Retenez bien le visage de cet homme parce qu’il a contribué a changer la vie de milliards de personnes.

Peter Thiel, le multimilliardaire de la Silicon Valley qui veut transformer notre futur

Portrait d’un des nouveaux maîtres du monde.

Temps de lecture estimé : 8–9 minutes

Peter Thiel est un des plus grands entrepreneurs américains. Passionné de philosophie, libertarien carabiné, philanthrope généreux, joueur d’échecs redoutable, ami d’Elon Musk et de Mark Zuckerberg, vous le connaissez même sans le savoir.

Si vous utilisez Facebook, réseautez sur LinkedIn et que vous envisagez de faire un voyage spatial avec SpaceX, c’est en partie grâce à lui.

Son poids financier — estimé à plus de 3 milliards de dollars — lui ouvre presque toutes les portes du pouvoir pour définir un monde qu’il rêve de voir.

Au mois de février, à l’occasion de la promotion de son best-seller traduit en français « De zéro à un, comment construire le futur », son éditeur, JC Lattès, lui assure une grande tournée promotionnelle : visite de l’école 42, conférences, interviews à la pelle, une heure d’entretien avec Emmanuel Macron et un reportage dithyrambique réalisé par Canal +.

C’est ce dernier élément qui m’a conduit à m’intéresser un peu plus à l’homme et à écrire cet article.

L’homme qui valait 3 milliards

Peter Thiel est un homme discret. Il préfère passer son temps à réfléchir sur la société de demain que dans des plateaux télé, et pourtant, il nous prépare un futur pour le moins troublant. Pourquoi ? Parce qu’il est libertarien et qu’il rêve d’un monde sans États, mais pas que…

Pour la petite histoire, c’est en 1998 qu’il cofonde Paypal avec Mark Levchin et Elon Musk. Il avait 32 ans et voulait changer le monde.

« Nous avions un but très ambitieux, c’était de créer une nouvelle monnaie pour le monde entier. Nous n’avons pas atteint cet objectif, mais nous avons au moins réussi à créer un nouveau système de paiement. »

L’objectif initial étant un peu compliqué à réaliser à l’époque, PayPal est revendu à Ebay en 2002 pour 1,5 milliard de dollars. Amplement suffisant pour se lancer dans les affaires.

Visiblement, c’est Peter qui avait la plus grosse…

En 2004, il prête 500 000 $ à Mark Zuckerberg qui s’en sert pour bâtir Facebook et gagne un siège au conseil d’administration.

Un an plus tard, il lance Founders Fund qui deviendra l’une des sociétés d’investissement les plus populaires de la Silicon Valley. Il financera de nombreuses pépites comme Airbnb, Spotify, Stripe, Palantir, SpaceX.

En 2012, il revend une partie de ses parts Facebook et devient milliardaire. Autant dire que l’homme à le flair d’un éléphant.

Un objectif : repousser les limites de la mort

Aujourd’hui, Peter Thiel veut aller plus loin et repousser les limites de la mort en créant un homme à l’intelligence augmentée par des technologies transhumanistes.

Il a pris ses dispositions pour se faire cryogéniser et finance la fondation SENS d’Aubrey de Grey, l’un des chercheurs les plus spécialisés sur la question de la sénescence.

Quel est le sens d’avoir une vie immortelle ? Peter répond sans détour :

« J’ai toujours trouvé étrange que l’on considère que le sens de la vie vienne de la mort. Cette idée est présente dans tous les mythes religieux, nationaux, idéologiques… Je n’y adhère pas.
Quand on dit, comme la mère d’Hamlet : « Tout ce qui vit doit mourir ! », c’est peut-être vrai. Mais c’est une vérité de la nature que l’on doit combattre. Si la mort est naturelle, je dirai que ce serait contre nature de ne pas la combattre ! »

Il n’est pas le seul à vouloir lutter contre la mort. Dmitry Itskov, un jeune milliardaire russe, a décidé de consacrer toute sa fortune pour développer… l’immortalité qui porte le nom d’Avatar 2045 !

Pour résumer, son projet veut transférer son cerveau et son âme en un avatar grâce à la combinaison de plusieurs technologies. À côté Serguey Brin, l’équipe de Calico ou encore l’Ellison Medical Foundation sont des petits joueurs… De la folie ? Non, le futur.

« Un diplôme est un chapeau d’âne déguisé. »

Lors de sa visite en France, Peter Thiel rencontre Xavier Niel dans son école 42. Pas franchement un hasard, car ici, on a pensé un système scolaire différent pour faire émerger des entrepreneurs-codeurs de demain et palier les insuffisances du système éducatif. Une idée qui parle à Peter Thiel.

« Je pense que le système éducatif actuel, que ce soit en France ou aux États-Unis, ne marche bien que pour une petite minorité. Mais pour beaucoup d’élèves, c’est difficile de suivre les meilleurs donc il faut trouver des exemples alternatifs, et c’est un très bon exemple ici. »

Pour mettre ses convictions en pratique, il a lancé en 2011 un programme baptisé « The Thiel Fellowship » qui sélectionne chaque année sur dossier 30 jeunes de moins de 20 ans à haut potentiel.

La récompense ? Une bourse de 100 000 dollars sur deux ans pour les aider à monter une start-up, une ONG ou un projet de recherche. Seule condition : renoncer à ses études.

Aujourd’hui, le programme rassemble déjà une certaine de boursiers dont les sociétés représentent une valorisation globale de 1 milliard de dollars.

Devant la foule d’étudiants à 42, Peter Thiel vient prêcher le libéralisme à l’extrême.

« Si vous êtes les inventeurs d’un business, alors vous devez rechercher le monopole. Vous devez faire quelque chose de tellement meilleur, de tellement différent de ce que font les autres, qu’il ne peut y avoir aucune compétition. »

Et de cette parole prophétique, il en a fait un ouvrage-référence que tous les étudiants s’arrachent pour une dédicace.

Les idées de Peter Thiel ont su trouver un écho particulier chez les étudiants américains qui hésitent à aller s’inscrire à l’université par peur de s’endetter ou de perdre leur temps.

En 2012, Stanford l’a convié pour donner un cours semestriel sur la création de start-up. Une fois arrivé dans la salle de classe, il aurait déclaré à ses étudiants :

« Si je fais bien mon travail, ce sera le dernier cours que vous suivrez. »

La vision entrepreneuriale de Peter Thiel

« Dites-moi quelque chose qui soit vraie et à laquelle presque personne ne soit d’accord avec vous. »

Dans ses cours, l’ancien élève de philosophie de Stanford défend une vision libérale et donne des conseils pour créer des entreprises innovantes.

Son livre « From Zero to One : Notes on Startups or How to build the future », best-seller aux États-Unis et en Chine, est un condensé inspiré de ses leçons aux étudiants californiens dont voici quelques extraits.

Le monopole sinon rien

« Une technologie exclusive constitue l’avantage le plus substantiel qu’est susceptible de détenir une entreprise, parce que cela rend votre produit difficile ou impossible à répliquer. Les algorithmes de recherche de Google, par exemple, fournissent des résultats supérieurs à tous les autres. […]

En règle générale, une technologie exclusive doit être au moins dix fois plus efficace que son plus proche substitut […] pour que cela puisse déboucher sur un véritable avantage monopolistique. »

Cherchez de petits marchés

« La taille ne compte pas. Facebook a commencé en visant 10 000 étudiants sur le campus de Harvard. En l’espace de dix jours, il avait conquis 60 % de parts de marché.

A côté de ça, je me souviens de la bulle qui s’est construite dans la « clean tech » entre 2005 et 2008. Des centaines de milliards de dollars ont été dépensés, certains ont fait des panneaux solaires, d’autres se sont positionnés sur le traitement des déchets…

Au final, dans ce marché, vous étiez un tout petit poisson au milieu de l’océan. Le marché était trop gros. »

Le mythe de l’entrepreneuriat social

« La bulle des technos propres fut le plus important phénomène — et le plus gros échec — de l’histoire de l’entrepreneuriat social.

Cette conception philanthropique des affaires commence avec l’idée que les entreprises et les organismes à but non-lucratif ont occupé jusqu’à présent des positions diamétralement opposées. […]

Les entrepreneurs sociaux visent à combiner le meilleur des deux et à « bien faire en faisant le bien ». En règle générale, ils finissent par ne faire ni l’un ni l’autre. »

L’homme et la machine

« D’ici trente ans, les hommes auront-ils encore quelque chose à faire ? […] Apparemment, les futurologues espèrent que la réponse sera oui.

Les luddites, opposants chroniques à la technologie, craignent tant d’être remplacés par la machine qu’ils préféreraient que nous cessions complètement de créer de nouvelles technologies.

Aucun des deux camps ne remet en cause le principe selon lequel des ordinateurs plus perfectionnés remplaceront nécessairement les travailleurs humains. Mais c’est faux : les ordinateurs sont des compléments des hommes, pas leurs substituts.

Les entreprises les plus profitables des décennies à venir seront créées par des entrepreneurs qui souhaitent donner le pouvoir aux individus plutôt que les rendre obsolètes. »

Peter, le libertarien

Pour en arriver à là, il faut être un grand stratège et ce n’est pas un hasard si Peter Thiel est l’un des meilleurs joueurs d’échecs au monde. Le champion esquisse des scénarios et des stratégies en permanence. Il rêve d’un monde libertarien, un monde sans roi, ni loi.

« Aux échecs, le roi est la pièce la plus importante. Si vous perdez le roi, vous perdez la partie. Mais d’une certaine façon, c’est aussi le plus faible. Et pour moi, ça résonne avec la politique. On pense que les leaders politiques sont très puissants, mais, en réalité, ils sont bien plus faibles que ce que l’on croit. »

La dernière idée de Peter Thiel pour changer le monde, c’est de bâtir des micro-nations autonomes dans les eaux internationales. Il a financé le Seasteading Institute, initié par le petit-fils de l’économiste Milton Friedman, qui envisage la construction de villes flottantes pour échapper au contrôle des États.

Voici les paradis libertariens, vendu comme un film de vacances.

L’idéologie du libertarianisme consiste à généraliser les règles du libéralisme économique à toute la société et pour y parvenir l’État doit être réduit au minimum dans le monde économique. Dans un monde libertarien, la plupart des problèmes se résolvent par contrats d’individus libres. C’est la liberté absolue.

Mais alors, quel est le principe de libertarisme prôné par Peter Thiel ?

Si Peter Thiel rêve d’un monde sans État, il traite quand même avec les politiques. Il se permet d’avoir une heure d’entretien avec Emmanuel Macron pour expliquer à l’actuel ministre de l’Économie que la France est en retard sur le progrès.

« Je pense que c’est un défi à l’Occident de montrer comment se construit un futur parce qu’actuellement il n y a aucun progrès dans nos sociétés donc je pense que c’est l’enjeu culturel et politique de notre époque. »

À 49 ans, Peter Thiel se voit bien maître d’un monde dominé par les technologies. Un scénario tout à fait probable d’après l’entrepreneur Laurent Alexandre.

« Dans la Silicon Valley, très peu de gens réfléchissent à la philosophie, la politique, à ce que la technologie va construire comme monde ; un monde où la mort va reculer, où l’intelligence artificielle va être toute puissante.
Peter Thiel est le seul, l’unique milliardaire de la Silicon Valley, qui réfléchit au futur. Les français devraient apprendre à connaître les nouveaux maîtres du monde, c’est-à-dire les dirigeants de la Silicon Valley dont Peter Thiel fait partie. »

Peter Thiel se rêve-t-il en maitre du monde ? En tout cas, son objectif est clair : transformer notre futur.


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