Il retrace l’échec et son identité en tant que loser.

En revanche aujourd’hui, il y a un mantra qui pousse chacun à définir des objectifs positifs irréalistes en appelant les personnes à être plus heureuses, en meilleure santé, plus productives et en réussite.

Les intentions sont bonnes, mais prenons un peu de recul.

Cette injonction de réussite à outrance, d’accumuler toujours plus, ne serait-elle pas là une mise en relief de ce que l’autre manque, et donc désire ?

Cet attachement malsain à la réussite matérielle traduit d’un manque de profondeur.

Selon Manson, la clé pour mener une vie prospère et heureuse repose sur l’idée de se préoccuper des choses qui comptent vraiment pour soi.

Cela rappelle Tyler Durden, cet antihéros du film Fight Club, qui critique la société moderne. Voici quelques citations du personnage :

« Nous achetons des choses dont nous n’avons pas besoin avec de l’argent que nous n’avons pas pour impressionner des gens que nous n’aimons pas. »

« La pub nous fait courir après des voitures et des fringues, on fait des boulots qu’on déteste pour se payer des merdes qui ne nous servent à rien ! »

« Les choses qu’on possède finissent par nous posséder. »

Éprouver de la peur, de l’insécurité et de l’anxiété, c’est nécessaire pour réussir. Ces expériences douloureuses doivent être acceptées pour atteindre un succès mérité.

Pour Manson, mener une bonne vie consiste à faire face à l’adversité, à accorder de l’attention uniquement à ce qui est important pour vous et qui soit aligné avec votre code personnel de valeur.

Mener une vie significative résulte dans le fait de défendre ses valeurs, d’accepter le caractère inéluctable de certaines souffrances, et de rediriger les leçons de vie de ses expériences négatives envers un progrès personnel.

Le besoin de franc-parler

L’insécurité et les expériences dévastatrices de deux Guerres mondiales ont engendré le besoin de réinstaller une morale publique et sentiment de confiance.

Les superhéros, avec leur incroyable regard positif, ont été créés pour répondre à ce besoin.

Pour Manson, ce dont nous avons besoin aujourd’hui en ces temps d’optimisme non réaliste et non supportable, c’est un Panda de la déception, la parodie d’un superhéros qui va de porte-à-porte pour confronter les personnes avec la réalité brute et non plaisante qu’ils persistent à ne pas vouloir entendre.

Cela éduquerait les gens sur le besoin d’accepter la douleur et l’adversité, car ce sont les personnes insatisfaites qui cherchent à innover, à créer et à survivre.

Une fois confrontés avec le besoin inéluctable de douleur, à la fois physique et psychologique, les gens détesteront le diseur de vérité ; et pourtant ils ont besoin aussi.

Le panda de la déception serait l’antidote pour des esprits encombrés avec des déchets psychologiques malsains.

Pendant que le désir de vivre dans un monde purgé de toute douleur et de souffrance serait un monde fantastique, on ne peut pas surestimer l’importance et le rôle que les expériences jouent dans notre développement personnel.

Au lieu de rechercher le bonheur comme une absence de lutte, on devrait chercher à mener une vie pleine de bons problèmes dans lesquels plonger. Le bonheur, nous dit Manson, n’est pas un cadeau reçu passivement, mais le produit d’une résolution constante envers un problème qui nous tient à cœur.

Malheureusement, la plupart des gens recourent au déni ou adoptent une mentalité de victime pour échapper à leurs problèmes plutôt que de les résoudre.

Accepter les problèmes

En acceptant les problèmes que nous pouvons supporter dans la vie que nous voulons mener, nous gagnons en conscience personnelle.

Si vous désirez avoir aussi le corps d’un athlète bodybuildé jusqu’aux ongles, pensez aux problèmes que cela implique : se nourrir sainement en permanence, respecter une hygiène de vie stricte, s’entraîner au quotidien pour sculpter son corps.

Si vous désirez être millionnaire, vous risquez de consacrer énormément de temps à votre business : chacune de vos interventions sera soigneusement calculée, vous passerez moins de temps avec vos proches, vous aurez toujours en tête votre retour sur investissement et vous serez moins accessible.

Si vous désirez être en couple et avoir des enfants, pensez à tout ce que vous ne pourrez plus accomplir à titre individuel : fini les sorties, chaque envie se devra d’être négociée avec votre partenaire, et votre temps sera divisé par trois (vous-même, votre partenaire, vos enfants).

L’idée de penser aux problèmes que l’on veut avoir plus tard est une approche contre-intuitive qui offre un regard honnête sur l’objet de nos convoitises.

Qu’on le veuille ou non, même les objectifs les plus désirables ont les plus grandes compromissions.

L’ennui est que les valeurs de la positivité et de l’optimisme outrancier occupent une grande place dans la culture contemporaine.

Selon Manson, cela a façonné des individus narcissiques se croyant tout permis. C’est le genre de personne qui affichent ouvertement la réussite de leur vie, qui se prennent en photos dans des lieux désirables, et qui ne manifestent jamais le moindre faux-pas de souffrance (ça ferait mauvais genre).

Les réseaux sociaux exacerbent cette tendance en invitant chaque individu à ne poster que du contenu positif et attractif. Personne ne veut montrer ses failles ; cela réduirait votre statut social et vous priverait des opportunités qui peuvent être attachés à jouir d’une bonne réputation (rencontres, propositions, prestige).

De l’autre côté, nous avons l’extrême opposé avec les personnes qui persistent à croire que leurs problèmes demeurent insurmontables ; ce qui a tendance à désespérer leurs proches qui risquent de perdre du temps, de l’argent et de l’énergie à résoudre leur labyrinthe émotionnel.

Comment peut-on en vouloir à ces deux types de personnes ?

Ils sont biberonnés depuis leur enfance par une culture où les médias de masse et l’Internet ont créé un imaginaire hype autour d’un individu exceptionnel qui est appelé à vivre une vie exceptionnelle.

Cela a pour conséquence de placer des standards irréalistes de bonheur pendant que la vaste majorité d’entre nous restent des personnes exceptionnellement ordinaires.

Accepter cette médiocrité, parmi les vérités banales de la vie, cela peut-être incroyablement libérateur, car ceux qui n’ont pas droit à cette grandeur (parents, conditions sociales, richesse, accès précoce à la culture) sont ceux qui ne cessent de redoubler d’effort pour l’innovation et le progrès — celui de sortir de leur situation insatisfaisante.

Identifier et accepter les bonnes valeurs et soyez conscient des valeurs de merde

La conscience de soi est comme un oignon, on enlève la première couche pour être conscient de ses émotions et la seconde couche nous révèle la nature de nos valeurs personnelles.

Ces valeurs sont nos critères pour le succès, le bonheur, la souffrance ou l’échec ; ce sont des standards que nous employons pour évaluer nos actions.

Elles déterminent si, oui ou non, nous recherchons l’échappatoire superficielle ou le bonheur à long terme. Elles déterminent notre prisme de lecture face aux problèmes et comment nous les traitons.

Pour Manson, il y a de bonnes valeurs qui sont mises en avant dans le développement personnel comme l’honnêteté et la compassion qui sont réalistes, socialement constructifs, et contrôlables.

Et puis il y a ces « valeurs de merde » qui engendrent la désillusion, qui sont socialement destructives et incontrôlables.

Selon Manson cela inclut :

  • Le plaisir : Les gens ont tendance à confondre plaisir avec bonheur. Alors que le bonheur est un produit de la résolution des problèmes, le plaisir est superficiel, à court terme, addictif et signifie de négliger les problèmes actuels.
  • Le succès matériel : Considérer le succès matériel comme un paradigme de jugement du bonheur et de réussite, c’est négliger les bonnes valeurs qui comptent vraiment. De plus, le désir matérialiste nous empêche de vivre les expériences les plus subtiles de la vie (spoiler : celles à vivre avec d’autres personnes).
  • Avoir toujours raison : Ceux qui jugent leur valeur personnelle en priorisant la valeur d’avoir toujours raison relâche le potentiel d’apprendre et de grandir en embrassant de nouvelles perspectives. Assumer l’ignorance donne l’opportunité de rectifier ses croyances déformées.
  • La positivité : Le charme de la positivité est surévalué. Cela étouffe et réprime les émotions négatives au lieu de les rediriger envers des efforts fructueux. Réprimer les émotions négatives, c’est in fine les perpétuer et les prolonger, c’est qui conduit à l’instabilité émotionnelle. Insister autant sur la positivité dans la vie est une échappatoire et une manière de fuir les problèmes de la vie.

Accepter sa part de sa responsabilité (même si cela n’est pas de notre faute)

Face à l’incapacité de traiter le poids de la malchance auquel nous sommes plus ou moins lestés, nous avons souvent tendance à employer une approche déterministe en rejetant la faute sur des circonstances contre lesquels nous n’avons pourtant aucun contrôle.

Au lieu interpréter nos malheurs sous toutes ses facettes, nous pourrions décider de nous inscrire dans une démarche proactive pour trouver des solutions et résoudre la situation dans laquelle on se trouve enlisé.

Bien entendu, il y aura toujours des situations irréconciliables. Des moments où l’on a envie de se demander « mais pourquoi moi ? Qu’ai-je bien pu faire pour mériter ça ? »

Pour Manson, malgré cette situation injuste où n’avons peu d’emprise, nous sommes toujours responsable.

La responsabilité émerge de choix que nous faisons continuellement, chaque jour de plus. Au lieu de rejeter en permanence la faute sur l’autre, accepter sa part de responsabilité face aux difficultés rencontrées conduit à la croissance personnelle et l’amélioration de soi.

Une personne qui se plaint de ne pas avoir de partenaire devrait d’abord chercher en elle ce qui ne convient pas.

Une personne qui se plaint d’un problème de santé devrait d’abord reconnaître que son hygiène de vie déplorable a fortement incité le corps à réagir en conséquence.

Une personne qui se plaint de ne pas avoir d’opportunités professionnelles devrait livrer un regard honnête sur ses compétences, qualifications et motivations personnelles.

Si vous étiez patron, est-ce que vous embaucheriez sincèrement l’actuelle version de vous-même que vous êtes en ce moment ?

Certaines personnes peuvent souffrir d’une intolérance au lactose, ou être victimes d’une allergie. Cela est intégré en dehors de leur contrôle, dans leur constitution génétique.

L’antidote dans de telles situations provient de leur responsabilité à répondre à leurs conditions, d’être capable de vivre leur vie en accord avec les valeurs qu’ils défendent ou qu’ils respectent.

S’attacher à se critiquer en permanence, c’est jouer la victime pour chercher à attirer l’attention d’un sauveur. C’est s’empêcher de reconnaître ses failles pour grandir et puis… c’est tellement plus facile que de travailler sur soi.

Tout changement dans la vie de quelqu’un engendre de l’incertitude. Pourtant, c’est un aspect essentiel pour mener une vie responsable.

La perfection et le savoir absolu ne peut jamais être atteint, tout ce que les individus peuvent faire et de reconnaître leur ignorance, et devenir un peu moins ignorant à travers l’introspection et le questionnement personnel constant.

Les échecs et les rejets propulsent vers la croissance

L’échec est le tremplin vers le succès. Il y a beaucoup de sagesse à retirer dans ce précepte banal. Les échecs marquent le chemin de toute amélioration et déterminent l’ampleur du succès et du bonheur qui en résulte.

Cependant, la véracité de ce truisme semble perdre de sa saveur dans un environnement où le système éducatif fronce les sourcils en cas d’échec de quelque nature que ce soit, et où les médias de masse donnent la priorité aux réalisations extraordinaires au lieu d’évoquer les années de travail en silence qui ont permis de produire ces réalisations.

Tout comme l’échec, le rejet est un aspect essentiel de la vie et fait partie intégrante de l’honnêteté.

Il n’est pas pratique d’accepter tout et tout le monde ; choisir une valeur dans la vie exige le rejet de l’autre.

Choisir, c’est renoncer.

Dans les relations aussi, le respect des limites de l’autre, l’acceptation de sa responsabilité et la volonté de rejeter et d’être rejeté, mesurent si une relation est saine.

La présence de la dialectique victime-sauveur est la marque d’une relation malsaine, voire parasitaire, où au lieu de favoriser la croissance émotionnelle mutuelle, les individus déplacent la responsabilité les uns sur les autres pour se nourrir eux-mêmes.

Dans de tels cas, le bonheur et l’épanouissement sont manifestement absents. D’autre part, l’engagement envers un individu peut être libérateur en offrant une expérience approfondie de ce que la vie peut nous offrir.

Au même moment, nous devons accepter l’incertitude de nos convictions à propos de ce qui constitue les expériences positives ou négatives, pour l’expérience négative de la souffrance cela peut-être motivant et positif, et les expériences positives peuvent être négativement distrayantes.

Pensez à la dernière fois où vous avez vécu un moment douloureux dans votre vie. Il est fort probable que cette expérience négative a pu se révéler comme un formidable tremplin pour changer et oser comme jamais vous n’avez essayé pour vous en sortir. Cela a pu vous rendre plus fort et plus résistant.

Ainsi, la peur, l’échec et l’anxiété sont des jalons nécessaires à la croissance émotionnelle et psychologique.

Accepter l’adversité de la vie, c’est s’autoriser une appréciation plus profonde de la vie, un sens plus profond de l’humilité, un dépouillement des droits ainsi qu’une plus grande clarté sur les valeurs que nous devons embrasser.

Embrasser ses expériences négatives et les canaliser vers des objectifs compatibles avec de bonnes valeurs.

La grandeur n’est pas une récompense passive qui attend d’être atteinte par des notions conventionnellement privilégiées d’optimisme et de travail acharné ; c’est plutôt une qualité intrinsèque à l’être humain, essentielle à sa capacité d’inventer, d’innover et d’affronter le fait de la mortalité humaine avec un courage sans faille.

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